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La génération désenchantée remonte la pente
·Le festival de théâtre Les Translatines, qui se tiendra du 17 au 21 octobre, s’ouvre à un air du temps vivifiant
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Bonne nouvelle pour ceux qui ont tenu bon durant le long hiver du théâtre de la désillusion. Le festival de théâtre franco-ibérique et latino-américain revient à Bayonne du 17 au 21 octobre, avec sa moisson de nouveautés et les premiers bourgeons du printemps. Non que la création contemporaine soit brusquement d’humeur légère et insouciante, mais cette génération désenchantée commence à remonter la pente et à "trouver des poches de respirations", selon la formule de Jean-Marie Broucaret. Le directeur artistique de ces 26es Translatines présentait hier le programme des réjouissances avec déjà cet air primesautier, comme la trame d’une production qui tente de fleurir les noirceurs de l’âme et de mettre une pointe d’enthousiasme joyeux sur les vomis passés, les pulsions de morts, de sexe triste et de sadisme blasé. Dans ce registre, Rodrigo Garcia reste au fond du seau et, pour une fois, ne reviendra pas aux Translatines supplicier un homard ou dégueuler son trop plein de sens et de bouffe. Signe des temps, le metteur en scène des déconfitures fait une pause et n’arrive plus à se renouveler. Le coup de la panne des sens.
Cinq avantages et sept suicides
Son remplaçant à Bayonne s’appelle David Fernandez et présente le quintuple avantage d’être musicien, danseur, vidéaste, acteur et auteur.Il présentera les 20 et 21 octobre, pour la première fois dans l’hexagone, Les sept suicides d’un chat, première expérience solitaire d’un jeune madrilène qui décline en sept actes les fameuses sept vies du chat, lesquelles, forcément, s’achèvent autant de fois.Un propos radical et tranchant, sept agonies éloquentes que Jean-Marie Broucaret implore de ne "pas rater".Voilà donc la fameuse vie après la mort dans l’âme de la création actuelle.Le propos se précise même dans l’Eloge de l’enthousiasme de la compagnie galicienne Matarile Teatro.Une vraie grande troupe de 12 acteurs (rare et cher) qui refusent la fatalité et exaltent les vertus de l’enthousiasme pour chasser le morne qui revient au galop.Une thérapie expérimentale que résume Jean-Marie Broucaret par l’interrogative : "peut-on être enthousiaste aujourd’hui ?" Sans rire, la question se pose pour des dramaturges habitués à respirer l’air du temps présent.Un début de réponse viendra du Chili, où cet air est, comme on le sait, plutôt chargé.Jaime Lorca revient au festival de Bayonne, sans la Tropa, cette fois, qui a "éclaté pour mésentente idéologique", justement.Avec sa nouvelle compagnie, il présente un Gulliver tout en réjouissance, qui préfère changer l’ordre du monde que ses désirs, aussi lilliputiens soient-ils.Une autre troupe chilienne, La María, revient à Bayonne présenter la dernière partie de sa Trilogía pública, justement intitulé Troisième ¦uvre.
Oppression institutionnelle
Une lecture résolument contemporaine d’un texte de Brecht qui dénonce les mécanismes du fascisme avec l’exemple du IIIe Reich.Une ¦uvre présentée également en avant-première et qui, bâtie autour de la peur, établit un lien entre la société allemande du temps de Brecht et la société chilienne actuelle.Une démarche sarcastique qui interroge un système oppressif institutionnalisé.Également de retour aux Translatines, les têtes bien connues de des Catalans Sergi Faustino et Marta Galán.Signe du temps, le premier ne vient plus se saigner sur la scène de Bayonne mais, en avant-première, parler d’amour.Le thème est certes commun, mais on compte sur Sergi pour l’épicer en posant les bonnes questions de la vie d’aujourd’hui, cette fois sans dérision et en écoutant Schubert.Marta Galán poursuit quant à elle sa Trilogie cynique. Après Lola, présenté à Bayonne l’an passé, elle s’attaque aux Machos.Avec un cynisme carnivore, elle passe à la moulinette un machisme effrayant, dilué dans la société, accompagnant son stéréotype de la Neuvième de Beethoven pour finir en concert punk.Né il y a 26 ans sur la vague de la Movida espagnole, le festival de théâtre de Bayonne relève aujourd’hui les compteurs "d’une création qui a toutes les raisons d’être désespérée, mais cherche des raisons d’avancer".
Le festival nous le fait court
Nouveauté du festival cette année, les Translatines se mettent aux formats courts."D’autres le font", explique Jean-Marie Broucaret, en citant même un "festival des formes courtes".Pour le directeur du festival, le court est au théâtre ce que le b¦uf est à la musique. Une belle occasion de se défouler et d’être inventif.Les places seront chères et cette nouvelle section sera également courte puisque concentrée sur une seule nuit et réservée à 70 bienheureux qui déambuleront dans le BAB dans un bus de la STAB.Un bus qui fera cinq haltes entre Bayonne, Biarritz et Anglet, et proposera notamment une création du fameux Sergi Faustino, qui se décarcasse ainsi pour le festival.Une pièce intitulée 01h20 et qui, durant 20 minutes, proposera une "galerie d’attitudes humaines".Il faudra également compter avec un "après repas de la compagnie Marches de l’été, qui sur le même laps de temps, propose une "descente dans la digestion humaine".C’est fou ce qu’il peut arriver en fin de repas.Dans d’autres bus de la STAB, le photographe Olivier Harrassowski présentera ses clichés de l’édition passée.
Des créations et un "coup de pot" au festival
Jean-Marie Broucaret y voit un "coup de pot du festival". D’autres y verraient une reconnaissance après un quart de siècle à tenir la scène. La compagnie andalouse la Zaranda a contacté le festival pour y faire une création. C’est Bayonne qu’ils voulaient et rien d’autre. Le 19 octobre, ils présenteront dans la salle Lauga Los que ríen los ultimos. Un genre de "rira bien qui rira le dernier", que Jean-Marie Broucaret a bien du mal à définir : "difficile d’avoir des renseignements quand on connaît les Andalous. Ils nous ont dit qu’il y avait des gens qui vont de l’avant mais repartent en arrière". Avant ce va-et-vient, une autre création occupera les esprits, celle de la compagnie bordelaise Mutine, qui met en scène la vie de Frida Kalho, au Mexique donc. Une vie palpitante malgré de lourdes contraintes physiques que la peintre vaincra comme la métaphore, encore, d’une génération qui remonte la pente.
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