Pays Basque 2020
TGV, fret et tram-train un choix à faire ou des voies nouvelles à créer
L'atelier infrastructures de Pays Basque 2020 souhaite la réalisation d'un plan de déplacements à l'échelle du Pays BasqueAprès avoir diagnostiqué une situation de crise et de saturation, 20 préconisations ont été faites à l'horizon 2020
Le problème des infrastructures en Pays Basque a été l’un des points centraux, parmi une multitude de sujets aussi intéressants les uns que les autres, lors du forum d’étape de Pays Basque 2020 qui s’est tenu samedi (voir compte-rendu dans notre édition de mardi). Le Pays Basque vit une situation de "crise" et de "saturation" selon Jean-René Etchegaray, premier adjoint bayonnais, rapporteur de l’atelier infrastructures et déplacements, qui a retracé le diagnostic de la situation, avant de proposer des pistes opérationnelles (voir ci-contre).Entre 1985 et 2003, et à l’échelle des Pyrénées, le trafic de marchandises a été multiplié par 4, et 7,5 le mode routier. Le trafic voyageurs a été multiplié par deux par la route. Cette croissance des flux a été plus forte sur le corridor atlantique que sur le corridor méditerranéen : +12% de poids lourds en plus par an, à Biriatou, de 1985 à 2000 (contre +5,4% au Perthus). En 2003, le trafic routier de marchandises est d’environ 45 millions de tonnes à la frontière, générant près de 10000 camions par jour au niveau de Biriatou (dont plus de 8000 sur l’A63). Le trafic de véhicules légers est supérieur à 30 000 véhicules/jour, dont près de 17000 sur l’A63. Sur la même période, on a également assisté à une croissance importante des flux liés au territoire par avion ou par train dont 831 000 voyageurs en 2004 par TGV (soit +9,4% en deux ans). La mobilité locale a connu une forte progression, en témoignent les analyses effectuées sur les déplacements et les comptages routiers. Le trafic local a progressé aussi sur les autoroutes, les nationales et départementales, sur les principaux axes internes au BAB (20 à 45 000 véhicules/jour), tandis que l’étalement urbain dans la vallée de la Nive génère près de 20 000 véhicules/jour entre Ustaritz et Bayonne. Comme l’indiquent les spécialistes, le report modal de la route vers le fer et la mer, permettra seulement de capter une partie de la croissance du transport routier (autour de 2500 poids lourds) alors qu’à l’horizon 2025, l’A63 devrait connaître un afflux d’au moins 5 000 poids lourds et 10000 véhicules légers supplémentaires...
A63 : une rocade
Si, à la frontière, le trafic de transit (marchandises et voyageurs) représente les 3/4 du trafic routier, il ne représente que le tiers entre Saint-Jean-de-Luz et Bayonne nord. Il rencontre en effet les flux d’échanges et ceux liés aux déplacements urbains, provoquant des saturations et des phénomènes de reports du trafic successifs (report de l’A63 sur la RN10, puis sur les routes secondaires, etc.). "L’A63 joue bien une fonction de rocade urbaine, que les ASF feignent d’ignorer", selon Jean-René Etchegaray, prenant comme exemple les derniers travaux qui ont été à l’origine d’innombrables problèmes. Il a souhaité que l’Etat intervienne auprès des ASF afin qu’un dialogue puisse s’ouvrir à l’occasion des travaux d’élargissement.Dans ce contexte, les infrastructures sont de moins en moins performantes selon l’atelier de Pays Basque 2020. Elles sont en cours de saturation (connexion A63agglomérations), ou le seront dans la perspective de croissance des flux, d’où la nécessité de créer un plan de déplacements à l’échelle du Pays Basque.
