Presque comme un acte manqué. L’incroyable finale européenne perdue au Millénium Stadium de Cardiff face aux Irlandais du Munster, aurait effectivement pu couronner une saison extraordinaire, historique, et certainement la meilleure que le club de Marcel Martin aurait jamais réalisée. À la place, les Biarrots ont quand même écrit une nouvelle page de leur histoire avec la meilleure saison du club rouge et blanc, ce qui ne fait, soit dit en passant, que confirmer la marche ascendante de ce club dans la planète de l’ovalie. Mais au-delà des résultats proprement dits, le BO a progressé sur le type de jeu mis en place. À croire que la bonne entente du tandem Delmas-Lagisquet commence à porter ses fruits. Deux travailleurs insatiables, perfectionnistes jusqu’au bout des doigts et qui, par-dessus le marché, se régalent à faire progresser doucement mais sûrement un groupe qui ne demande que cela.
C’est dans ces conditions que Biarritz n’est plus un club capable de ramener le Bouclier de Brennus sur la Côte basque que "de temps en temps". Le BO s’affiche désormais comme une grosse écurie du Top 14, au même titre que le Stade Toulousain ou le Stade Français.
Et en plus de confirmer leur domination dans le Top 14 avec un nouveau titre de champions de France (et de deux consécutifs), les coéquipiers de Thomas Lièvremont ont également posé leur ferme candidature pour devenir la meilleure équipe du vieux continent. Après deux demi-finales et une finale ratées, les Basques verraient d’un bon oeil leur progression se poursuivre sur le même rythme. Dans la continuité. Telle sera d’ailleurs la principale tâche des Basques pour l’année à venir.
Bien sûr, le président rouge et blanc a misé "sur les deux tableaux". "On vise les deux finales, comme l’an dernier. À partir de là, les finales appartiennent aux joueurs" dirait-il avec son calme légendaire. Avec la différence que si la finale de Cardiff reste un souvenir inoubliable pour tous ceux qui l’ont vécue, de près ou de loin, ne pas ramener le titre européen au balcon de la mairie de Biarritz a quelque peu barbouillé la fête labourdine. C’est pourquoi, peut-être même secrètement, les rouge et blanc risquent cette année d’insister d’avantage sur leur aventure européenne. Quitte à "sacrifier" le Top 14, remporté deux fois consécutivement ? Rien n’est moins sûr, car "sacrifier" est un bien grand mot pour une formation comme celle du BO. Depuis quelques années déjà, Biarritz s’est donné les moyens de ses ambitions, et aujourd’hui encore, l’effectif qui a été présenté hier au grand public s’annonce pléthorique. Des internationaux presque à tous les postes, les principales stars du rugby européen, Marcel Martin a juste peaufiné un groupe dont le potentiel a foulé la plupart des pelouses hexagonales et européennes. Et pour cause, président et entraîneurs ont à nouveau gardé l’ossature de l’équipe, diminuée uniquement par quelques départs. On remarque notamment ceux de Dusautoir à Toulouse, et ceux d’Olibeau et Aramburu vers l’USA Perpignan. Des éléments qui, sans être titulaires indiscutables, ont largement contribué au succès biarrot de ces dernières années.
Dans ce sens, et pour pallier ces absences, le staff Biarrot a réalisé un recrutement combiné de joueurs expérimentés et des jeunes talentueux dont les prestations seront suivies à la loupe. Biarritz compte désormais dans ses rangs des joueurs de la trempe de l’international italien Dellape, appelé à former la paire de deuxièmes lignes aux côtés de Jérôme Thion. Mohamed Dridi, un véritable espoir du rugby hexagonal, à Toulon jusqu’à présent, devra faire ses preuves dans une grande écurie où le collectif prend souvent le dessus sur l’aspect personnel. Biarritz attend d’ailleurs énormément de ce joueur, le seul international en équipe de France A alors qu’il évoluait en Pro D2. Selon le président Martin, aujourd’hui la donne changera pour lui : "Dridi va jouer dans le Top 14, puis dans la compétition européenne. Il sait par conséquent qu’il touchera le plus haut niveau. Cela dit, il sait aussi qu’il rentre dans une équipe dont la troisième ligne est pratiquement celle de l’équipe de France. À lui de faire ses preuves".Le ton est donné, on n’attend plus que le premier rendez-vous de la saison pour jauger la véritable valeur du nouveau BO. Pas si nouveau que cela, d’ailleurs.
Marcel MARTIN | Rugby
Entretien
Deux finales, le discours ne change pas au Biarritz
Olympique. Et pour cause, le président Marcel Martin a concocté une équipe
capable d’évoluer sur les deux tableaux. Il fait le point avec Le Journal sur
les enjeux de la saison à venir..
