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Le JPB > Sujet à la une 2006-09-15
Limitations à l’engouement patrimonial
·Malgré le succès des journées européennes du patrimoine, nombre de lieux ne sont pas tout à fait accessibles

Le 11 septembre réussit peu à la (re)découverte du patrimoine. En raison du plan vigipirate, le patrimoine industriel du port de Bayonne demeure encore exclu des journées européennes du patrimoine qui se déroulent samedi et dimanche. D’autres restrictions peuvent être signalées sur ce rendez-vous traditionnel dont le succès ne se dément pas d’une année sur l’autre.

D’européennes, ces journées n’ont que le nom. Du moins, ses échos ne parviennent pas au-delà de la Bidassoa. Les amateurs de patrimoine historique de l’antiquité romaine peuvent néanmoins se rattraper ce week-end à proximité de Vitoria-Gasteiz. A Iruña-Veleia, où l’on a découvert au printemps la plus ancienne inscription de noms communs en euskara, ressuscite la vie du temps des légions romaines. Costumes en cuir, habits de toile, et nouveauté cette année corps de cavalerie sans étrier contrairement aux anachronismes des studios d’Hollywood tenteront de faire revivre ces temps anciens. Notre Puy-du-fou romain en quelque sorte.

Les fans de cette période impériale pourront trouver, plus près de nous, de quoi se rassasier. Le camp romain de St-Jean-le-Vieux avec thermes, monnaies et céramiques organisera des visites samedi après-midi à 14h et 16h, ainsi que le musée de Guéthary pour une exploration de ses traces et origines romaines à partir de 14h30 avec Maurice Chansac.

Entorses à la gratuité

Autre limitation, celle de l’argent. Le principe de ces journées est bien celui d’accéder à des lieux, des monuments habituellement fermés au public, gracieusement. Un principe quelque peu mis à mal au Pays Basque. La plupart des manifestations sont heureusement gratuites, mais les visites commentées du Château d’Abbadia à Hendaye, du château d’Iholdy du XIVe-XVIIIe, de celui d’Urtubie à Urrugne, d’Andurain à Mauléon ou de la villa Arnaga s’effectuent contre rétribution. Respectivement pour 2€ (1€ pour les enfants), 5€, 4,50€ et 2,60€. Des prix qui restent toutefois en deçà des tarifs habituels.

Last but not least, le caractère privé de certaines propriétés qui empêche de visiter des lieux dont la valeur historique ou architecturale n’est pas à démontrer. Ainsi, celui qui possède la villa Leihorra, construite par Joseph Hiriart à Ciboure, ou la maison-atelier Malaye des frères architectes bayonnais Gomez au bord de l’Adour à Saint-Esprit, toutes deux des fleurons de l’architecture Art Deco du début du XXe siècle, n’est pas contraint de rendre ces lieux accessibles au public ces jours-là non plus. Signalons néanmoins que voici deux ans, le propriétaire de Leihorra avait joué le jeu de ces journées en faisant visiter la villa.

Rendez-vous remarquables

Les édifices religieux ont la part belle lors de ces journées du patrimoine. De même que les moulins bien que nous retrouvions des propriétés privées qui sont accessibles au public ce jour-là (lire ci-contre). Signalons néanmoins quelques originalités pour cette édition 2006. Jeannot Lastiri présente ainsi sa collection particulière de charrettes, ou les grottes d’Otxozelaia accueilleront des poésies en basque, en français et en grec (!!) lire ci-après.

Voici quelques raretés. Le château du XVIe siècle de Camou, près de Saint-Palais, uniquement ouvert en juillet et août, sera de nouveau accessible samedi et dimanche, en même temps que son musée, avec notamment des maquettes d’ingénieurs de la Renaissance (Léonard de Vinci et Francisco Di Gorgio). Côté château, signalons également les visites du domaine de Françon à Biarritz, et de sa bâtisse aristocratique construite au XIXe par un architecte britannique.

Toujours en bord de mer, c’est Ciboure qui célèbre son patrimoine maritime avec notamment des visites en bateau samedi à 10h30 et 18h (s’inscrire au 05 59 47 64 56), ou la visite du sémaphore de Socoa demain et après-demain. Les visites "vivantes" se multiplieront ce week-end. A Labastide-Clairence, elle sera chantée dans la ville avec le groupe Féminin Pluriel.

A Mauléon, le château fort sera investi par de la musique (concert de La Mauléonaise à 18h30 samedi) et du théâtre. Malheureusement "Gastelua et sa place forte" prévu samedi soir à Ustaritz est annulé.

