Balade et ballades sur voice ètroites
Jeudi soir, à La Luna Negra. Les belles voûtes de pierre du lieu font ressortir le paysage ferroviaire projeté sur l’écran. Images qui vous amènent doucement dans une rêverie nostalgique, d’amarres larguées, de départ au petit matin, de givre, de moments volés à la nature, voyeurs en apesanteur dans leur vie. Images retravaillées où le rouge remplace le gris. Noir, rouge, blanc : un autre regard. Et la voix qui raconte la vie du rail, de ceux qui, jour après nuit, habitaient ces trains, ces machines, ces dépôts, le rythme dans leur corps, le rythme des mots, répétés, caressés, torturés, tout puissants, imposant leur loi, horaires martelés, à l’infini, que la loco emballe, le chant du rail. Les cordes de deux musiciens mènent de gare désaffectée en traverses envahies par les herbes, comme deux parenthèses de part et d’autre de l’écran et se renvoient le rythme lancinant, sourd, entendu, oublié, accompagnant la voix, comme un filet, le trapéziste, là-haut.
En noir les trois hommes en scène, brillants, de pluie, de sueur ; le récitant, poète, chanteur, que les mots du rail traversent, les musiciens, caisse de résonance, et leur chant noble et modeste. Un coude à coude d’ouvriers qui se rappellent le chaud des gamelles partagées et le froid du givre. Une voix pour des voies, ferrées, de moins en moins affairées. La nostalgie de demain.
Fragments d’un paysage ferroviaire : texte, images Thomas Seron, musiciens Thomas Seron et Pascal Lapeyre, lecteur Kristian Frédric, production les Lézards qui bougent.
|