Avec TVPI, Jules-Édouard Moustic réinvente la "radio périphérique" au Pays Basque nord
·I have a dream, une nouvelle radio musicale émet au Pays Basque sur le 87,5 de la bande FM, sans l’aval du CSA
C’est encore ceux qui en parlent le plus qui en font le moins.A Biarritz hier, les rencontres médias et proximité proposaient un atelier sur le plan FM 2006 du CSA en essayant de cerner l’avenir des radios associatives et de proximité à travers ce plan de réaménagement de la bande FM, actuellement en cours.Pour évoquer cette proximité, on est venu de bien loin.Des représentants du CSA, de NRJ, du Syndicat national des télévisions de proximité et de la fédération des radios associatives d’Ile-de-France.Pendant ce temps-là, TVPI qui n’était pas invitée à prendre part à ce débat, vient de lancer une radio musicale au Pays Basque, avec Jules-Edouard Moustic, presque dans l’indifférence.Un projet que le patron de TVPI, Michel Lamarque, et l’animateur vedette de Canal +, ont auto-financés "pour se faire plaisir" et qui, en tout cas, contribuerait largement à enrichir la réflexion en cours, autour de la distribution des fréquences. Car cette radio, qui émet sur le 87,5 de la bande FM depuis le 5 août, renoue avec la pratique des "radios périphériques" qui prévalait dans l’hexagone sous de Gaulle, c’est-à-dire bien avant la "libération des ondes" de 1981.Radio I have a dream, c’est son nom, émet depuis l’autre côté de la frontière, pour contourner l’interdiction d’émettre du CSA.TVPI a également commencé comme ça, il y a presque 5 ans, et on peut dès lors s’interroger sur le recours à ces bonnes vieilles pratiques pirates qui avaient cours du temps de la radio à papa, lorsqu’une seule radio était autorisée à diffuser la bonne parole. Car si le réaménagement en cours de la bande FM par le CSA pourrait entraîner une augmentation de 15 à 20% des fréquences, "ce n’est pas dit qu’un projet local ait sa place" relève Michel Lamarque en constatant que la multiplication des canaux, radios ou télés, n’induit pas forcément la multiplication des opérateurs.
Bandeau noir
Même topo du côté de Jules-Édouard Moustique qui se réjouit de remettre son bandeau noir, comme il y a vingt-cinq ans, tout en regrettant que "les radios ne soient pas libres".25 ans après la libération des ondes, les radios pirates sont devenues des radios commerciales et squattent la bande FM, soit un peu plus de la moitié des 6000 fréquences de l’hexagone, le reste étant alloué au groupe public radio France.D’où cette "initiative personnelle" de deux compères, comme un "clin d’oeil aux radios commerciales formatées"."Le spectre de la FM n’est pas assez large" regrette Moustic.Alors, "on a réinventé la radio périphérique".Sur ce projet, ils sont sur la même longueur d’ondes que TVPI, en souhaitant faire une radio d’ici, proche des gens."Ce qu’on veut offrir au Pays Basque, dit Jules-Edouard Moustic, c’est entre le service public de France 2 et la culture d’ici de Gure Irratia".Un créneau qui, à long terme, veut développer un programme musical de qualité et "des infos pour les touristes", "surtout les 25% qui ne parlent pas français" ajoute Michel Lamarque.Une façon, dit Jules-Edouard Moustic, d’"ouvrir le pays aux étrangers", tout en leur proposant "des mots en basque" et une couleur, "comme une odeur d’ici"."Plus urbain" et "plus convivial". Une radio "comme un roman" s’emballe Moustic, qui imagine, depuis la cave de sa maison de Guéthary où est installé le studio, "créer un fonds musical avec lequel je peux balader les gens, par exemple dans la forêt d’Irrati". Car pour l’heure, la radio n’est que musicale.Le projet d’une information en anglais a dû être reporté, faute des autorisations du CSA pour ouvrir l’antenne au début de l’été.Et la musique, c’est le job de Moustic.Un job que l’animateur appréhende comme un artisanat, comme l’héritage des "métiers tués", celui de metteur en ondes ou de programmateur.Pour ses 41h de musique non-stop, il a aussi choisi une couleur, le noir, comme le drapeau pirate, et comme la "musique black", soul, funk, blues, R&B, reggae, salsa, rap etc. "Ce créneau correspond bien au Pays Basque" estime Moustic."ça va bien au teint du pays" pense-t-il en rappelant que les blacks panthers avaient des bérets basques sur la tête.Blague à part, c’est très sérieusement que ce Luzien d’origine adapte ses goûts musicaux à la sauce du pays, en s’intéressant de près à ce que la scène basque propose dans cette vaste palette musicale."Une super bonne expérience" qu’il espère continuer.Désormais Moustic est "tout le temps ici" et ne monte plus à Paris que deux jours par semaine pour les besoins de Groland.Le reste dépend du nerf de la guerre.Mais "on ne fait pas de radio pour gagner de l’argent" dit-il.Alors autant "jouer", à condition bien sûr, d’"être classe" et de "bien bosser".
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