La plateforme 18/98+ demande de clore le procès et de classer l’affaire
·L’Audience Nationale reprendra la procédure en septembre après la parenthèse estivale
Les représentants de la plate-forme 18/98+ qui soutiennent les personnes mises en examen dans le macro-dossier 18/98 ouvert par le magistrat Baltasar Garzón en novembre dernier et dont la partie la plus importante est en train d’être jugée depuis ont demandé la clôture du procès et le classement de l’affaire. Les membres de ce groupe de travail dénoncent depuis le début que le fond de cette affaire n’est pas d’ordre juridique mais politique.Pour la plate-forme, au cours du procès l’attitude des magistrats de l’Audience Nationale n’a fait que renforcer cette idée selon laquelle une "impulsion politique" est à l’origine de l’instruction du macro-dossier. Une impulsion politique lancée à l’époque où le Parti Populaire était au pouvoir et qui ne s’est pas arrêtée une fois que le PSOE a repris les commandes de l’Etat espagnol, regrettent-ils, tout en ajoutant que les socialistes n’ont pas montré de volonté politique pour renverser la donne. "Plusieurs médias sont toujours fermés, des organisations politiques et sociales sont toujours interdites et le droit à manifester ainsi que le droit à la dissidence politique sont bafoués". "Ces procès [celui qui a débuté en novembre est le plus important mais pas le seul concernant le macro-dossier 18/98, ndlr] n’ont jamais eu de sens, pas plus il y a un an, qu’aujourd’hui, alors que le Pays Basque se trouve à un moment charnière de son histoire", ont souligné les représentants du collectif 18/98+.
Obstacle pour la paix
Pour la plateforme, les procédures du macro-dossier constituent un obstacle pour la paix. "Le maintien de ce procès va à l’encontre de la logique politique et représente un véritable obstacle en vue de la résolution politique du conflit". Ce procès intervient en effet dans un contexte très différent de celui qui avait marqué le début de l’enquête du juge Garzon: le Parti Populaire de José María Aznar était au pouvoir et l’opposition socialiste, laminée, avait scellé avec lui un pacte dit antiterroriste privilégiant la voie répressive pour en finir avec l’organisation armée ETA en passant par la criminalisation, voire l’interdiction, des organisations et mouvements politiques et culturels proches de la gauche abertzale [lire par ailleurs].
Pas de base juridique
Désormais, la possibilité d’un règlement politique du conflit semble possible, des discussions ayant démarré entre la plupart des partis politiques à l’exception du PP et l’actuel exécutif socialiste ayant autorisé des pourparlers avec l’ETA. Mais ce scénario pourrait être bouleversé par les différentes procédures judiciaires ouvertes à Madrid, selon la plateforme 18/98+, qui insiste sur la nécessité d’arrêter le procès. Selon ce collectif, paralyser les procédures judiciaires du macro-dossier est tout à fait possible. "Ce dossier n’a aucune base juridique. Il ne s’appuie que sur des inventions d’un juge soutenu par l’exécutif Aznar". "Puisque son origine n’est autre que politique, il ne faut qu’une volonté politique pour clôturer le procès et pour classer définitivement l’affaire". Le procès se poursuivra pourtant en septembre.
Les effets collatéraux de la stratégie anti-ETA
Le procès le plus important jamais organisé en Espagne, qui s’est ouvert à Madrid le 21 novembre, le lendemain du 30e anniversaire de la mort du dictateur Franco, a pour objectif un groupe d’associations, collectifs et organisations culturelles, sociales ou politiques que la justice situe dans l’orbite de ce qui a été qualifié comme "l’entourage de l’ETA". Avec cette définition, toutes les associations censées avoir les mêmes objectifs que l’organisation armée basque, c’est-à-dire, l’autodétermination du Pays Basque, sont censées appartenir à l’ETA. Au cours de la procédure du fameux macro-dossier 18/98, plus de 200 personnes ont été mises en examen, dont 59 sont en train d’être jugées depuis novembre 2005 dans un pavillon aménagé du parc madrilène de la Casa de Campo. À l’origine de cette stratégie se trouve l’ancien ministre de l’Intérieur espagnol Jaime Mayor Oreja qui avait déclaré que "l’ETA n’est pas qu’une structure formée de plusieurs commandos armés, mais un réseau politique et financier qui utilise et fraude la Loi pour s’installer dans la société espagnole à travers ses institutions. Il faut avoir de la patience, mais nous allons démanteler ce réseau, structure par structure". Tout type d’organisations basques a été visé, plusieurs médias fermés dont les journaux Egin et Egunkaria, des partis politiques interdits, des représentants politiques de la gauche abertzale mais aussi d’EA ou même du PNV mis en examen... Le juge instructeur : Baltasar Garzón, qui est de retour à l’Audience Nationale.
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