Le c¦ur de cible de la nouvelle politique linguistique sera la jeune génération. Max Brisson et Jean Claude Iriart, président et directeur de l'Office Public de la langue basque ont présenté jeudi soir le pré-projet de politique linguistique adopté par le Conseil d’administration. L’objectif central pour la politique linguistique des années à venir, partagé par l’Education nationale, l’Etat, le Conseil Régional, le Conseil Général, les communes du Pays Basque (syndicat intercommunal pour le soutien de la culture basque) et les élus du Pays Basque (Conseil des Elus), est la création de "locuteurs complets", avec les jeunes générations comme c¦ur de cible.Après une interruption de la transmission familiale, la transmission par l’école est le maillon fort de la politique linguistique. Les plus de 65 ans représentaient en 2001, 37 % de la population, alors que les 30-45 ans se réduisaient quasiment de moitié à 21%. En revanche, la frange de 16-29 ans enregistrait un arrêt du déclin et même une petite récupération (22 %). Les responsables de l’Office espèrent que les prochaines enquêtes sociolinguistiques confirmeront cette récupération de la langue par les jeunes générations, grâce notamment au succès que connaît ces dernières années la filière bilingue; même si Jean-Claude Iriart paraissait très prudent sur les résultats éventuels d’une nouvelle enquête.
L’enjeu est simple : obtenir qu’un maximum d’enfants soient bascophones, pour que grâce à eux la chaîne de la transmission familiale reprenne. Mais compliqué également, puisque pour cela tout le cursus scolaire en langue basque devra être assuré dans les prochaines années afin que les enfants apprennent suffisamment la langue dans le primaire, et puissent la maîtriser dans le secondaire. Et ceci, dans un cadre légal constant, qui se limite, entre autres, à un enseignement bilingue dans le public, sans pouvoir offrir des classes immersives.
L’enseignement devra être le moteur de la transmission, mais ce ne sera pas le seul paramètre. L’organisation de la petite enfance par la création d’un réseau de crèches bascophones et les politiques visant à aider la transmission familiale constituent également des enjeux majeurs.
L’environnement linguistique
Au même titre que la transmission, l’environnement linguistique constitue le deuxième socle de la politique linguistique. Les médias "pour faire vivre le basque dans la société et élever le niveau de la langue", les loisirs "pour associer langue et plaisir grâce à l’utilisation de la langue dans les activités de loisirs", l’édition "en facilitant la structuration d’une chaîne opérante pour l’édition en langue basque au service d’une offre attractive et accessible", la toponymie "comme une opportunité pour rendre la langue visible et attirer à elle de nouveaux publics" et la vie sociale "en promouvant l’usage social pour que la langue apprise soit aussi une langue pratiquée, vue et entendue dans les lieux de vie" constituent les cinq enjeux liés à l’environnement.Le troisième socle de la politique linguistique est constitué de trois enjeux transverses : l’apprentissage des adultes, la qualité de la langue et la motivation, trois facteurs déterminants pour la réussite de la politique linguistique.
Le pré-projet présenté regroupe donc 11 enjeux, sur lesquels il convient d’agir. Pour chacun d’entre eux, le pré-projet définit un certain nombre d’orientations stratégiques qui fixent les directions à suivre, les caps à tenir. Et pour chacune des orientations fixées, les axes de travail listent une série de projets ou initiatives à mettre en ¦uvre par l’Office ou par des opérateurs publics, associatifs ou privés en partenariat avec l’Office.
Le pré-projet prévoit également de créer une série d’indicateurs qui permettront de mesurer les effets réels de la politique mise en place et de l’adapter si besoin. Ces indicateurs d’évaluation seront définis au moment où le projet définitif et ses objectifs seront adoptés.
En débat jusqu’au 21 décembre
Entre le mois d’avril et juillet, la phase de concertation avec les membres du Comité consultatif a permis de préparer le pré-projet de la nouvelle politique linguistique. 10 réunions auxquelles ont participé 87 personnes ont permis l’expression de témoignages et de points de vue nombreux et divers à la fois sur le diagnostic et sur les orientations à privilégier.Nombreuses ont été également les contributions écrites adressées à l’Office, soit à titre individuel soit au nom d’un organisme. Dans le même temps, plusieurs rencontres ont été organisées ave des opérateurs linguistiques, avec des techniciens d’organismes publics, ou des personnes ressources.
L’Office a réalisé une synthèse des travaux, qui constitue le pré-projet adopté, et qui sera transmise à tous les membres du Comité Consultatif et à toutes les personnes qui ont contribué à la phase de réflexion préalable. Le document sera accompagné d’une invitation à participer à l’assemblée plénière élargie du Comité Consultatif qui se tiendra le 26 octobre.
À l’occasion de l’assemblée plénière et au cours du mois qui suivra jusqu’au 25 novembre, les membres du comité seront invités à s’exprimer et à transmettre leur avis, amendements ou contributions afin d’enrichir le projet linguistique.
Le Conseil d’administration de l’Office se réunira le 21 décembre, afin de délibérer sur le projet définitif ainsi que pour fixer les chantiers prioritaires à traiter en 2007.
Au cours de cette réunion, une première mouture du budget sera également adoptée. Le président Brisson attend "une augmentation significative du budget" afin de démarrer la nouvelle politique linguistique, qui se poursuivra jusqu’en 2010.
En 2010, l’existence légale de l’Office arrivera à échéance après cinq ans d’exercice. Il devra alors être décidé de la prolongation ou pas de la structure, à moins que d’ici là le cadre légal ait évolué afin d’intégrer de nouveaux chapitres de la politique linguistique.
En revanche, Max Brisson a souligné le pas qualitatif réalisé par les partenaires institutionnels qui s’engagent sur un projet qui vise l’obtention de "locuteurs complets".