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Le JPB > Sujet à la une 2006-08-08
Iñigo, le général du pape
·Le Pays Basque et notamment la province du Gipuzkoa célèbre cette année le 450e anniversaire de la mort du fondateur de la Compagnie de Jésus, l’armée papale contre la réforme protestante

Courant 2006, partout dans le monde mais surtout en Pays Basque et notamment dans la province de Gipuzkoa, les églises célèbrent et rendent hommage à Saint-Ignace de Loiola, dont on commémore le 450e anniversaire de la mort. Comme tous les 31 juillet, les évêques basques dont celui de Bayonne, Mgr Molères, ont co-célébré une messe dans le sanctuaire de Loiola, bâti sur le lieu de naissance du fondateur de la Compagnie de Jésus, véritable armée papale contre la réforme protestante.

Avant la fin des activités de célébration du jubilé ignatien le dimanche 2 septembre, des congrès seront organisés sur le site de Loiola pour retracer la vie et l’oeuvre de ce personnage universel dont le rêve était de devenir un grand militaire. Le destin lui offrit le grade de général dans une armée singulière.

Méconnu par la plupart des catholiques, Ignace de Loiola n’est pas un saint très populaire, sauf peut-être en Pays Basque où le culte porté au patron du Gipuzkoa et de Bizkaia a été très répandu. Pourtant, Iñigo Lopez de Loiola est l’artisan d’une des révolutions les plus importantes dans l’Histoire de l’Eglise catholique. En effet, à une période de crise où la réforme protestante commençait à lézarder les piliers du Vatican, Saint-Ignace a fondé, aux côtés entre autres de Saint-François Xavier, un nouvel ordre monacal au service du Pape.

Le militaire converti

Né en 1491 dans la tour de Loiola, au bord de la rivière Urola, entre les villages d’Azpeitia et Azkoitia, Iñigo Lopez de Loiola était le treizième et dernier enfant d’une riche famille féodale proche des couronnes de Castille et d’Aragon. Son père lui destinait un avenir de prière, mais le jeune Iñigo était émerveillé par la guerre qu’il regardait avec admiration à travers les yeux de ses frères aînés. Finalement, il obtint de son père la permission de devenir page de cour, puis gentilhomme au service du vice-roi de Navarre, royaume envahi par les troupes du roi Ferdinand en 1512.

Le secrétaire de Saint-Ignace écrivit après sa mort que le jeune Iñigo aimait la lecture, les armes, les révoltes et les femmes, et que même s’il était un "homme de foi", la religion n’était absolument pas une priorité. C’est au cours du siège de Pampelune en 1521, alors qu’il défendait les intérêts des envahisseurs contre les troupes navarraises venues reconquérir la couronne, que le jeune Iñigo est grièvement blessé aux jambes par un boulet de canon. Ironie de l’Histoire, c’est contre la famille de François de Xabier qu’il avait pris les armes; et c’est peut-être l’un des frères de Saint François Xavier co-fondateur de la Compagnie de Jésus, qui a lancé l’ordre de tirer.

Reconduit au château familial, durant sa convalescence, ne trouvant pas d’autres livres, cet avide lecteur dut se conformer à la Vie du Christ et à la Légende dorée qui raconte les faits et gestes des Saints. Contrairement à toute attente, Iñigo est accroché.

"Quand je pense à ce qui appartient au monde, je m’y complais beaucoup, mais, quand je suis fatigué et que je cesse d’y penser, je me trouve aride et insatisfait; en revanche, quand je rêve d’aller à Jérusalem nu-pieds, de ne plus manger que des herbes, de me livrer à toutes les austérités comme les Saints, non seulement j’éprouve de grands élans intérieurs, quand je médite sur des pensées de ce genre, mais même après les avoir quittées, je reste satisfait et allègre", écrira-t-il.

La Contre-réforme

Il a 30 ans lorsqu’il décide d’aller à Jérusalem en pèlerin mendiant. À son passage par Manresa et le sanctuaire de Montserrat, il écrit ses Exercices spirituels, "le code le plus sage et universel pour la direction spirituelle des âmes", dira Pio XI.

Mais c’est à Paris, où Iñigo change son prénom pour celui d’Ignace, que le futur Saint marquera l’avenir de l’Église en créant un groupe de nouveaux apôtres dont Saint-François-Xavier et le bienheureux Pierre Favre au service du Vicaire de Christ: la Compagnie de Jésus vient de naître, et avec elle, une arme intellectuelle redoutable contre la réforme protestante.

Les jésuites vont non seulement combattre dialectiquement les protestants; mais ils vont aussi créer la figure du missionnaire, un nouvel apôtre dont l’objectif est de propager à travers le Nouveau Monde et l’Extrême Orient la parole de Jésus Christ. Le premier Général des jésuites mourra le 31 juillet 1556 en léguant une véritable machine à convertir de nouveaux chrétiens romains.

450 ans après, son successeur, Peter-Hans Kolvenbach, qui dirige la Compagnie depuis 23 ans, gère un héritage qui ne cesse de se réduire. En effet, les jésuites, qui ont été légion, voient aujourd’hui leur nombre baisser: ils sont 19564 dans le monde contre 28000 voilà trente ans. De plus, le rôle fondamental qu’avait la Compagnie au Vatican, a été minimisé avec la venue d’autres organisations religieuses telles que l’Opus Dei.

Arme de la Contre-réforme, la Compagnie de Jésus a été elle aussi victime de l’anti-réformisme de l’Église. Il n’empêche qu’aujourd’hui les "intellectuels du Christ" représentent la plus grande congrégation romaine au monde et sont toujours une référence dans le domaine de l’éducation et de la formation avec des dizaines d’Universités éparpillées partout dans le monde. Voici une partie de l’héritage d’Iñigo.



Un musée-sanctuaire à loiola
I.L.

Le sanctuaire de Loiola, bâti autour du château où est né Saint-Ignace, est un exemple d’art baroque. Un parrainage réussi entre les responsables de la congrégation et le gouvernement basque permettra d’améliorer les installations pour les convertir en un véritable musée.

À hauteur de 180.000 euros, l’argent public a été investi dans l’aménagement de la Tour médiévale de Loiola, dite "maison sainte", et de la basilique proprement dite.

La Tour, un très bon exemple des constructions défensives basques du Moyen Âge, fut détruite en partie au cours des guerres de familles qui ont eu lieu pendant le XVe siècle. Les étages supérieurs ont été reconstruits dans le style mudejar une influence musulmane qui s’explique par la participation des seigneurs féodaux de Loiola dans les guerres contre le royaume de Grenade.

Quant au Sanctuaire, une basilique de style baroque, elle représente le plus grand monument de ce genre jamais construit en Pays Basque.


 
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