Tout comme il y a deux semaines à Donostia-Saint-Sébastien, un drapeau libanais et un autre palestinien ont accompagné l’ikurriña à la tête de la manifestation qui a parcouru hier midi les rues de Bilbao en défense du droit à l’autodétermination. La marche, très surveillée par la police de la Communauté Autonome Basque, a eu lieu sous la pluie et sans incident. La veille, le juge de l’Audience Nationale espagnole Santiago Pedraz affirmait qu’il n’y avait pas d’élément pour interdire la mobilisation malgré l’insistance du PP qui voulait empêcher la manifestation.Des milliers de personnes, 15000 selon l’agence AFP, ont marché derrière une banderole qui portait le slogan "Euskal Herriak, autodeterminazioa". Dans le cortège, plusieurs membres de Batasuna, dont Joseba Alvarez, Tasio Erkizia, Joseba Permach, Pernando Barrena ou Jone Goirizelaia, et des responsables du syndicat LAB Rafa Díez Usabiaga et Txutxi Ariznabarreta.
Les participants ont défilé pendant une heure. Une fois le cortège arrivé à la mairie, les organisateurs ont pris la parole. "Nous souhaitons adresser un message aux Etats français et espagnol: s’il vous plaît, laissez ce pays décider de son avenir en paix".
L’avocate et dirigeante de Batasuna Jone Goirizelaia, peu avant le départ de la manifestation, a demandé au PSOE d’agir de façon "responsable" et de "mettre en place des mesures" pour que Batasuna puisse exercer une activité politique dans la normalité. "Cinq mois après l’annonce du cessez-le-feu de l’ETA et du début d’un processus pour la mise en place d’une table de dialogue des partis politiques, nous constatons qu’on ne respecte pas le droit de Batasuna à mener son activité politique. C’est très grave, très grave. C’est un problème auquel le PSOE doit apporter une solution".
Jone Goirizelaia a ajouté que la question des prisonniers est aussi un obstacle. Elle a évoqué la question du rapprochement familial des détenus et a souligné le cas concret d’Iñaki de Juana Chaos, en grève de la faim depuis deux semaines et demie pour demander sa mise en liberté. "Son droit à être en liberté conditionnelle n’est pas respecté", a déclaré l’avocate tout en accusant le PSOE de "ne pas respecter ses propres lois, alors que dans d’autres cas le parti socialiste bafoue la loi pour remettre en liberté des personnes telles que Rafael Vera".
Des voies légales
Le porte-parole du Parti Socialiste d’Euskadi, Rodolfo Ares, a affirmé que la tenue de la manifestation "démontre qu’il est possible de défendre des positions partagées par la gauche abertzale à travers des voies légales, et en respectant les règles du jeu". Selon Rodolfo Ares, ce que Batasuna ne peut pas faire c’est "transférer ses problèmes sur les autres", en faisant référence à la légalisation du parti de la gauche abertzale. "Il ne revient pas à l’Etat de droit de résoudre les problèmes de la gauche abertzale; c’est à elle de prendre des décisions".Le dirigeant du PSE a affirmé que "les socialistes basques souhaitent que Batasuna puisse parcourir le chemin qui la mène à devenir une force légale". Selon Rodolfo Ares, "c’est évident qu’ils ont tous les mécanismes pour défendre leurs positions à travers les règles du jeu de la démocratie".
Par ailleurs, la présidente du PP de la CAB, María San Gil, a dénoncé que la tenue de la manifestation "met en évidence que les Œviolents’ sont en train de récupérer les rues" et que "les démocrates perdent petit à petit des espaces de liberté". Elle a réclamé du gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero de "ne plus céder au processus de paix".
La présidente du parti conservateur a déploré la décision de l’Audience Nationale permettant la tenue de la manifestation, et s’est dite "déçue" par la justice.
Aujourd’hui une mobilisation est prévue à Saint-Sébastien en soutien au prisonnier Iñaki de Juana Chaos, en grève de la faim pour exiger sa mise en liberté.