La politique des transports
Les politiques publiques d’urbanisme et de transport ne prennent pas la mesure des défis à relever. Dans tous les cas, le mode de développement urbain et l’offre de transport public actuels ne remettent pas en cause un mode de vie marqué par un usage croissant de la voiture individuelle au service d’un habitat individuel extensif, fortement consommateur de foncier, selon le rapporteur."Une non-maîtrise de la croissance de la mobilité et de la gestion des espaces pourrait avoir des conséquences importantes sur le devenir du Pays Basque : affecter les équilibres économiques, sociaux et écologiques, sur lesquels reposent l’attractivité et la cohésion du territoire. En d’autres termes, une attractivité non soutenable peut nuire à terme au potentiel même d’attractivité du territoire". Des "zones de risques" se manifestent à différents niveaux. La qualité de vie du territoire et son dynamisme économique sont liés à la capacité donnée à ses résidents permanents et ponctuels, à ses acteurs économiques, de pouvoir s’y déplacer. Le développement d’une mobilité non maîtrisée (essentiellement par la route) génère des encombrements croissants. Ce dynamisme peut être freiné si la congestion s’accroît et s’il n’y a pas de maîtrise foncière (pour accueillir de nouvelles activités et habitants). Par ailleurs, la croissance de la mobilité et du transport routier, l’utilisation quasi exclusive de la voiture individuelle, les phénomènes d’engorgement... ont de plus en plus d’impact sur la qualité de l’air et la santé (pollution chimique et sonore), le patrimoine naturel... De plus, il y a des risques d’inégalités sociales face à la mobilité (voire d’isolement social pour les personnes dépendantes) : éviction d’une partie de la population en zone périurbaine, avec une mobilité contrainte, des temps de parcours de plus en plus longs, des risques en termes de sécurité et de santé (fatigue, accidents...), une part du budget transport croissante dans le budget des ménages (accrue avec la crise énergétique), etc. La multiplication des infrastructures routières peut s’avérer contre-productive dans une perspective de mutation énergétique (vers la fin du pétrole...). Enfin, face à l’émergence d’une crise climatique "on peut supposer que des efforts importants seront demandés prochainement au secteur des transports, et notamment au niveau territorial" prévoit, ou souhaite, l’atelier infrastructures. A ce constat général, des phénomènes plus spécifiques à notre région s’ajoutent. L’attractivité démographique indéniable : +26000 personnes arrivées sur le territoire entre 1982 et 1999, et un rythme estimé depuis à 10000 habitants supplémentaires tous les cinq ans (soit l’équivalent de 35000 déplacements journaliers supplémentaires) et qui devrait se poursuivre à l’horizon 2020 ; une attractivité touristique importante générant des congestions saisonnières (l’équivalent de 33000 personnes supplémentaires par jour en moyenne). En contrepoint, l’usage du transport public (seulement 4% des déplacements) et des modes doux comme le vélo (1%) démontrent le chemin qui reste à parcourir. L’offre de transports collectifs qui est faible et partiellement inefficace sur les différentes échelles du territoire, aussi bien à l’intérieur des zones agglomérées qu’au niveau interurbain, nécessite une coordination des Autorités Organisatrices des transports balbutiantes.
TGV, un choix à faire
Les membres de l’atelier conviennent que le projet ferroviaire Bordeaux-Hendaye est un projet à ambition européenne, et que l’accès de notre région au réseau TGV est une nécessité. "L’objectif de répondre sur les lignes existantes à trois fonctionnalités différentes (fret + TGV + tram-train transfrontalier/train régional) semble difficilement envisageable, dans une perspective de croissance des flux et pour répondre au développement du transport en commun et de relations avec le Pays Basque sud, par le cadencement des lignes régionales/locales. Toutefois, les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui pour mesurer quel est le potentiel réel de développement de chacun de ces trafics, ni quel est le potentiel des lignes existantes (dans leur capacité à pouvoir les absorber)" conclut le rapport. D’où l’intervention d’Alain Lamassoure, président du Conseil des Elus du Pays Basque, qui a estimé qu’il faudra faire un choix entre ces trois fonctionnalités, ou créer de nouvelles voiesSans se prononcer sur les options à privilégier (avant la clôture du débat public), les membres de l’atelier conviennent que les lignes actuelles doivent accueillir prioritairement le trafic TGV, afin que l’ensemble du littoral soit desservi, et que de nouvelles infrastructures ne peuvent se justifier que par rapport au développement du fret.
