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Le JPB > Culture 2006-07-27
Les Extravagances donnent une leçon d’Histoire à contretemps
·La deuxième édition du festival débute demain soir avec Toots and the Maytals et Alpha Blondy

Les Extravagances de Biarritz, c’est un peu "les cahiers vacances" des étudiants en goguette.Ludique et profond, le festival de Biarritz débute demain avec une authentique leçon d’histoire musicale, explication de texte sur les origines du reggae, son intimité avec la musique noire américaine, jusqu’à son retour en Afrique. De Toots and the Maytals à Alpha Blondy, le propos est illustré de belle manière.L’exemple est parlant et ce devoir d’été promet une remise à flot des acquis en touchant du doigt un bout de légende. On a du bol de pouvoir tremper sa chemise dans un monument d’histoire et de voir de près celui qui restera comme l’un des pères fondateurs du reggae, un certain Frederick Toots Hibbert, auquel les générations suivantes continueront de payer tribut.

L’important, avec The Maytals, n’est pas tant que le groupe ait participé à l’aventure reggae à l’aube des années 60, ni même qu’on lui attribue le terme de Reggae depuis son tube de 1968, Do the reggay.L’apport d’ampleur du chanteur Toots et de son groupe pour la musique à contretemps, c’est son influence soul et gospel. Car la source du reggae est un peu comme celle de la Nive : difficile à localiser car multiple.

En Jamaïque en ces temps-là, les descendants des esclaves noirs faisaient boulot-ghetto-dodo mais gardaient le tempo.Même topo qu’aux États-Unis et une mince passerelle reliait l’île des Caraïbes à cette culture musicale en marche: les ondes radio. On y faisait naître la Soul music sur le terreau du rythm & blues.Il s’agissait alors de remuer les popotins et de permettre aux Afro-américains de se marrer enfin, "plus que l’homme blanc" selon les souhaits de l’époque.En Jamaïque, le rock steady et le ska, ancêtre du reggae, procédaient du même processus avec ces spécificités insulaires.Et lorsque le reggae éclôt à la fin des années 60, les musiciens de The Maytals apportent leur contribution soul au genre.

Devenus Toots and the Maytals au début des années 70, ils enregistrent en 1973 le célèbre Funky Kingston et affirment leur filiation soul dans cet album, autant dans la voix arrachée de Toots Hibbert que dans les compositions comme Funky kingston, daddy’s home, Sit right down.Leur reggae reste empreint de soul-blues et ils le clament en 1976 sur l’album Reggae got soul ou en reprenant carrément le standardLouie Louie du Californien Richard Berry.Sur le label Island, qui produit aussi un certain Bob Marley, c’est le temps des succès internationaux.Si l’on retient encore le premier tube des Maytals, 54-46 that’s my number, inspiré du passage en prison de Toots pour usage et possession de ganja, le plus gros succès des Maytals, Pressure drop, date de la fin des années 70 et accompagnait la bande-son du film The harder they come aux côtés d’un certain Jimmy Cliff.Et si Jimmy Cliff contribuera à faire connaître au monde le reggae, grâce au morceau Reggae night qui, paradoxe, n’en était pas un, Toots and the Maytals popularisa le genre en faisant tourner les morceaux comme de long groove funky, façon James Brown, ou Fela Kuti qui, depuis le Nigeria, développait également un style inédit gorgé des mêmes influences.Un retour à l’Afrique et au berceau du rythme, nourri de cette escapade américaine.C’est aussi en cela que le concert d’Alpha Blondy, demain soir sur la même scène que Toots and the Maytals, permet d’embrasser d’un oeil un pan d’histoire.Non que la boucle soit bouclée. Le chanteur ivoirien y voit plutôt un commencement.L’alpha.

Berceau fantasmé du reggae, qui prône un retour à la terre promise, l’Afrique a découvert cette musique grâce notamment à Alpha Blondy. Ce personnage fantasque au caractère incertain reste extrêmement populaire en Afrique de l’Ouest, prenant fait et cause dans la vie publique, comme, il y a peu, avec cet échange épistolaire avec le ministre de l’intérieur français à propos de l’immigration choisie.Nommé en septembre 2005 "messager de la paix" par l’ONU en Côte d’Ivoire, Alpha Blondy a su transposer les préoccupations sociales du reggae aux réalités africaines.Et mettre en écho ce contretemps au battement sourd de la tradition. Avec l’appropriation de ce son, les Africains, à l’image d’Alpha Blondy, se rêvent en reggae boys jamaïcains pendant qu’à Kingston, on exulte ses racines africaines.Un face-à-face historique qu’illustre idéalement la programmation de ce premier soir des Extravagances.


 
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