Les gros moyens pour le Johnny des familles
Déjà, il n’a pas succombé à la canicule.C’est toujours ça, car le public, pour sa part moribond, suivait avec peine le Johnny des familles dans sa cure de revivalisme.Plus de 25 000 personnes ont assisté mardi soir au Flashback Tour de l’increvable du rock français, plutôt transies par ce retour aux vieux tubes de toujours.Ambiance camping et look rock désuet pour dire toute la musique qu’on aime, en famille et toutes générations confondues.C’est la grande force de Johnny Hallyday, de rassembler ces masses silencieuses.Impressionnant même de voir surgir la foule des champs de maïs, amputer le budget des vacances (53 ¤) et converger vers le stade Lucien Goni où quelque 22 semi-remorques avaient déchargé l’imposant dispositif scénique. Trois écrans géants, une scène qui aurait presque pu contenir les 5000 habitants du village et une sono à faire blêmir les festivals rock à la ronde. A Saint-Martin de Seignanx, on n’a pas lésiné sur les moyens, et sauf pour quelques arbres qui gênaient la cohue, tout s’est plutôt bien déroulé. Jusqu’à ce que l’orage n’éclate violemment au bout d’une heure trente de concert et que la foule s’anime enfin, détalant à tout va.La faute sans doute à Johnny qui en appelait au ciel peu avant et à son copain Raymond Devos qu’il imaginait le regardant depuis son nouveau paradis. Emouvant Johnny lorsqu’il risque le pathos de curé avec cet air d’animateur du camping. Plutôt sympa dans son rôle de chantre des loosers, dans une mise en scène kitsch qui rappelle un opéra rock dévasté, avec musiciens de luxe et choristes pulpeuses. Tant qu’il ne se prend pas pour ce que croit être Bernard-Henri Lévy, Johnny est sympa, faisant le show qu’on attend, rappelant le temps où il faisait rebelle de la télé à papa, mettant des couleurs à des souvenirs en noir et blanc tout en gardant ce parfum ringard qui la joue Français profond "né dans la rue un soir d’orage".Son rôle n’est pas crédible mais il est rigolo. Pas d’enchaînements entre les morceaux, juste les commentaires qui s’imposent pour obtenir le certif’ des animateurs de camping : "ça va?", "il fait chaud !", "je ne vous entends pas", "j’aimerais vous voir", "vous êtes super". Un rôle sur mesure qui n’a jamais varié en plus d’un demi-siècle de scène et délimite les contours de sa "gloire nationale". Dommage qu’il en sorte, lorsqu’il s’agit de susciter les viva du public parce que son guitariste est "frônçais".Le made in France de Jean-Philippe Smet comme le mea culpa de Johnny qui a pompé tous les standards américains, et renoncé à sa nationalité pour éviter le fisc.Ces copains de l’UMP ne lui ont-ils jamais glissé "la France tu l’aimes ou tu l’acquittes ?" Moins une, on rentrait en Harley made in USA en mangeant des saucisses par ce soir d’orage.
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