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Le JPB > Culture 2006-08-25
Vibrations collatérales annoncées sur le front Kingston-Villefranque-Jérusalem
·Les fêtes de Villefranque commencent ce soir avec, au fronton, le groupe de reggae jamaïcain Israël Vibration

Une fois de plus, c’est la faute aux Anglais. Si, dans les années 70, un producteur britannique et néanmoins malin n’avait prévu l’extraordinaire potentiel ¦cuménique d’un genre musical aussi insulaire qu’improbable, le reaggae serait resté ce qu’il était à l’origine : le succédané chaloupé et décuivré du ska, lui-même héritier d’un rythm’n’blues passablement enfumé.

Et pourtant, rien de moins étranger à la culture jamaïcaine que le concept d’authenticité. La preuve? L’obsession de l’authenticité, notamment au travers de la religion rastafarienne, qui prône un retour aux racines, tant culturelles que géographiques (le berceau éthiopique, source de tout). Par un de ces syncrétismes dont les peuples créoles ont le secret, le courant "rasta" est un mélange de Judaïsme, de Christianisme, d’animisme et de politique inspirée du black power américain.

Et alors ? Et alors le reggae était peut-être justement voué à l’exportation : son succès anglais, puis planétaire a d’abord été dû à une relative édulcoration musicale : le producteur demande au pionnier Bob Marley de soigner le son et d’ajouter des solos de guitare. Exit tous les parasites nuisant à l’oreille pop du public occidental.

Or, ces "parasites", c’est l’âme du ska, de l’éraillement des voix aux désaccords gratteux, en passant par le souffle de baffles saturées. Ce souffle n’est pas anodin: né d’une faiblesse d’équipement lors des sound system en plein air, il est dès l’origine un moyen de plonger la foule en transe : les vibrations de la terre et du ventre jouent un rôle musical aussi bien que la mélodie. Pas étonnant que lors du revival du "vieux jamaicain" qui éclôt dans les années 90, le mot "vibration" (prononcer "vaïbrécheune") soit essentiel. Le terme "Israël" marque plus qu’un étendard politico-mystique des origines. Car nos compères, qui ont commencé en 1969, enregistrent leurs premiers disques en 1976. A cette époque, le reggae s’est suffisamment développé pour générer divers courants, parfois fratricides.

Pour simplifier nous avons les "durs", plus politisés, plus violents dans leurs paroles comme dans leurs musiques, et qui crient de rage, envers un capitalisme mafieux qui ensanglante depuis longtemps les rues de Kingston (à l’époque capitale décimée par les gans et la drogue). A l’opposé, il y a les "cools" : aime ton prochain etc. Mus d’une volonté de faire la paix, les énergumènes misent sur le socle commun : le mythe de Sion ("zaïonne"), capitale fabuleuse opposée à la Babylone occidentale.

Donc les Anglais sont coupables. Et le Comité des fêtes de Villefranque a souhaité faire un procès public, sur la place du fronton, pour inaugurer les festivités locales. Les vieux messieurs balancent une musique solide et rodée qu’un public international ne dément plus. Leur production discographique n’a jamais été aussi régulière que depuis 2000 avec 4 albums dès cette date. Leur énergie sur scène ne faiblissant que rarement, espérons que le fronton cèdera aux vibrations.

Concert reggae

Vendredi 25 août, fêtes de Villefranque, place du fronton.


 
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