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Le JPB > Sujet à la une 2006-08-12
La galice en flammes

C’est à désespérer. La Galice part en fumée depuis plusieurs jours, mais rien ni personne ne semble pouvoir y faire quelque chose. Les habitants du petit village de montagne Santa María de Saco (Pontevedra), ont travaillé toute la nuit. Le feu qui menaçait au loin depuis plusieurs jours est arrivé aux abords du village la nuit dernière et les habitants n’ont eu d’autre solution que de prendre les seaux d’eau, couper les branches et d’affronter le géant de feu afin de défendre leur petit village de montagne face à ses griffes enflammées.

La nuit a été longue, très longue. Au levé du jour, les villageois sont fatigués, mais heureux. Tout, autour du village, a brûlé, mais c’est un moindre mal, ils sont tous sains et sauf, même si la fumée avalée pendant des heures et des heures les fait encore tousser.

La Galice tout entière est en train de brûler. Un fait devenu habituel chaque été depuis les années 60, mais qui n’avait jamais atteint de telles proportions. Plus de 15 000 hectares ont brûlé en l’espace de quelques jours. Plus de 120 feux simultanés sont enregistrés chaque matin, avec des dizaines de nouveaux départs.

Plus de 5500 hommes et femmes soldats du feu de Galice sont sur le terrain, auxquels 1000 nouveaux venus de toute l’Espagne et du Portugal se sont ajoutés en renfort. Des brigades civiles anti-incendies se sont même constituées avec plus de 600 bénévoles "en defensa do monte Galego". Mais rien n’y fait, aussitôt un feu éteint, ce sont trois autres départs de feux déclarés.

Si la Galice est connue pour ses jours de pluie en été, la météo n’aide pas non plus, puisque le pays doit supporter des températures au-delà des 35 degrés depuis plusieurs jours, avec un vent qui aide à supporter la chaleur, mais qui alimente les incendies.

Un feu provoqué

La quasi-totalité des feux sont provoqués. Au marché d’Abastos de Ourense, tout le monde parle de cela, mais au moment d’interroger les nombreux paysans sur les raisons de ces incendies, personne n’ose en parler, moins encore à des étrangers.

Les raisons sont multiples, selon la presse locale, mais les causes politiques semblent l’emporter sur le reste. Après plusieurs dizaines d’années de règne franquiste, l’ancien ministre de l’Intérieur et du Tourisme du dictateur et fondateur du PP, Manuel Fraga, a été délogé par une coalition socialiste-nationaliste. L’an dernier, le candidat du PSdG, José Touriño, a été investi président de la Xunta de Galicia. Après 40 ans de dictature suivis de 30 de "fraguisme", le nouveau pouvoir a placé ses hommes, créant ainsi de nombreux mécontents. Il aura seulement suffi que le président de la Xunta dise que les feux sont "contrôlés" pour que les incendies ne doublent ou triplent en quantité.

S’ajoute à cela que le président du Parti Populaire Mariano Rajoy, originaire de Pontevedra, est comme par hasard en Galice, et depuis le début des incendies il ne rate pas une occasion de pavoiser devant les caméras de télévision. Il était venu se reposer dans son village natal, mais l’actualité l’"oblige à aller au-devant de la scène afin de dénoncer le manque de prévision du gouvernement actuel", et d’"exiger des moyens afin de mettre fin au chaos".

La direction du PP a même tenu sa réunion de direction en Galice ces jours-ci, à chaque fois relayée par la presse madrilène et les chaînes de télévision privées à sa botte.

Du coup tout est mélangé. Alors que la Galice s’immole et que tous les villageois font l’impossible pour sauver leur maison et leur vie, le quotidien de droite El Mundo faisait son titre de une mercredi en assurant qu’"il est indispensable de savoir le galicien pour éteindre le feu". Une besogne bien basse de l’opposition afin de s’attaquer à la politique de récupération du galicien lancée par la Xunta, qui lors des concours à la fonction publique apprécie la connaissance de la langue officielle du territoire.

Le parti de l’opposition ne pouvait rêver mieux pour occuper les journaux télévisés en plein mois d’août. Du coup, le président José Luis Rodriguez Zapatero a dû se rendre sur place, et le ministre de l’intérieur était hier à Saint-Jacques de Compostelle pour la deuxième fois en une semaine.

Les écologistes et les citoyens qui avaient lancé la campagne Nunca Mais lors de la catastrophe du Prestige ne s’y sont pas trompés. Jeudi, plus de 3000 personnes défilaient dans les rues de Vigo et de Santiago sous le slogan "Lume Nunca Mais" (plus jamais de feu) accusant directement le Parti Populaire d’être l’instigateur du chaos.

Des raisons économiques

En plus des raisons politiques, la presse locale signale les intérêts économiques. L’anti-incendie constitue une industrie qui a facturé près de 60 millions d’euros rien que l’an dernier. La filière du bois est également très importante en Galice. Rien de tel que de mettre le feu à une forêt afin d’économiser les travaux de débroussaillage et pour faire "une sélection naturelle" du meilleur bois, en faisant disparaître les vieux arbres et le bois malade. Le secteur de la construction et de la spéculation immobilière ne reste pas non plus en retrait des accusations, puisque la majorité des feux ont lieu dans la première couronne des zones urbaines.

Certains signalent même l’implication des réseaux de narcotrafiquants qui sont installés en Galice depuis des années et qui profiteraient de l’absence des contrôles de police, bloquée dans les opérations d’extinction, pour faire passer sans risque leurs cargaisons de drogue.

Enfin, de plus en plus d’éléments laissent croire que les départs de feux seraient l’¦uvre de bandes organisées selon les enquêteurs. Ces derniers commencent à évoquer l’existence de "terroristes du feu".



Su eskola, une école pour apprendre à lutter contre les incendies
I.L.

Alors que les incendies sont d’actualité, la Diputacion du Gipuzkoa termine la construction de l’édifice qui va accueillir Su Eskola, l’école du feu, un centre pionnier dans l’apprentissage des techniques de lutte contre les incendies. Situé à Ordizia, à côté de la caserne des pompiers, Su Eskola ouvrira ses portes début 2007 avec, pour objectif, de devenir une école de formation pour les professionnels et les entreprises de sécurité. L’école sera ouverte également aux centres scolaires et aux associations.

"Chaque année plus de 2000 personnes s’inscrivent aux formations de lutte contre les incendies que la Diputacion met au service des intéressés dans les huit casernes de pompiers de Gipuzkoa. Avec Su Eskola il nous sera possible d’élargir l’offre et d’accueillir 4000 personnes", selon Peru Bazako, député-adjoint au service anti-incendies de l’institution forale. Même si le but principal est de former les professionnels, "rien n’empêche que les particuliers suivent une formation pour qu’ils puissent savoir comment faire, face à un feu dans une cuisine, par exemple".

Le bâtiment qui devrait être fini au cours du mois de septembre a été conçu par Ifopse, société bretonne spécialisée dans les simulateurs et équipements de formation à la lutte contre les incendies. Cette société a construit par exemple la plateforme d’entraînement contre les incendies du groupe Total à Pau.


 
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