Les scellés couvrent les portes de la maison Francis Jammes. Depuis le mois de juillet, les volets sont fermés et la banderole qui pendait de la fenêtre a disparu. Les allées et venues des membres des diverses associations qui faisaient la vie de la maison ont cessé depuis que la mairie a enjoint le centre culturel Eihartzea de quitter les lieux pour des raisons de sécurité. Si le maire d’Hasparren avait assuré qu’il ne mettrait pas Eihartzea à la rue sans solution de relogement, l’arrêté municipal arrivé un soir de mai et interdisant l’entrée du public dans la maison n’avait pas laissé grande alternative aux responsables du centre culturel. Après quelques semaines de résistance, ils ont finalement déménagé et intégré les locaux de l’ancien centre archéologique Hatzen Bidea, prêtés par la Communauté des Communes.
"Nous sommes ici depuis le début du mois de juillet", explique Catherine Luro, l’une des trois animatrices d’Eihartzea. Le rez-de-chaussée du bâtiment est occupé par les trois bureaux du centre culturel tandis que derrière un auvent un passage est aménagé pour que le public gagne les bureaux des structures de la Communauté des Communes à l’étage. "Nous croisons les gens d’Hasparren, qui font aussi connaissance avec nous", commente l’animatrice. Des nouvelles relations qui compensent d’une autre manière le foisonnement associatif de la maison Francis Jammes.
Durée non déterminée
Eihartzea est dans ces murs pour "une durée non déterminée". Un projet d’extension de la pépinière d’entreprises Aldatu dans les locaux d’Hatzen Bidea est en effet à l’étude. Personne ne sait aujourd’hui si la cohabitation de toutes les structures sera alors possible. "Mais ce n’est pas pour encore, il y a des travaux à faire", précise Catherine Luro.Si Eihartzea est aujourd’hui dans des locaux fonctionnels, la demi-douzaine d’associations qui habitaient à Francis Jammes est désormais éparpillée. La mairie avait proposé à AEK un local du centre Elgar. L’association d’apprentissage de l’euskara aux adultes y a bien ses bureaux et y tient ses réunions depuis quelques mois. "Mais c’est un local de 12m2 et on ne peut pas y donner nos cours", explique Lurdes Garai, responsable d’AEK à Hasparren. Avec l’aide des élèves des cours du soir, l’association a donc trouvé une solution en utilisant un local du comité des fêtes du quartier Zelai. "Nous allons aussi demander à utiliser des salles à Mendionde et Ayherre", indique Lurdes Garai.
"Eihartzea était un lieu de rencontre naturel même si les conditions matérielles n’étaient pas les meilleures. Ici, nous sommes bien de ce point de vue là, mais il n’y a pas la synergie qu’il y avait à Francis Jammes", estime-t-elle.
Cette dynamique associative, Radiokultura la regrette aussi même si la radio sur internet continue à travailler en partenariat avec Eihartzea et Lagunarte. Elle partage d’ailleurs le local de la compagnie artistique à Bonloc. "Nous sommes dans des locaux privés, les anciens bureaux d’une entreprise, donc pas de risque d’être mis à la rue tant que le loyer est payé", explique Henri Mogabure, président de la radio. Dans le déménagement, l’association a toutefois perdu un studio insonorisé. "Nous allons nous équiper ici aussi mais cela va nous demander un investissement", indique-t-elle. Par ailleurs, la radio avait engagé la mise en place d’un réseau de jeunes collaborateurs, souvent lycéens et donc sans permis de conduire. "Sur ce plan, partir d’Hasparren est un handicap", note Henri Mogabure.
Radiokultura regrette aussi le caractère conflictuel et imposé qu’a pris le départ de la maison F. Jammes. "Avec un peu plus de diplomatie (de la part de la municipalité, ndlr), on aurait pu trouver des solutions ensemble plus facilement", juge l’association.
Depuis aujourd’hui, Emazteek diote a également un nouveau toit. L’association de défense des droits des femmes s’installe dans les murs de Xuriatea, après deux mois de transition dans un local public, "Xuriatea, c’est aussi un lieu public, il y a des salles pour les réunions, c’est très bien", se félicite Jeanne Krekelberg, l’une des responsables de l’association. Emazteek diote, comme les autres structures autrefois hébergées à Eihartzea, affirme qu’elle "va continuer à se battre pour entrer à nouveau dans la maison Francis Jammes, une fois les travaux de rénovation terminés". Tous vont engager une réflexion commune dès à présent.