 |
|
 |
 |
 |
Le oud qui fait feu de tout bois
·Virtuose du luth oriental, Rabih Abou-Khalil en quête de sensualité jazz au festival la Ruée au jazz
 |
Au téléphone, quelque part entre l’Allemagne et le Liban, Rabih Abou-Khalil est de bon poil, s’emballe de ce concert annoncé à Bayonne samedi, rit facilement et répond par la négative dès que la question semble évidente.Normal.Ce virtuose du oud n’aime pas les étiquettes et fait un bon de côté dès qu’il sent les mâchoires du piège se refermer.De ce son inouï qui est devenu sa signature sonore, il en réfute les composantes."Je n’ai jamais pensé à marier le oud avec le jazz" dit-il. Sa façon d’accommoder les sonorités orientales et l’improvisation jazz n’est pas le fruit d’une réflexion : "je ne pense pas à ce que je joue.Je ne pense qu’à la musique" lâche-t-il doucement.On le croit.Surtout lorsqu’il évoque cette quête permanente d’une "musique sensuelle".Il a besoin de pincer ses cordes pour rêver.Comme son instrument qui permet de jouer toutes les divisions de tons, Rabih Abou-Khalil semble vouloir faire feu de tout bois. Avec d’abord ce bois originel, Al oud en arabe, qui a fini par donner le mot luth sous nos latitudes.Et l’empreinte profonde de ce Libanais dans une musique occidentale.L’art de la balance entre deux mondes, entre une tradition et une modernité, entre une musique écrite et improvisée, entre deux cultures.Dans ce jeu du déséquilibre, Rabih Abou-Khalil s’épanouit et finit par trouver l’équilibre entre le musicien et le spectateur dans l’harmonie.Le triomphe des sens.Et la science du mélange. Pour la Ruée au jazz, Rabih Abou-Khalil a déjà repéré que le festival est populaire, "plus ouvert", et "multiculturel".Il s’en régale. Comme Richard Galliano qui fit entrer l’accordéon dans le jazz, Rabih y a introduit l’oud avec Anouar Brahem.Par la grande porte.Là encore, le virtuose esquive et réfute l’étiquette jazz.Instrument soliste, l’oud est aussi employé comme basse mélodique ou rythmique dans les ensembles instrumentaux et Rabih Abou-Khalil "travaille aussi la musique classique".Il est même étonné d’avoir été si bien reçu par l’orchestre anglais de la BBC.Et rit encore d’avoir pu entraîner des musiciens de prestige vers des rythmiques inconnues: "quand des musiciens ne peuvent pas jouer quelque chose, ça les étonne", dit-il malicieux.Voilà un credo qu’il admet, en prônant l’ouverture et la surprise.Et tant pis s’il y a des trouble-fête, "des traditionalistes qui pensent que le oud doit rester dans la musique traditionnelle".Il se marre : "la musique traditionnelle, c’était une musique révolutionnaire autrefois".Voilà.Une nouvelle révolution est en marche.
|
| |
|
|  |
|
 |
 |
 |
|