Samedi 5 août 2006 / Par Noël Mamère
[...] Le poison qui ronge nos sociétés n’est pas
seulement dans les pots d’échappement de nos bagnoles et dans les fumées de nos
usines. La réalité de ce monde ne peut se résumer à la seule menace climatique
comme tu voudrais nous le faire croire, cher Nicolas. Et c’est bien parce que ce
lien entre injustices sociales et injustices environnementales n’est pas évident
à faire comprendre que nous éprouvons tant de difficultés à exister de manière
forte dans le paysage politique.
Non, Nicolas, ce n’est pas un problème de déficit « d’unité » des écologistes, mais de décalage.[...] Il faut le dire et te le répéter, cher Nicolas, les Verts ne doivent pas se laisser enfermer dans le seul rôle de vigies de l’environnement ou de Cassandre annonçant les catastrophes.
[...] Aucune réponse écologique ne vaut si elle n’a pas pour objet principal de lutter contre les inégalités. L’heure n’est donc pas à se laisser entraîner dans ton piège, cher Nicolas qui, au nom de « l’urgence écologique », voudrait que nous en revenions à nos « fondamentaux », c’est-à-dire à notre « ghetto vert ».
[...] Dans ces conditions, Nicolas, es-tu le mieux placé d’entre nous pour relever ce défi ? Tu dois savoir que la notoriété et la sympathie sont un capital fragile dès qu’on se jette dans l’arène politique... Surtout quand on affirme ne pas faire de politique, comme c’est ton cas! Aller à une présidentielle (j’en parle d’expérience) c’est s’adresser à l’ensemble de la société sur l’ensemble des sujets, c’est défendre une conception du monde et de l’action politique. Se contenter d’une campagne monothématique est l’assurance d’un échec et le cantonnement au statut de candidat de témoignage. Franchement, l’écologie et les idées que nous portons valent mieux que cela.
Pour nous tous, Nicolas, tu es une voix qui compte dans l’écologie. Nous devons savoir l’entendre. C’est dans cet esprit que nous t’avons invité à nos journées d’été, au même titre que Corinne Lepage ou José Bové... Eux aussi candidats ! Attention, si ça continue, nous risquons de nous trouver nous aussi en surchauffe ! Et si ta meilleure place, Nicolas, n’était pas celle que tu occupes aujourd’hui ?
Tu es un des rares parmi nous à bénéficier de tribunes aussi importantes, tu es écouté parce que, justement, tu n’es pas « marqué » politiquement. Si tu venais à « basculer » tu y perdrais sans doute une bonne part de ta légitimité, ce qui serait injuste mais inévitable. Il suffit pour s’en convaincre d’observer ce qui se passe avec la démarche de José Bové.
De toute façon, Nicolas, tu sais bien qu’en France, comme ailleurs en Europe, il n’existe qu’un seul parti de l’écologie, le parti Vert. Tout le reste n’est qu’anecdote ou groupuscule.
Donc, si tu veux vraiment être le candidat de l’unité, il ne te reste qu’un seul choix : Les Verts... Qui ont déjà leur candidate : Dominique Voynet. Et qui n’ont plus de temps à perdre pour entrer dans la bataille.
Je te fais donc une suggestion, si tu es d’accord avec les positions que je viens d’exprimer et qui sont partagées par une immense majorité des adhérents verts : accepterais-tu de devenir le porte-parole de Dominique Voynet ?
Ce serait une belle preuve d’unité que tu réclames avec tant de force et raison.