Si Bayonne n’organise plus qu’une année sur deux sa Nuit du patrimoine en 2007 elle sera liée à l’année Vauban Saint-Jean-Pied-de-Port reste fidèle à ce déambulatoire nocturne rythmé d’interventions didactiques ou musicales. Le top départ sera donné demain, devant la mairie à 20h30, pour s’achever dans la cour intérieure de la Citadelle.

Tarnos médiéval

Si l’on traverse l’Adour vers le nord, on sera (peut-être) surpris de constater que Tarnos se consacre à son patrimoine médiéval samedi après-midi. Si à 11h des architectes feront une visite commentée sur les tendances contemporaines en partant de l’école Robert Lasplacettes, historiens, archivistes et lecteurs évoqueront le Moyen-Âge à partir de 19h à l’église St-Vincent, pour s’achever avec un spectacle de feu de l’école de cirque Oreka. Boucau, lui, se réapproprie son patrimoine industriel avec une visite de la ville "De l’Adour à la cité des Forges", débutant à 9h30 au port de la Cale, ou encore l’exposition anniversaire de la ville (150 ans déjà !) au Centre Paul Vaillant-Couturier et une projection samedi soir à 21h des actualités de 1965 : "Les Forges de l’Adour, une reconversion réussie"...

Anglet aussi se penche sur son passé avec une exposition de cartes postales, "Anglet autrefois", aux Ecuries Baroja et la projection du DVD Mémoire d’Anglet samedi et dimanche. En outre, le maître verrier Jean Lesquibe ouvrira son atelier (av. de Biarritz) au public.

Bayonne littéraire

Enfin, parlons de Bayonne, qui peut se targuer encore d’être la capitale, dans le domaine patrimonial également. Ici, la plupart des lieux ouverts se retrouvent d’une année sur l’autre (synagogue, casemates...).

Pour la première fois l’Aviron participe à ces journées, avec en sus l’organisation d’un débat, ô combien d’actualité, sur "Sport et médecine, entre prévention et tentation", avec les docteurs Jean-Pierre Mathieu et Philippe Piazza à 19h au nouveau village des associations. Autre nouveauté, l’organisation de visites de la ville à travers ses pierres par le Muséum d’Histoire naturelle (départ place de la Liberté samedi à 15 et 17h, le dimanche à 10 et 12h), ou encore des visites "A la recherche de la pierre de Bidache", proposées par des étudiantes (samedi 15, 16 et 17h, dim. 16 et 17h depuis la porte Mousserolles).

La palme de l’originalité reviendra peut-être au groupe les Impromptus de l’Université (UPPA) qui propose un parcours littéraire dans cinq écoles. Des lectures d’auteurs classiques français du XIXe ayant séjourné à Bayonne (Taine, Flaubert, Gauthier, Viollet-le-Duc,... extraits publiés par Pimientos, ou encore le JPB l’été 2005), seront scénographié sur le mode de la classe à l’école maternelle du Petit-Bayonne (sam et dim à 14h), à la crèche halte-garderie du quai Chaho (sam et dim à 15h30), au Guichot (sam et dim à 16h15) et à l’école du Grand-Bayonne (sam et dim à 14h45).



Découvrir les charrettes de Jeannot Lastiri
Ce week-end pour les journées du patrimoine, l’occasion est donnée de visiter et de voir des lieux où des collections auxquels vous n’avez pas accès le reste de l’année. Concernant l’initiative originale de Jeannot Lastiri, salarié du Centre hospitalier de la côte basque et collectionneur le reste du temps, et de l’association Ur-Begi d’Hérauritz, il se pourrait bien que cette première soit aussi une dernière. C’est donc un réel événement qui aura lieu du côté d’Hérauritz, et ce sera sans doute l’unique occasion de votre vie de voir cette collection de charrettes du Pays Basque.

Cette exclusivité, Jeannot l’explique clairement: "je fais cette exposition un peu sous la pression de quelques médias locaux, des télévisions, qui connaissaient l’existence de la collection. C’est la première et sans doute la dernière fois que je la monterai car elle nécessite beaucoup de travail et de force humaine pour sortir les charrettes du Hangar où elles sont entreposées. Certaines mesurent même jusqu’à 6 mètres de long en comptant le timon et il n’est pas possible de les tracter avec un véhicule moteur, il faut les déplacer soit par la simple force des bras, soit avec un camion plateau. Pour ce week-end ça va, car nous les sortons à côté du hangar, mais s’il fallait organiser l’expo ailleurs, il faudrait avoir recours à un convoi exceptionnel".

