Samedi dernier avait lieu la réunion (la "grand-messe"?) de fin de la première phase de la grande étude " Pays Basque 2020", lancée par le Conseil de Développement du Pays Basque.Je n’ai pas eu la parole durant le débat. Si je l’avais eue voici ce que j’aurais dit.
J’aurais commencé par préciser que je ne me plaçais pas dans une optique "tout va mal" à propos de notre développement économique. Ce serait faux, et idiot. Ni dans une optique de critiques vis-à-vis des acteurs de ce développement que sont le Conseil Général et la CCI. Mais dans une optique "nous pourrions, et donc nous devrions, faire plus et mieux".
C’est là une situation de verre à moitié plein et à moitié vide : si on a de l’ambition pour le Pays Basque, notre pays, l’attention se portera plutôt sur le côté à moitié vide...
J’aurais donc suggéré quatre directions dans lesquelles il urge de rectifier le tir pour la suite du projet "Pays Basque. A savoir : le développement du secteur industriel, ne pas se contenter de demi-mesures ou de faux-semblants, la tragique incohérence de l’idée de voie nouvelle TGV, et un recentrage de l’étude sur les véritables enjeux qui conditionnent notre développement.
J’ajoute que ce que je dis n’affecte en rien la grande qualité du travail effectué par les permanents du Conseil de Développement pour ce projet "Pays Basque 2020".
J’ajoute aussi que faute de place ici je serai contraint, à mon vif regret, de procéder par affirmations sans pouvoir démontrer ce que j’affirme. Mais les démonstrations existent !
Pas assez d’accent sur le développement du secteur industriel
Je n’ai vu pour l’instant pratiquement aucune stratégie précise ni aucune définition de moyens à y consacrer, dans l’état actuel des études de Pays Basque 2020.En matière de stratégie je reste personnellement convaincu que comme dans les Côtes du Nord, à Montpellier ou à Grenoble, il reste indispensable d’attirer ici une grande entreprise technologique qui pourra ensuite jouer un rôle de catalyseur et "d’aimant". Il est devenu à la mode, parce qu’on n’y est pas parvenu à ce jour, de dénigrer cette stratégie au profit du "tout PME". C’est le comportement qu’a bien décrit Jean de la Fontaine avec son "ces raisins sont trop verts, et bons pour des goujats". C’est surtout une grave erreur.
En matière de moyens, cela exige une double création : celle d’une véritable Agence de Développement Pays Basque, et celle d’une Université technologique de plein exercice comportant un labo de recherche à un niveau d’excellence dans le domaine d’activité de la grande entreprise recherchée. Quoi qu’il en soit, il faut désormais donner une forte priorité au développement du secteur industriel dans le projet PB 2020. Pourquoi ? Parce que (avec les professions libérales) c’est presque le seul secteur capable d’offrir des emplois hautement qualifiés à nos jeunes, notamment à ceux ayant fait des études supérieures. Nous en manquons cruellement. Le terme "exode des cerveaux" que j’entendais il y a 40 ans, est hélas toujours d’actualité...
Systématiquement : ne plus nous contenter de demi-mesures, voire de faux-semblants
C’est un de nos péchés mignons. Et c’est le cas dans bien des domaines (mais pas dans tous : pas pour les Nouvelles Technologies de l’Information, pas pour le soutien à nos cultures régionales, par exemple). C’est le cas, par exemple, à propos de ce qui a été réalisé à Montory en matière d’enseignement supérieur scientifique, qui est très en retrait du nécessaire. C’est aussi le cas, pardon Alain Lamassoure, pour le Conseil des Elus du PB. Beaucoup n’osent pas le dire ouvertement, mais presque tous ceux qui ont réfléchi à la question l’admettent en privé : seule une véritable institution propre au Pays Basque serait à même d’impulser davantage de dynamisme à notre développement économique, en particulier en termes de coopération transfrontalière.
Quelle sorte d’institution ? J’ai pensé longtemps qu’il ne pouvait s’agir que d’un Département Pays Basque, mais après tout pourquoi pas une Région ? La Corse en est bien une...
