Günter Grass dans la mélasse de son passé
L’autobiographie de l’écrivain allemand Günter Grass, dans laquelle il révèle avoir été enrôlé dans les Waffen-SS à la fin de la Seconde Guerre mondiale, est déjà quasiment épuisée en librairie au lendemain de sa mise en vente. Quelque 130 000 des 150000 exemplaires mis en vente mercredi en Allemagne, en Autriche et en Suisse, ont déjà été vendus. Beim Häuten der Zwiebel (ŒEn épluchant les oignons’) ne devait initialement être publié que le 1er septembre, mais sa maison d’édition a décidé d’avancer la publication en raison du scandale suscité par les révélations du Prix Nobel de littérature 1999. Dans un entretien avec la presse, il avait avoué vendredi dernier avoir été brièvement engagé dans l’unité d’élite du régime nazi en 1945, affirmant en raconter les détails dans son autobiographie. Cet aveu a suscité une immense polémique en Allemagne, intellectuels et historiens lui reprochant surtout de s’être tu durant 61 ans alors qu’il n’a cessé de confronter l’Allemagne aux errances de son Histoire. Intervenant à la télévision, Günter Grass a tenté d’expliquer son silence par la "honte" qu’il ressentait d’avoir été un Waffen-SS et le "fardeau" de la culpabilité que "personne ne pouvait alléger". Günter Grass est apparu comme l’une des consciences intellectuelles ayant accompagné la reconstruction morale de l’Allemagne sur les décombres du nazisme. En Pologne, l’émotion soulevée par cet aveu est également vive, en particulier parce que Günter Grass est né à Gdansk, qui s’appelait alors Dantzig, et fait citoyen d’honneur de cette ville symbole, où a débuté la Seconde guerre mondiale.
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