Mondial 2006
Tony Parker, le rêve brisé
·L’index fracturé, le meneur de jeu des Spurs de San Antonio a été contraint à déclarer définitivement forfait, la mort dans l’âme
Tony Parker était motivé comme un junior à l’idée d’attaquer le Mondial-2006 de basket-ball avec l’équipe de France aujourd’hui : ses illusions se sont brisées sur un accident bête lors d’un ultime match de préparation mardi dernier en Chine. Victime d’une fracture à l’index droit, resté accroché au maillot du Brésilien Tiago Splitter, il a dû renoncer, la mort dans l’âme, hier, après avoir passé des examens qui ont révélé l’inéluctable. "C’est cassé, je n’arrive ni à shooter, ni à dribbler, ni à mettre de pression sur la balle, je ne peux rien faire", a lâché Parker en soirée à l’hôtel des Bleus à Sendai. Malgré ce handicap, malgré la douleur, il était quand même prêt à tenter le coup, et ce dès aujourd’hui contre l’Argentine. "J’aurais joué avec la main gauche, c’est pas grave", a lancé le double champion NBA, plein d’aplomb. Mais quand les dirigeants de son club des San Antonio Spurs ont vu les radios, "ils ont dit Œno way’ (pas moyen)", explique TP, consolé par ses deux parents arrivés le soir même de Paris. "C’est comme ça, les Spurs, ce sont eux les boss, a-t-il souligné. Il faut les comprendre, ce sont eux qui payent et ils ont estimé que le risque d’une aggravation de la blessure était trop grand. Là, j’en ai pour un mois minimum pour récupérer, selon les médecins. Si j’avais joué, j’aurais risqué une opération et là j’en prenais pour trois mois."
"Il ne faut pas être égoïste"
Le sélectionneur Claude Bergeaud n’a pas nié que l’employeur de Parker leur avait un peu forcé la main, tout en assurant les "comprendre". "Les Spurs n’ont pas voulu prendre le risque et je les comprends", a-t-il déclaré, soucieux d’entretenir de bonnes relations avec la franchise NBA en vue des échéances futures. "On ne joue pas avec la santé d’un joueur, a ajouté Bergeaud. Le garder avec nous n’aurait pas été une décision sage." Alors Parker a accepté la sentence, estimant que c’était finalement mieux ainsi : "Si je ne peux pas apporter quelque chose à l’équipe, ça ne sert à rien que je sois sur le terrain juste parce que c’est un Mondial. Il ne faut pas être égoïste."Mais la frustration était bien là. D’une part à cause de la manière dont il s’est cassé le doigt, qui relève de l’ubuesque (c’est en passant dans le dos de son adversaire qu’il s’est blessé). D’autre part parce qu’elle coupe en plein élan un joueur qui avait affiché un état de forme resplendissant tout au long de l’été. Après avoir pris deux mois de vacances, chose qui ne lui était plus arrivée depuis des années, TP brillait en effet de mille feux dans cette équipe, dont il était à la fois le phare, le meilleur marqueur et l’exemple à suivre.
Supporteur de luxe
"C’est clair que c’est dur à vivre, d’autant qu’on avait en plus une super-équipe avec un gros potentiel, a-t-il déploré. Mais l’équipe de France est toujours là, il faut maintenant que des joueurs comme Boris (Diaw) et Mike (Pietrus) prennent plus leurs responsabilités". En attendant, les coéquipiers de Parker avaient encore un peu de mal à croire à la nouvelle, à l’image de Joseph Gomis, un des suppléants potentiels au poste de meneur. "Ca nous est tombé dessus d’un coup, on n’a pas eu le temps de se poser des questions, on va essayer de gérer au mieux", a expliqué le petit arrière de Valladolid. "Ca peut libérer certains, a essayé de positiver Bergeaud. Je pense notamment à Yannick Bokolo qui n’aura aucune pression et tout à gagner." "C’est une bonne occasion de montrer que c’est une grosse équipe et pas seulement l’équipe de Tony Parker", a estimé TP, qui s’envole demain pour les Etats-Unis afin d’y passer des examens supplémentaires (mardi). Il reviendra ensuite, c’est promis, au Japon pour encourager ses copains, même si ce rôle de supporteur de luxe est bien loin de ses rêves de gloire et de conquête planétaire.
|