C’est finalement dans un hôtel de Donostia et non pas de Bilbao comme cela avait été annoncé, qu’a eu lieu la première rencontre officielle entre le Parti Socialiste d’Euskadi et la formation de la gauche abertzale Batasuna. Le secrétaire général du PSE Patxi López, assisté du porte-parole parlementaire socialiste Rodolfo Ares, d’une part, et le leader abertzale Arnaldo Otegi, accompagné des membres du bureau de Batasuna Rufi Etxeberria et Olatz Dañobeitia, de l’autre, sont arrivés peu après 10h à l’hôtel où ils ont été reçus par grand nombre de journalistes et reporters d’images. La scène le méritait bien. Tant M.López que M. Otegi l’ont reconnu: c’est une "photo inédite" qui peut ouvrir "une nouvelle période politique", a déclaré le secrétaire général du PSE. Il s’agit d’une réunion "historique", d’une "importance extrême", a déclaré à son tour le porte-parole de Batasuna tout en ajoutant que "la photo d’aujourd’hui" est "tournée vers le futur" et que cet avenir doit "se bâtir avec la participation de tous".
Après une heure et demie de réunion, tous les deux ont fait des déclarations à part, sans donner des précisions sur le contenu de la rencontre. Comme annoncé au préalable, ils n’ont pas non plus accepté de questions de la presse et n’ont pas avancé de date pour une prochaine réunion.
Le premier à se présenter devant la presse a été Arnaldo Otegi. "Si nous nous trouvons aujourd’hui devant une occasion historique pour résoudre le conflit, c’est notamment parce que pendant longtemps des canaux de communication ont existé, non pas avec le gouvernement espagnol, mais avec le Parti socialiste, même si [ces canaux] n’ont jamais été officiels".
Le leader de la gauche abertzale a remercié ceux qui "au-delà des circonstances et des conjonctures ont su mettre en avant les intérêts de justice et de paix, par-dessus les intérêts de leurs propres partis politiques".
Arnaldo Otegi asouligné l’"extrême importance" et le "grand poids politique" de la rencontre qui montre "comment doit être bâti ce pays: entre tous". Il a dans ce sens espéré que "tout le monde comprenne que les arithmétiques démocratiques" n’ont rien à voir avec les calculs "des victoires et des défaites de qui que ce soit", mais avec "la victoires de chacun des citoyens de ce pays", "la victoire démocratique du peuple basque".
Selon le leader abertzale, les deux parties se sont exprimées de façon "absolument sincère" et ont partagé l’idée de la "nécessité de mettre en place un processus de dialogue multilatéral, démocratique, de négociation politique qui aboutisse dans un accord qui doit respecter la décision des basques".
Réunion avec le PS français
Arnaldo Otegi a déclaré que cette table ne doit exclure personne. Dans ce sens, il a annoncé sa volonté de rencontrer prochainement des représentants du Parti Socialiste de Navarre et du PS français. "Ceci ne doit pas être compris comme une imposition, ni comme une exigence de la gauche abertzale, mais comme une exigence du sens commun et de la logique politique", car "l’ensemble du pays subit un conflit qui nécessite d’être réglé" à travers des accords "nationaux et globaux". Pour sa part, Patxi López, a lui aussi déclaré que la rencontre a été "sincère". "La photo d’aujourd’hui est inédite et extraordinaire. Pourvu qu’elle soit l’annonce d’un nouveau temps politique", a-t-il espéré, tout en ajoutant que pour qu’il y ait une autre réunion la gauche abertzale devra avoir une "formation légale qui la représente".
"Nous nous sommes réunis pour leur dire que si jusqu’à présent ils ont été une partie du problème, nous voulons qu’ils fassent partie de la solution, qu’ils sont aussi nécessaires que les autres [partis politiques] pour construire ensemble ce pays et qu’ils peuvent avoir leur propre espace politique (...). Mais pour cela ils doivent se trouver dans le système démocratique, et non en dehors", a-t-il affirmé.
"Evidemment, ce sont eux qui devront prendre leurs propres décisions pour que ce soit possible, parce que ni la Loi sur les partis politiques [qui a servi à interdire Batasuna, ndlr] ne va disparaître, ni les conditions démocratiques ne vont changer".
Selon Patxi López, Batasunaa souhaité avancer dans des propositions politiques, mais le PSE a exigé au préalable de s’adapter au "cadre démocratique avec toutes les conséquences, en s’éloignant de la violence et en assumant la démocratie".
Pour le dirigeant socialiste, la rencontre s’est tenue à un "moment extrêmement important où l’on peut faire des pas pour en finir de façon définitive avec la violence terroriste et pour consolider la paix et la liberté". Il a ajouté dans ce sens que le PSE souhaite rencontrer "tous les partis politiques basques afin de définir ce scénario de dialogue et pour explorer les possibilités d’atteindre un consensus".
Pourtant, le Parti Populaire ne partage absolument pas cet avis. La présidente du PP pour la Communauté Autonome Basque, María San Gil, a annoncé hier après la réunion que son parti envisage "des actions légales", parce que "le PSE a légitimé ETA-Batasuna". "Ce n’est pas une photo historique mais une photo de la honte, la photo de la reddition de l’Etat de Droit", a martelé la dirigeante de droite.