54 % des Français ont rejeté le traité constitutionnel ultra-libéral Européen, nous étions 15 000 dans les rues de Bayonne pour faire échec au CPE, qui lui aussi préfigurait une société de précarité et de libéralisme. Si nous avons réussi à mettre en échec leur projet de société, nous sommes toujours en difficulté pour construire un projet alternatif de gauche antilibéral, les stratégies de parti prenant le pas. La victoire contre le projet de Constitution a été rendue possible par le fait qu’il a rassemblé de manière transversale les militants de gauche parfois contre le positionnement de leurs partis, ce fut le cas des verts et des socialistes.A l’approche des élections, le moins que l’on puisse dire est que le spectacle de la direction du PS qui n’a rien compris de sa défaite sur la Constitution, le rôle des médias qui nous passent en boucle Ségolène-Sarko, tout cela ne contribue pas à créer un réel espoir pour tous ceux qui étaient dans la rue contre le CPE et qui ont rejeté la Constitution.
Pourtant un peu partout en France se créent des collectifs unitaires pour un rassemblement de gauche dans lesquels le PCF est partie prenante. Le 14 et 15 octobre, 600 collectifs rassemblés à Paris ont élaboré un programme en rupture avec les politiques libérales, si ce rassemblement déjoue les pièges institutionnels, nous pourrons en finir avec le cycle décevant des alternances, nous pourrons battre la droite durablement et réussir à gauche en ouvrant une nouvelle période de progrès social et démocratique.
Quelle responsabilité collective, mais aussi quel formidable défi
Certains considèrent que 2007 ne changera pas fondamentalement la réalité à gauche et que notre objectif devrait se limiter à exprimer les exigences de changement pour préparer l’avenir. Ils en déduisent qu’évoquer l’hypothèse d’une victoire reviendrait en fait à préparer le terrain à des compromis avec le social-libéralisme.
J’estime, pour ma part, que notre objectif doit être de gagner. C’est-à-dire de contribuer de toutes nos forces à un rassemblement populaire majoritaire capable de battre la droite et l’extrême droite et de construire une majorité, un gouvernement qui mette en ¦uvre une politique audacieuse, clairement en rupture avec celles mises en ¦uvre précédemment.
Cet objectif d’une victoire ne peut être différé car chaque heure qui passe, avec cette droite au pouvoir, est une heure de trop contre les droits individuels et collectifs des hommes et des femmes, contre l’emploi, contre le rôle que notre pays pourrait jouer en Europe et dans le monde pour une autre mondialisation.
Cet objectif, si nous le portons avec confiance peut modifier le scénario du bipartisme et du renoncement qu’on veut nous imposer. Se donner cet objectif nécessite bien évidemment de s’adresser à tous les hommes et les femmes de gauche sans exclusive, d’interpeller toutes les forces de gauche. Il ne s’agit pas de rester entre nous, mais de travailler jour après jour à convaincre d’autres de créer une dynamique populaire autour des exigences que nous défendons qui en feront les éléments clés d’une politique de gauche.
Respecter cet objectif, c’est également être clair sur le désistement à gauche au second tour pour battre la droite et réaffirmer que nous ne participerons pas à un gouvernement dominé par le social-libéralisme. Et c’est surtout agir, dès maintenant, pour créer les conditions que pose la question d’une participation à une majorité, à un gouvernement qui permettrait aux propositions que nous défendons ensemble pour changer la vie d’avancer réellement.
Comment changer la vie ? Beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens doutent que cela soit possible dans un système capitaliste mondialisé, une Europe dominée par les politiques libérales.
La deuxième conséquence de l’objectif que nous devons nous donner est donc qu’il faut construire un véritable projet de société ouvert sur l’avenir, appuyé sur un programme précis de gouvernement. Nous ne pouvons pas nous contenter de grandes intentions et de quelques "mesures phares". Ces derniers mois, nous avons beaucoup travaillé ensemble. La Charte antilibérale issue des collectifs du 29 mai est un acquis qui montre que nous pouvons nous rassembler sur des choix audacieux. Mais il nous faut aller au-delà. Nous devons proposer de gouverner la France. Nous devons donc dire quelles seront nos priorités en matière de sécurité d’emploi et de formation, de pouvoir d’achat, de protection sociale, d’éducation, de services publics, de souveraineté et de sécurité alimentaire, d’égalité entre les hommes et les femmes, d’autonomie des jeunes, de luttes contre les discriminations, des droits des immigrants. Et nous devons, du même coup, préciser clairement par quels moyens la gauche pourra cette fois-ci réussir. Quelle réforme de la fiscalité elle mettra en ¦uvre pour permettre à l’Etat d’assurer les dépenses sociales nécessaires. Quelle politique énergétique elle conduira. Par quelles mesures elle s’attaquera aux intérêts des grandes puissances financières. Comment elle relancera une grande politique soucieuse de l’environnement. Comment elle fera reculer la concentration des pouvoirs par une VIème République qui en finisse avec la monarchie présidentielle, qui donne des droits et pouvoirs nouveaux aux citoyens et citoyennes, le droit de vote et d’éligibilité aux résidents étrangers, qui développe en grand une démocratie réellement participative. De quelle manière elle agira en Europe pour modifier le rôle de la BCE, casser le pacte de stabilité. Comment elle agira dans les institutions internationales pour un développement durable et de nouvelles coopérations. Ce travail est à notre portée.
Sur la Côte basque après les réunions publiques de juillet et de septembre et la mise en place d’un groupe de travail, une réunion publique en vue de constituer un Collectif national d’initiative pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes se tiendra à Anglet le 24 octobre à la maison pour tous
Il ne s’agit pas de faire un "coup", de se limiter à une campagne électorale, mais de nous mettre en situation, ensemble, de changer pour longtemps la donne à gauche.