La tragique incohérence de l’idée d’une voie TGV nouvelle
Dans le cadre de la campagne d’intox extrêmement bien montée à propos de la Ligne à Grande Vitesse (LGV), il y a une double incohérence dont les conséquences peuvent être tragiques pour notre développement, lorsqu’on propose une voie ferrée nouvelle.J’affirme d’abord que le super TGV lui-même apportera ici beaucoup moins que ce que l’on prétend en attendre, tant en matière de développement économique (jamais chiffré...) que de diminution du nombre de camions. Nota : je n’en dirais pas autant pour Bordeaux, ni probablement pour Bilbao voire Donosti.
Il est stupéfiant que certains sautent comme des cabris en criant "TGV ,TGV" sans qu’aucune étude de marché sérieuse, secteur par secteur, ne semble avoir été effectuée, et sans calcul du taux de rendement socio-économique ! Mais en se basant seulement sur des prévisions globales devenues brusquement d’un optimisme manifestement délirant (en particulier quant au transfert de fret de la route vers le rail). Prévisions qui n’émanent même plus d’un expert indépendant comme c’était le cas avec le Rapport Becker, mais de l’organisme qui sera chargé de construire les voies nouvelles et qui y trouve donc son intérêt !
Cela est particulièrement stupéfiant à propos de l’idée de voie nouvelle Bayonne-Biriatou, puisqu’il s’agirait d’engager allégrement un surcoût de 1 milliard d’euros (!) pour un gain de temps de 11 minutes, alors que la voie actuelle aménagée (pour beaucoup moins cher) est parfaitement capable de faire passer le supplément de trafics d’ici 2020, à condition bien sûr de s’en tenir à des prévisions raisonnables quant au fret.
Si on était là dans le cadre d’une entreprise privée, une telle légèreté friserait de très près l’abus de biens sociaux. Mais bien sûr il ne s’agit que de l’argent des contribuables...
J’en arrive à la double incohérence des partisans d’une voie nouvelle :
- incohérence des mêmes qui pleurent (à juste titre) sur le problème social très grave lié au coût déjà prohibitif aujourd’hui de l’immobilier. Car toutes les études dont je dispose, émanant d’économistes éminents à propos des effets économiques de créations TGV en France, convergent : pas d’effet notable d’attraction d’entreprises nouvelles, mais par contre l’arrivée du TGV suscite en général de nombreux programmes immobiliers de bureaux et de logements.
Ceci à deux exceptions près, peut-être, mais qui ne sont pas comparables à notre cas : Rennes parce qu’avant l’arrivée du TGV la desserte de cette région était misérable ; et Lille, mais que le TGV met à 1 heure seulement de Paris. Dans notre cas ces programmes immobiliers augmenteront évidemment le coût déjà énorme du foncier. Et en outre, vu l’agrément de notre région, le TGV plus rapide augmentera certainement la demande de construction de résidences secondaires, ce qui aggravera encore les choses !
- incohérence de ceux (les mêmes que les précédents...) qui se lamentent, également à juste titre, sur la pénurie de terrains disponibles pour créer des implantations industrielles nouvelles. Car une voie nouvelle Bayonne-Biriatou stériliserait justement une part significative des meilleurs terrains qu’on puisse envisager à cet effet, les terrains à 3-5 km de la côte, ceux qui seront les plus susceptibles de séduire des entreprises technologiques modernes comme à Sophia Antipolis.
A condition de se donner la peine de regarder à long terme, cela serait porter un coup très grave à tout espoir de développement économique plus vigoureux de notre région.
