Comme un air de vacances, dans le quartier
·A Habas-la-Plaine, à Bayonne, la Semaine de l’Avenir Partagé propose des animations contre l’exclusion
"Et toi, t’as fait quoi pendant ces vacances ?" Jean a été à la plage, Marie en Espagne, Lucie dans un super parc d’attractions. Loïc, lui, a fait le tour des moulins avec les cow-boys, virevolté autour de papillons, de coccinelles, a dansé au son des djembés ou des mix de Mehdi. C’était trop bien, même si c’était en bas de chez lui.Parce que tout le monde ne peut pas se permettre des vacances au soleil au mois d’août, ni au mois de juillet d’ailleurs. "On n’en a pas les moyens, c’est tout" soupire Maria. Alors la maman a été bien contente lorsque sa soeur lui a appris l’existence de la Semaine de l’Avenir Partagé, dans leur quartier d’Habas-la-Plaine, à Bayonne. "ça met de l’ambiance dans le coin, puis ça occupe les enfants. Pour nous aussi, ce n’est pas toujours très intéressant de rester à la maison". De l’ambiance, ce n’est pas ce qui manque. Les mix de Mehdi d’un côté, de l’autre les djembés de Claude et Stéphane, de l’association "L’arbre qui chante". Au milieu, différents ateliers de collages, de montages, de dessins. Mais surtout des yeux qui brillent, des sourires, des éclats de rire. Loïc et Anna sont occupés avec des pinces à linge. Mais n’allez pas leur dire que ce sont des bouts de bois. Plutôt des cow-boys, leurs chevaux, des poupées. Normal, c’est eux qui les ont peints et dessinés. Comme les moulins en carton. Alexandre, lui, met de l’ambiance dans le coin avec son djembé. Presque trois ans qu’il en joue, maintenant. "J’ai découvert l’instrument avec Stéphane et Claude, avec qui on en faisait au centre aéré". Le poignet souple, le rythme dans la peau, le djembé, ça lui connaît.
Piège contre l’exclusion
Derrière tous ces sourires et ces animations, Marie-Jeanne Oxoteguy et l’association ATD Quart Monde, organisatrices de la Semaine de l’Avenir Partagé, guettent. Pas le nombre de monde, mais plutôt qui viendra. "Une personne sera attirée par la musique, les ateliers. Si elle s’approche, et qu’on lui demande ce qu’elle veut faire, elle s’en ira" commente Marie-Jeanne Oxoteguy. "Puis elle revient plus tard, va s’asseoir dans son coin. Puis quelqu’un va lui demander de l’aide, et la conversation va s’engager". La chose essentielle, c’est donc d’attirer naturellement du monde dans ses filets, sans forcer personne, pour passer un bon moment ensemble.Car c’est un véritable piège contre l’exclusion qui se dresse derrière la Semaine de l’Avenir Partagé. Une arme douce, qui évite l’enfermement chez soi. "Dans la participation, il y a forcément l’implication de la rencontre, notamment autour d’un plaisir commun". Mais cette semaine aura également été un bol d’air pour des familles qui n’auront pas pris de vacances. Elles se seront évadées durant un instant. "Puis les enfants auront de quoi raconter à la rentrée de leurs grandes vacances. ça n’a l’air de rien comme cela, mais c’est important". ATD Quart Monde, la lutte contre
l’exclusion
ATD (Aide à Toute Détresse) Quart Monde est un mouvement international de lutte contre la misère et l’exclusion sociale. Il a été créé en 1957 par le père Joseph Wresinski et les familles d’un camp de sans-logis à Noisy-le-Grand, en région parisienne. La première action de l’association fut d’installer des bibliothèques de rue dans des quartiers défavorisés, appelés symboliquement le Quart Monde. Les premières Semaines de l’Avenir Partagé ont été organisées en 1985, toujours dans le même principe de lutter contre l’exclusion. Le but est de faire partager ses passions autour d’activités ludiques durant les après-midi d’une semaine. L’événement se clôt autour d’une fête, un concert ou une expo, comme Habas-la-Plaine le fait aujourd’hui. Marie-Jeanne Oxoteguy a pris les rênes de cette Semaine à Bayonne en 1989, et a sillonné les quartiers de Sainte-Croix ou de Saint-Etienne, parmi d’autres.
|