Jean-Jacques Lasserre, "le fasciste dégonflé"
Le président du Conseil Général a également évoqué les problèmes des infrastructures en Pays Basque. Il a rappelé son attitude de "courage" sur le dossier de la liaison transnavarraise, une attitude jugée comme "fasciste par certains" selon les propres dires de Jean-Jacques Lasserre. Un "fasciste" qui se serait finalement "dégonflé", dixit Lasserre, puisqu’il avait finalement retiré le projet de 2x2 voies. L’atelier des infrastructures a d’ailleurs souhaité des garanties en ce qui concerne la transnavarraise. Il a été souhaité qu’"une clarification soit apportée par les porteurs du projet sur la nature de cette voie, en particulier côté français : deux fois une voie avec créneau de dépassement sur certaines portions de l’axe ou tout au long de l’axe, autrement dit, une trois voies ?" interroge l’atelier. Il apparaît que "cet axe doit pouvoir être adapté aux besoins effectifs de la Basse Navarre : il ne doit pas préjuger d’une mise à trois voies systématique de bout en bout". Par ailleurs, l’atelier estime qu’il convient d’évaluer les flux que générera cet axe et quels avantages pourra en tirer le territoire. Reprenant les observations de l’association Leia, qui conteste la concertation portée par le Conseil Général qui n’aurait concerné qu’une partie des élus, l’atelier souhaite que l’étude du nouveau tracé tienne compte des préoccupations portées par ses membres et qu’il soit soumis à la concertation citoyenne la plus large possible. En ce qui concerne le TGV, il constitue "la priorité politique" du Conseil Général, selon son président.
Quatre orientations et 20 préconisations
I - Elaborer un plan de déplacement Pays Basque,
mettant en cohérence les politiques de transport et d’urbanisme, privilégiant
les modes de transport alternatifs à la route.
1. Lancer une nouvelle étude des déplacements à
l’échelle Pays Basque/Sud Landes.
2. Engager une dynamique collective sur les politiques
d’urbanisme et de déplacements.
3. Contraindre l’usage individuel de la voiture.
II Se doter d’un système efficace de
transport en commun sur les différentes échelles territoriales : sur le
littoral, entre zones urbaines et périurbaines, entre la côte et l’intérieur du
Pays Basque.
Il s’agit de développer de nouveaux services de
transport et de privilégier la place du transport en commun sur celle de la
voiture individuelle (contrairement à la situation actuelle).
4. Etudier le projet d’utilisation de la desserte
ferroviaire du littoral en liaison cadencée, comme mode de déplacements dans une
logique d’agglomération littorale et transfrontalière en émergence, avec
connexion avec le réseau du Topo ; étudier le prolongement de cette offre de
transport en "site propre" à l’intérieur du BAB ; mettre en cohérence ce projet
avec l’offre de transport en bus.
5. Rénover la ligne ferroviaire Bayonne-Garazi et
développer une offre incitative pour les trajets quotidiens entre la vallée de
la Nive et Bayonne. Aujourd’hui, cette ligne est en grande difficulté. L’état de
l’infrastructure est telle que la vitesse commerciale est réduite et l’avenir
même de la ligne potentiellement remis en cause. Le Conseil régional ne pourra
supporter seul l’investissement (500 000¤ du km, soit environ 30 millions
d’euros).
6. Utiliser les lignes existantes entre Urt et Bayonne
et Saint-Vincent de Tyrosse-Bayonne pour un service de transport ferroviaire
cadencé en début et fin de journée.
7. Ouvrir une ligne voyageurs sur l’ancienne voie du
soufre, à Bayonne, permettant une irrigation des principaux pôles d’emplois et
de commerces.
8. Reconsidérer le Plan de Transport Urbain de
l’agglomération de Bayonne et élaborer un plan de transport en bus cohérent, en
inter et intra-urbain, entre la côte et l’intérieur, assurant un maillage de
l’ensemble du territoire.
9. Soutenir toute initiative de "transport à la
demande", par les communes ou intercommunalités.
10. Mettre en place un système de billettique unique
associant plusieurs modes de transport (train + bus) et sur des réseaux
différents (urbain, départemental, régional).
III Orienter les projets d’infrastructures
en faveur des dessertes locales, du maillage du territoire, et du renforcement
de ses fonctions logistiques (multimodalité, report du trafic...) .
Les préconisations présentées ici visent à inviter les
pouvoirs publics à assurer une meilleure adéquation entre grandes
infrastructures et infrastructures secondaires pour un développement cohérent et
durable du territoire et des échanges avec l’extérieur.