Cesser de détourner l’attention, au profit de fantasmes dangereux comme la voie nouvelle, de ce qui constitue les véritables enjeux du développement
Rapidement et sans prétendre être forcément complets, ces véritables enjeux, sur lesquels l’étude du Conseil de Développement devrait mettre beaucoup plus l’accent qu’elle ne le fait pour l’instant, sont les suivants : 4.1 amélioration en nombre, et surtout en termes de prix des billets (lignes low-cost), de nos liaisons aériennes avec de grandes métropoles économiques européennes comme l’a d’ailleurs fort bien souligné D. Borotra dans un article de presse récent. 4.2 amélioration des dessertes routières intra BAB, et des liaisons entre le BAB et les communes qui le ceinturent (ceci est un objectif retenu par le groupe de travail Infrastructures du Conseil de Développement). Car le passage à 2x3 voies de l’A 63 améliorera (dans des proportions qu’apparemment personne n’appréhende...) la circulation sur cette autoroute, mais ne changera guère la situation sur les axes que je viens d’évoquer. Et même chose au profit de Bayonne/St-Jean-Pied-de-Port et de Saint-Palais/Mauléon. 4.3 comme demandé samedi par Alain Lamassoure : définition par l’Union Européenne de l’horizon 2020 tel qu’elle le conçoit pour la pêche et pour l’élevage laitier ovin. Afin que nos jeunes attirés par ces deux beaux métiers sachent vers quoi ils s’engagent. 4.4 soutien nettement accru au secteur agroalimentaire local, et par là au secteur agricole en amont. 4.5 accentuation de la coopération transfrontalière dans le secteur du tourisme, ce qui est possible sans fortes difficultés 4.6 et 4.7 enfin, et ce n’est certes pas le moins important : création des deux organismes évoqués plus haut : Agence de Développement Pays Basque, et Université technologique (de plein exercice comme le sont La Rochelle, Ker Lann, etc...) dotée d’un laboratoire de recherche à un niveau d’excellence. Voilà ce sur quoi nous devons être inlassablement volontaristes... Un v¦u enfin : celui que nos autorités locales expriment, auprès des autres autorités décisionnaires en termes d’investissements dans notre région, le ferme désir qu’aucun investissement supérieur à un montant à déterminer ne soit décidé sans calcul préalable de son taux de rendement socio-économique. Ce qui irait dans le même sens que la nouvelle LOLF (Loi organique sur les lois de finances). Ceci devrait bien sûr s’appliquer à l’idée de voie nouvelle Bayonne Biriatou. Mais aussi, et autant, à l’idée de TCSP Côte Basque (Transport en commun en site propre), du moins dans l’état actuel de cette idée. Car ce projet farfelu et dénué lui aussi de toute étude de marché préalable, a pour caractéristique de vouloir à tout prix utiliser la voie SNCF existante, alors que cette voie est totalement inadaptée pour les sites, notamment du BAB, qui nécessitent une desserte améliorée. Oui par exemple comme TCSP à un tramway qui desservirait le Centre Commercial BAB, le Rond-Point de l’Horloge, les plages. Mais quel surfeur bayonnais descendra à La Négresse avec sa planche ? Quel consommateur voulant aller faire ses courses au Centre Commercial à l’entrée de Donosti, quel dîneur voulant aller passer sa soirée à Hondarribia y ira autrement qu’avec sa voiture ?
En réalité tout le monde sait que ce projet dans son état actuel est artificiel car son seul but est de faire croire qu’ajouté à un usage mixte voyageurs TGV / fret, il saturerait la voie SNCF et donc qu’il faudrait en venir à la voie ferrée nouvelle, toujours elle (voir intervention d’Alain Lamassoure à ce sujet samedi). Alors que s’il s’agit de mieux se relier par train au centre de Donosti, objectif valable, il suffira de prendre les futurs TGV et en cas de besoin d’ajouter quelques TER supplémentaires parfaitement absorbables, avec le reste, par la voie actuelle. Là comme ailleurs : des études chiffrées basées sur des études précises, svp...
Une petite parenthèse pour terminer : samedi Alain Lamassoure, qui présidait la séance, a dit que jamais on ne s’était encore mis d’accord au niveau Pays Basque sur la LGV et la voie nouvelle. C’est faux : le Schéma de Développement adopté par le Conseil de Développement en 1996 précise de manière expresse et sans ambiguïté : "pas de voie ferrée nouvelle". Je l’ai signalé à Lamassoure qui avec beaucoup de fair-play, a alors rectifié au micro. Bravo.