Le processus de paix basque reçoit un soutien international
·Cette initiative, créée en avril par des représentantes du monde politique et syndical, s’étend à d’autres domaines
C’est en avril dernier, que les voix d’Ahotsak, une plate-forme d’environ 200 femmes appartenant à toutes les sensibilités politiques de l’ensemble du Pays Basque sauf de la droite, se sont fait entendre par la première fois. Ce fut à Donostia-Saint-Sébastien. La présentation de ce collectif a suscité l’attention des médias, parce que leur initiative celle d’un collectif rassemblant des femmes pour la paix était jusqu’alors inédite dans ce pays. Certes, des démarches similaires ont déjà vu le jour ailleurs, en Afrique du Sud, au Sri Lanka, en Irlande, en Colombia, en Israël, aux Balkans... là où des conflits politiques ont déchiré des familles. Mais jamais personne n’avait suggéré, du moins en public, la possibilité de lancer quelque chose de similaire au Pays Basque.Huit mois sont passés depuis la présentation au Palais Miramar de cette plate-forme qui réunit des militantes du Parti Socialiste d’Euskadi, du Parti Socialiste de Navarre, du Parti Socialiste français, des Verts des deux côtés de la Bidassoa, des communistes, de Batasuna, d’Abertzaleen Batasuna, du PNV, d’EA, d’IU, ou d’Aralar, mais aussi des syndicats ELA, LAB ou UGT. Huit mois sont passés depuis la présentation d’un manifeste dans lequel les femmes revendiquent le rôle "d’agents actives pour la paix". Huit mois au cours desquels, cette démarche a symbolisé la viabilité du dialogue et la faisabilité d’un accord entre des tendances politiques différentes.
De nouvelles signataires
Samedi dernier, Ahotsak s’est présentée de façon officielle en Pays Basque nord. Et l’a fait en annonçant de nouvelles signatures, une quarantaine, au document de base qui s’appuie sur trois principes.Le premier: "L’obtention de la paix est une exigence collective et une priorité politique, une tâche qui incombe à tous et toutes. Il ne s’agit pas seulement et uniquement de l’absence de toute forme de violence quelle qu’elle soit". Le deuxième: "tous les projets politiques peuvent et doivent pouvoir se défendre" mais "aucun ne doit être imposé". Et troisième: "Si la société basque désire transformer, changer ou conserver son actuel cadre juridico-politique, toutes et tous devrions nous engager à définir et respecter les garanties démocratiques nécessaires (...) pour que le choix de la société basque soit respecté (...) et si nécessaire reflété dans l’ordonnancement juridique". Si ce document et la plate-forme elle-même orbitaient autour du monde politique et syndical basque, à présent l’initiative s’étend à d’autres domaines de la vie. Les nouvelles signataires font partie du monde associatif, culturel, communicatifŠ Collette Capdevielle, élue municipale à Bayonne, a souligné qu’il leur semblait tout à fait logique d’élargir l’initiative au-delà du seul domaine politique, la question basque touchant toutes les couches de la société. La conseillère PS a également précisé que celles qui ont signé le manifeste l’ont fait "à titre individuel", mais que la démarche est "collective dans la mesure où nous appartenons au collectif des femmes". Des femmes qui ont "l’objectif commun" de la recherche de la paix. La parlementaire socialiste Gemma Zabaleta et l’ancienne élue de la gauche abertzale Jone Goirizelaia, à l’origine de l’initiative, ont rappelé que leur démarche a commencé à prendre forme "il y a quatre ans, lorsque le dialogue était condamné". Les débuts n’ont pas été faciles, mais "nous avons fait valoir ce qui nous rassemble au lieu de souligner ce qui nous sépare comme c’est le cas d’habitude dans la politique formelle". "Nous ne sommes pas là pour défendre nos propres options politiques", a affirmé Gemma Zabaleta, qui a mis en évidence la diversité politique des signataires, tout en regrettant "l’absence de femmes de la droite française et espagnole".
Document pour la table des partis
Samedi, après la lecture du document présenté en avril dernier, une quarantaine de femmes ont procédé à la signature du manifeste selon lequel elles s’engagent à ¦uvrer en faveur du processus de paix, "de sorte à le renforcer et à éviter de piétiner sur place et de déboucher sur un échec". (Š) " Là est l’objet de cette contribution. Sur la base des prémisses définies précédemment, nous sommes ouvertes à tout échange de points de vue, à tout dialogue, à tout rapprochement, à toute négociation et sommes disposées à faire tout ce qui sera en notre pouvoir pour aider à construire la paix".La démarche Ahotsak a déjà porté ses premiers fruits, puisque récemment dans ses propositions pour débloquer le processus de paix le lehendakari Juan José Ibarretxe a suggéré que le document de cette plateforme soit le point de départ pour un accord de principe entre les partis. Selon Juan José Ibarretxe, le texte écrit par ce collectif des femmes représente "le plus important consensus politique et territorial réussi jusqu’à présent, raison pour laquelle il mérite notre reconnaissance".
Des personnalités internationales signent un manifeste de soutien
Des personnalités internationales, dont le prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel, ont signé un manifeste de soutien au processus de résolution du conflit basque. Aux côtés du prix Nobel argentin, les co-signataires du texte sont : l’ancien président italien Francesco Cossiga ; l’ex-président portugais Mario Soares, le leader du Sinn Féin irlandais Gerry Adams ; Kgalema Motlante, secrétaire général du Congrès national africain ; l’Afrique du Sud, le parti politique de Nelson Mandela ; et le politicien mexicain et fondateur du PRD Cuauhtémoc Cárdenas.
Ces six personnalités internationales estiment qu’un nouvel horizon s’est dégagé en Pays Basque "après l’ouverture d’une voie de communication officielle entre l’organisation basque ETA et le Gouvernement espagnol", "après la volonté manifestée par le Président espagnol, Monsieur Zapatero, de respecter la décision du Peuple Basque prise par de voies exclusivement démocratiques et en fonction des procédures légales", et "après les premiers pas entrepris et les directives d’accord adoptées entre les forces politiques, syndicales et sociales du Pays Basque".
Ils estiment "très positifs" les pas accomplis au Pays Basque dans le but de "dépasser la politique de confrontation". Des pas qui sont le "fruit de l’effort louable de volonté démocratique réalisé par les deux parties, la partie basque et la partie espagnole, durant les derniers mois". Ils saluent dans ce sens "la nouvelle étape initiée, dans laquelle le triomphe de la culture de la parole tend à prendre le pas sur le silence et le vrombissement du non-sens". Les six signataires estiment que "le dialogue et la négociation sont l’unique instrument capable de dissoudre les problèmes politiques et de poser des ciments pour construire une authentique paix, basée tant sur la reconnaissance et les engagements mutuels que sur les droits démocratiques universels".
Le manifeste encourage toutes les parties engagées "à poursuivre sans répit, et en l’absence totale de violence de chaque partie, le chemin emprunté".
Finalement, les six personnalités manifestent leur disposition à appuyer, "dans tout ce qui est humainement possible, un processus tourné vers l’obtention de la paix". "Nous nous engageons à impulser dès maintenant toutes les initiatives protégeant et apportant des solutions démocratiques à cet objectif."
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