Ce week-end, c’est une vingtaine de ces charrettes qui seront exposées. Seulement une partie de la collection car comme l’avoue Jeannot, "je ne sais pas exactement combien j’ai de charrettes en ma possession, mais ça fait quinze ans que j’ai commencé." Au commencement, Jeannot habitait près d’une ferme du côté de Larressore. Il s’entendait tellement bien avec les fermiers que ceux-ci l’invitaient régulièrement à une balade sur une de leurs charrettes tractées par des b¦ufs. Le jour où les fermiers ont décidé de se séparer de leurs charrettes en les brûlant, Jeannot a eu un coup au c¦ur. "Elles me rappelaient de très bons souvenirs et en plus, elles sont un témoignage de l’histoire du Pays Basque. Je ne voulais pas qu’elles disparaissent alors je les ai achetées." Voilà comment tout a commencé.

Témoins de l’histoire basque

Depuis les charrettes se sont entassées dans le hangar familial, certaines en bon état, d’autres nécessitant un traitement pour les restaurer : "toutes celles qui ont été restaurées l’ont été à l’identique de l’époque", précise Jeannot. Les deux plus vieilles charrettes de la collection datent du XIXe siècle.

Comme tout bon collectionneur, Jeannot a fait un classement pour rendre lisible sa collection. Ainsi trois sortes de charrettes la constituent. "La première correspond aux charrettes de plaines, très utilisées en Labourd et en Basse-Navarre. Elles ont pour caractéristique principale des roues de plus d’1m10. La deuxième catégorie est la charrette de haute montagne avec des roues d’un diamètre maximum de 60 cm de diamètre et un basculement au niveau du sol permettant le chargement et le déchargement d’un traîneau attelé spécifique à ces charrettes. La troisième catégorie, qui n’était pas elle spécifique au Pays Basque, est la charrette à bras, uniquement tractée à la force des bras. J’ai aussi quelques très petites charrettes qui pouvaient être tirées par des chiens, par exemple. L’une d’entre elles a servi à transporter et distribuer le courrier pendant la guerre 14-18."

Aujourd’hui, même si Jeannot souhaite continuer à acquérir de nouvelles charrettes, témoins particuliers de l’histoire du Pays Basque, il avoue que "beaucoup ont été brûlées, et les seuls endroits où l’on peut en trouver d’authentiques sont la Soule et la Navarre". Pourtant, c’est du côté du Gipuzkoa que Jeannot est en train de négocier ses deux prochaines charrettes, "deux charrettes qu’utilisaient des pêcheurs en Gipuzkoa".

Au-delà de l’exposition des charrettes Jeannot et ses amis exposeront aussi tout l’attirail qui était nécessaire à l’attelage pour le bon fonctionnement des charrettes, "les manta, couverture en linge basque pour les vaches, des jougs complets, des colliers de vaches, ... "Un espace particulier sera même aménagé pour les roues des charrettes, "les seuls éléments de charrettes que l’on trouve maintenant dans les vide-greniers". Dans cette expo dans l’expo, la pièce maîtresse sera une roue du XVIIIe siècle, "une roue qui attise les convoitises". L’exposition se déroulera pendant tout le week-end au lieu-dit la Fontaine Koxabat Enea, à 50 mètres en contrebas du fronton Hérauritz, du côté d’Ustarritz.

Des rencontres poétiques sous terre. C’est le programme original proposé aux Grottes d’Isturitz pour ces journées du patrimoine. Des spectacles en langue basque, française et grecque (!!). Les organisateurs soulignent qu’anciennes ou vivantes, fondatrices de cultures millénaires ou simplement langues minoritaires ‹ou minorisées...‹, "elles font toutes et tout autant partie du patrimoine commun". Les rencontres proposeront un échange entre la poésie antique interprétée par la magnifique tragédienne grecque Dido Lykoudis et la poésie basque. Ainsi, demain entre 16h et 18h30, le public verra se mêler les cultures avec Errances, avec l’actrice et tragédienne grecque Dido Lykoudis qui psalmodie en grec ancien des extraits de Prométhée Enchaîné et des Suppliantes d’Eschyle sur une musique d’Olivier Dejours avec Sylvie Pascal à la flûte traversière. Et avec Ezkia haizean kantari, une lecture bilingue de poèmes d’Itxaro Borda, interprétée par Beñat Achiary et Corinne Lallemand. Le dimanche à 16h30 et 18h, aura lieu une deuxième représentation d’Errances, suivi d’extraits de la Pastorale souletine de Dominique Rekalt, Oiherkorien trajeria. Inscription conseillée au 05 59 29 64 72.


 
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