11. Elaborer, d’ici la fin de l’année, un avis "pays
Basque 2020" sur le projet ferroviaire Bordeaux-Hendaye
12. Réaffirmer la fonction "rocade" de l’A63 et
construire une position coordonnée des collectivités locales à l’occasion de
l’enquête publique de septembre 2006, invitant l’Etat et les A.S.F. à ouvrir
différents "chantiers" : le n¦ud autoroutier A63-A64, la création d’un nouvel
échangeur de Maignon pour l’accès direct à l’autoroute depuis la vallée de la
Nive, la suppression du péage de la Négresse, l’accès direct à l’autoroute
depuis la Vallée de la Nivelle, la suppression du péage de Biriatou, le rôle de
l’autoroute dans la desserte interurbaine et conditions tarifaires pour les
résidents locaux, l’étude de modalités de mise en valeur du Pays Basque et de
ses différents territoires etc.
13. Réaffirmer la fonction interrégionale et
transfrontalière de la future liaison Pyrénées-Atlantiques / Navarre pour éviter
le développement d’un axe de transit à haut débit. Obtenir une clarification sur
le calibrage de l’axe : "2x1 voie avec créneaux de dépassements" ou "3 voies".
Dans la perspective d’un nouveau dossier-support, veiller à ce que le projet
serve les intérêts du territoire et prenne en compte les préoccupations des
acteurs locaux, grâce à une concertation approfondie. Saisir l’opportunité d’un
axe rénové pour renforcer les relations entre le Pays Basque intérieur et la
Navarre, aux niveaux économiques, culturels, etc.
14. Valoriser la position logistique du Pays Basque au
niveau eurorégional : Engager une étude de marché sur le potentiel logistique en
Pays Basque et sud Landes et les potentiels de collaboration avec les
professionnels du Pays Basque sud et le marché espagnol. Accompagner la
modernisation et le développement commercial des sites logistiques en Pays
Basque (CEF, Port de commerce...).
15. Améliorer le maillage routier du territoire, entre
les centres bourgs, et entre l’intérieur du Pays Basque et le littoral,
notamment : l’axe routier GaraziBayonne et l’axe routier Mauléon
St-Palais Hasparren Bayonne.
16. Engager l’Etat, RFF et les Conseils régionaux à
mettre en valeur l’axe ferroviaire transversal Bayonne-Pau-Toulouse.
IV Mettre en cohérence les politiques de
transport et mener des actions de sensibilisation sur le long terme impliquant
toutes les parties prenantes, pour faire évoluer les politiques, les pratiques
et les comportements.
17. Organiser le partenariat, à partir du dispositif
Conseil de développement / Conseil des élus, pour porter sur la durée une
stratégie en matière de transport et de déplacements en Pays Basque. A court
terme, d’ici la fin 2006, une instance territoriale (regroupant les services de
l’Etat, du Conseil général, du Conseil régional, les communautés d’agglomération
et de communes du Pays Basque) sera chargée de définir une stratégie en matière
de déplacements précisant (sous forme de "charte" ?) les principes collectifs,
les objectifs recherchés, un programme de travail à partir de 2007 : des pistes
opérationnelles et un mode de gouvernance. A moyen/long terme, dès 2007, cette
instance territoriale pourrait être chargée de : poursuivre une stratégie
territoriale en matière de transports et de déplacements, veiller à la mise en
¦uvre de politiques de déplacements ambitieuses et favoriser les partenariats
inter-institutionnels pour améliorer l’accompagnement des démarches communales
et intercommunales en matière d’amélioration des infrastructures et de promotion
du "transport durable" (transport collectif, modes doux, interopérabilités, plan
local de déplacement...). Développer une collaboration avec les partenaires du
Pays Basque espagnol (diputacion du Gipuzkoa, Communautés autonomes d’Euskadi et
de Navarre) sur les grandes orientations en matière de transport et de
développement des sites logistiques.
18. Mettre en place une instance de coordination des
Autorités Organisatrices de transport, et des délégations de services publics
sur le transport, permettant de développer des synergies opérationnelles.
19. Missionner l’Agence d’urbanisme comme structure
technique référente en matière d’urbanisme/déplacements.
20. Engager un travail sur le long
terme de sensibilisation des citoyens pour faire évoluer les pratiques et les
comportements.
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