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Le JPB > Pays Basque 2006-08-19
Orthodoxie ouverte
Après des démêlés judiciaires qui ont défrayé la chronique, et divisé la petite communauté orthodoxe, l’église de Biarritz veut reprendre son développement et sa rénovation

Ce matin a lieu la célébration de la "Transfiguration" du Christ. Le 28 août, celle de la "Dormition". L’église orthodoxe russe de Biarritz, "Saint Alexandre Nevski et de la Protection de la Mère de Dieu", est toujours calée sur le calendrier grégorien. L’Assomption fêtée par les catholiques le 15 août sera donc célébrée 13 jours plus tard par les orthodoxes. Les choses sont pourtant loin d’être figées.

En dépit des démêlés judiciaires (lire ci-dessous) et de la scission qu’a connue la petite communauté orthodoxe de la Côte basque fin 2004 début 2005, l’église continue son travail de rénovation et de développement. A l’image du père Roman, jeune trentenaire russe, originaire de St-Pétersbourg, qui va venir seconder le père Truve en septembre.

Ce dernier veut tourner la page de "la scission" [un schisme qui porte sur le rattachement de l’église au patriarcat de Moscou ou son maintien à celui de Constantinople]: "Aujourd’hui il n’y a ni vainqueurs ni vaincus, nous sommes tous perdants". Et de lancer un appel à "laisser de côté les ressentiments". Il attend la fin de ces démêlés judiciaires pour lancer une souscription qui permettra de continuer les travaux de rénovation d’un bâtiment (construit en 1982) qui en a bien besoin.

Pour Alexis Truve, "qu’importe Moscou, Constantinople ou Antioche" il faut que "l’église professe la foi orthodoxe" et soit "ouverte quelle que soit la nationalité". Il cite volontiers Saint-Paul qui affirmait qu’"il n’y a plus ni juif, ni grec".

Alexis Truve 48 ans, marié [les hommes mariés peuvent devenir prêtre dans l’église orthodoxe] à une Biarrotte (fille du père Rehbender), père de quatre enfants, a été nommé recteur dans cette église par l’Archevêché des églises russes en Europe occidentale fin 2004. Son prédécesseur, le père Georges ayant décidé le rattachement à Moscou, et allant jusqu’à mettre le bâtiment sous scellés pour officiellement raisons de sécurité, les offices se déroulaient au Temple, puis à l’Aumônerie du lycée de Biarritz. Jusqu’à ce que le Tribunal de grande instance de Bayonne donne raison aux fidèles du patriarcat de Constantinople en décembre 2005.

L’effet fut désastreux. En termes d’image pour les personnes extérieures peu au fait des subtilités des hiérarchies ecclésiales. En interne également, avec nombre de défections. Aujourd’hui "je vois revenir un certain nombre de personnes" se réjouit le père Truve qui estime que "progressivement, la communauté s’est reconstituée".

Cela étant, les partisans du rattachement au patriarcat de Moscou ne désarment pas, puisque le jugement de Bayonne a été porté en appel. Un prêtre du Patriarcat de Moscou vient de Paris pour célébrer des offices dans un hôtel sur la route nationale 10.

Immigrés de l’Est au Sud

En attendant, Alexis Truve poursuit son travail d’ouverture. Car les publics accueillis dans l’église relèvent au moins de trois catégories. Il y a ainsi un nombre croissant d’immigrés russes, ukrainiens, moldaves, résidant au Pays Basque sud qui sollicitent le prêtre. Leur nombre est estimé à 6000 fidèles. S’il existe une messe hebdomadaire à Barañain (près de Pampelune), et depuis novembre dernier une église cédée par l’Evêché de Bilbao pour les fidèles roumains, au Pays Basque c’est plutôt le désert. Les immigrés de la région de Donostia sollicitent donc régulièrement A.Truve pour des baptêmes notamment. Si, habituellement une vingtaine ou trentaine de fidèles assistent aux offices, et le double en été, à l’occasion de la célébration de la messe de Paques (fête orthodoxe majeure), c’est plus d’une centaine de croyants qui se sont réunis à Biarritz.

En second lieu, l’église accueille nombre de Russes estivants. En ce moment par exemple un jeune couple, Nicola et Julie, résident dans une des chambres qui accueillent des pèlerins, et participent à l’entretien de l’église (ménage,...). Plus généralement ce sont des touristes résidant dans des hôtels qui viennent "par curiosité ou pour demander conseil". A.Truve y voit là l’occasion pour l’église d’apporter sa "contribution à la ville de Biarritz dans l’accueil des visiteurs", comme un juste retour des choses à "la ville qui nous a accueillis" (allusion aux Russes blancs fuyant la révolution).

Enfin, l’église accueille également des orthodoxes "dispersés": "des Roumains, des Grecs,... et des Français". Et c’est toujours au nom de l’ouverture que le père Alexis Truve célèbre les offices en slavon [langue liturgique des Slaves], mais aussi en introduisant du français.

Alexis Truve, a également en charge une paroisse à Paris (Ste Trinité). S’il est en permanence à Biarritz pour la période estivale, il viendra au Pays Basque environ une fois par mois par la suite. C’est qu’il occupe également un emploi à Paris. Economiste de formation il travaille pour une Agence aidant les entreprises à l’exportation. Certes pour une question de revenus, mais aussi pour son "équilibre personnel". "Je suis heureux d’être en contact avec le monde." Ce qui n’est peut-être pas étranger à cette volonté d’ouverture sur la ville et sur le monde.



l’oeil de Moscou
La question s’est également posée pour l’église russe orthodoxe de Nice. Au Pays Basque elle s’est réglée devant les tribunaux. Si le père Georges, ancien recteur à Biarritz de 2001 à 2004 avait l’habitude de dire "Tout sauf Moscou", c’est sous ses auspices qu’une assemblée générale décide fin décembre 2004 le rattachement de l’église de Biarritz au patriarcat de Moscou, laissant celui de Constantinople où l’église russe avait trouvé refuge en 1931. Depuis la chute de l’URSS, le patriarcat de Moscou tente de remettre dans son giron les différentes "églises russes". Sauf que l’Archevêché des églises russes orthodoxes, rattaché au patriarcat de Constantinople, a, en 60 ans, pris goût à une certaine autonomie. Un fidèle orthodoxe analyse, qu’à l’a différence du Patriarcat de Moscou, taxé de traditionaliste, l’église russe en exil n’a pas d’argent, pas de rôle politique, et une certaine liberté. Dès lors, plutôt qu’un retour à Moscou, certains se prennent à envisager la création d’une église locale en Europe occidentale, ne dépendant que d’elle-même.

La décision prise le 26 décembre 2004 est donc contestée sur le fond par certains fidèles, mais surtout sur la forme. L’AG avait réuni 80 personnes alors que l’association compte moins de 50 adhérents. Le TGI de Bayonne annule cette décision en décembre 2005. Les partisans du rattachement à Moscou font appel. Egalement du caractère exécutoire de cette décision. Cet appel en référé est débouté en janvier 2006.


 
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