Disputer les deux finales, c’est le même objectif
que la saison précédente ?
Tout à fait. Même saison, même objectif.
Avec peut-être une préférence pour la Coupe
d’Europe ?
On veut de nouveau disputer la finale de la Coupe
d’Europe et celle du top 14. Ce sera l’objectif. Si jamais on peut gagner un de
ces deux matches, ou les deux, ce sera un plus.
Et s’il fallait choisir ?
Ce n’est pas à moi de choisir, ça serait plutôt aux
joueurs, mais si je peux me permettre de parler en leur nom, je pense que ceux
qui ont déjà été champions de France préféreraient remporter la Coupe d’Europe,
et ceux qui n’ont jamais été ni l’un ni l’autre opteraient pour le championnat
du top 14. Pour le moment, et pour un joueur, être champion de France reste
quand même la récompense suprême.
Côté effectif, vous avez choisi de garder
l’ossature de l’an dernier...
Absolument, mais comme les années précédentes je serais
tenté de dire. Nous n’avons jamais réalisé de grands bouleversements dans
l’équipe. Depuis 7-8 ans, sauf les joueurs qui ont arrêté, nous avons essayé de
garder un noyau dur. La preuve est que, par exemple, lorsque je suis arrivé au
BO, il y avait déjà des joueurs tels que Betsen et Bidabé. Ils y sont toujours.
Quand un joueur correspond au profil que l’on recherche, il n’y a aucune raison
que l’on s’en sépare. Alors, c’est vrai que l’effectif évolue mais il le fait
doucement.
Le BO a quand même recruté à l’inter-saison, ce
sont des joueurs de premier choix ?
Ce sont des recrues que nous pensons capables de se
hisser au niveau des titulaires actuels. Dans certains cas, les joueurs sont
arrivés avec un CV déjà aguerri, c’est le cas de l’international, Monsieur
Dellape, qui a déjà une renommée connue. Il y en a d’autres qui ont fait leurs
preuves au niveau du club, je pense notamment à Monsieur Dridi qui vient de
Toulon. Et il y a des joueurs qui ont un potentiel intéressant, qui ont déjà
joué au niveau international, tels que les Italiens, Masi et Prado. Il y a aura
également un Tongien, Moala, qui jouait dans une équipe de niveau fédéral, alors
on veut voir comment il évolue au plus haut niveau, du point de vue du rythme
etc. Par ailleurs on espère toujours le retour de Johnston. Il nous a avertis
qu’il ne reviendrait pas avant le mois de novembre. À la mêlée, on a trois
excellents demis de mêlée, nous n’avons aucune raison de changer. Au centre,
nous avons pris Monsieur Masi, ainsi qu’un jeune dont on sait qu’il a un
important potentiel, c’est Monsieur Cabannes. Je rajouterai également les
joueurs qui sont au centre de formation. On espère que l’on entendra parler
d’eux cette saison, d’autant que nous avons un bon nombre de rencontres où nous
serons privés de nos internationaux. Nous avons réalisé notre recrutement. À eux
de nous prouver que l’on ne s’est pas trompé.
Vous auriez peut-être souhaité un
ou deux joueurs supplémentaires?
Non parce que nous sommes pratiquement à l’effectif qui
nous est autorisé. Nous avons 30 contrats professionnels et l’autorisation est
pour 33, mais il y a également une limitation budgétaire. Nous avons donc mis
l’accent sur le centre de formation où nous avons sensiblement plus de joueurs
que l’an dernier. On pense toutefois que l’effectif est suffisant pour tourner
honorablement la saison prochaine.
La poule de la Coupe d’Europe
s’annonce plus facile que les années précédentes. Avantage ou inconvénient ?
Il y a deux ans nous étions dans la "poule de la Mort.
L’an dernier, elle semblait plus facile, mais elle s’est finalement révélée
compliquée puisque nous avons perdu notre premier match à l’extérieur. On ne
peut donc pas trop s’avancer à dire qu’une poule est obligatoirement facile en
se basant sur les résultats de l’année précédente parce qu’entre-temps il y a eu
des variations. Cela dit, c’est vrai que par rapport à d’autres clubs français,
nous semblons avoir une poule plus facile. Mais attention. Northampton est quand
même le quatrième club anglais. Concernant les Borders, tout le monde reconnaît
que l’Ecosse connaît un certain renouveau. Et si tout le monde nous voit sortir
premiers, le Français a tendance à se relâcher lorsque la tâche lui paraît
facile. On nous pardonnera d’autant moins de ne pas nous qualifier en première
place, que nous avons une poule facile. Alors danger parce que facilité, et
danger parce qu’obligation de résultats. Personne ne comprendrait que nous ne
terminions pas premiers de poule et que nous ne recevions pas dans notre stade
favori après Aguiléra : Anoeta.