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Le JPB > Pays Basque 2006-08-19
Le GHB, une drogue rare au Pays Basque
·L’usage de GHB aux fêtes de Bayonne n’est pas encore avéré

Les enquêteurs n’ont pas encore pu établir que les trois jeunes femmes agressées sexuellement à Bayonne étaient sous l’emprise de GHB. L’acide gamma hydroxybutyrique est en effet délicat à repérer dans l’organisme et s’élimine très vite. Les résultats sont cependant attendus à Bayonne, mais "les examens sont longs et difficiles" explique-t-on du côté de l’enquête. Néanmoins, la "drogue des violeurs" fait déjà couler beaucoup d’encre et si "aucune preuve formelle" n’étaye cette crainte, c’est la facilité apparente d’usage de cette substance à des fins criminelles et son caractère traumatisant pour les victimes qui inquiètent et suscitent les commentaires. D’autant qu’il n’existe pas vraiment de filière pour le GHB mais plutôt un vaste réseau, Internet, où l’on peut se procurer le produit ou les composés chimiques pour sa fabrication, même si l’accessibilité des sites en proposant s’est réduite ces dernières années.

Au Pays Basque, les acteurs de terrain relèvent que "les cas sont très rares". Du côté des forces de l’ordre, peu d’enquêtes criminelles concernent la drogue des violeurs au Pays Basque de même que les services spécialisés dans la répression des stupéfiants qui n’ont aucune statistique sur ce produit en raison de la marginalité de son usage ici.

"Jamais entendu parlé"

Du côté de l’Association pour la recherche et l’information sur la toxicomanie (Arit), même son de cloche. "On n’a jamais entendu parler de ça ici" affirme Michel Castagné, le directeur de la structure d’aide aux toxicomanes installée à Biarritz. Il évoque cependant des jeunes "supposés en avoir pris à leur insu il y a trois mois". Mais, à l’Arit, on reste prudent. Michel Castagné explique que "sous le vocable Ecstasy, les gens ne savent pas toujours ce qu’ils prennent", même s’il consent que les effets en sont différents. D’autre part, si l’Ecstasy jouit d’une bonne réputation de drogue "ludique" et "soft", il n’en va pas de même pour cette drogue euphorisante associée au terme de violeur. "Il est évident que le type qui utilise ça ne s’en vante pas", estime le directeur de l’Arit. D’où la difficulté d’évaluer l’usage de GHB tout en dissociant une utilisation volontaire ou criminelle. A faible dose, le GHB, que l’on appelle aussi "Ecstasy liquide", est un puissant désinhibiteur, moins cher que la cocaïne, qui augmente la libido et la sociabilité. Son usage peut néanmoins être mortel. A plus forte dose, il plonge l’usager dans un état hypnotique et provoque une amnésie totale et éphémère.

En France, on estime que sur les 120 derniers viols, 6 l’ont été sous l’emprise du GHB. Dans l’attente de résultats à Bayonne, c’est à Saint-Sébastien que le GHB a été repéré. L’hôpital Donostia a enregistré quatre intoxications volontaires ces cinq dernières années et un cas de viol sous l’emprise de GHB. Une Française de 36 ans qui présentait, il y a deux ans, les mêmes symptômes que les trois jeunes femmes à Bayonne. Amnésie totale et réveil dans le lit d’un homme qu’elle ne connaissait pas. Parmi les quatre cas d’intoxication au GHB, un jeune homme de 15 qui avait ingéré délibérément a été plongé dans un coma profond.

Selon les autorités, ces cas restent marginaux au Pays Basque, mais se développent sur la côte méditerranéenne, ou dans les Baléares. A Ibiza l’été dernier, un jeune Irlandais en est mort et 25 touristes ont été intoxiqués au GHB au même moment. L’usage de cette drogue, illégale depuis 1990, est également plus répandu aux États-Unis et au Canada où les produits nécessaires à sa fabrication sont tous en vente libre.

La drogue des violeurs agit sur le thalamus

Le GHB agit dans une région clef du système nerveux impliquée dans le sommeil : le thalamus. Synthétisé par le professeur Laborit en 1961, le GHB était d’abord utilisé en anesthésie et en obstétrique. Détourné de son usage, il est devenu un psychostimulant aux vertus aphrodisiaques. La drogue des violeurs stimule certains récepteurs du Gaba (acide gamma-aminobutyrique), un neurotransmetteur de l’inhibition et de l’excitation. En fonction des doses de GHB administrées, les effets sont assez différents. A faible dose, il déséquilibre le rapport entre excitation et inhibition neuronales, et entraîne des pertes de conscience. A forte dose, il inhibe les GABA, devient un hypnotique et induit une activité neuronale caractéristique des phases de sommeil. La consommation non contrôlée de GHB, outre son aspect criminel, comporte d’importants risques de toxicité. L’ingestion de fortes doses de GHB provoque une dépression respiratoire qui peut conduire au coma. En outre, l’usage répété de GHB crée une dépendance pouvant amener un état de manque prolongé et sévère.


 
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