- Le Tour de France -
«Il n’y a pas de mal à ce que le Tour de France soit remporté par un petit coureur »
Dominique Arnaud, le directeur sportif de l’équipe amateur Entente Sud-Gascogne connaît bien le peloton. Ses 11 participations à la Grande Boucle y sont pour beaucoup et les anecdotes ne lui manquent pas. À l’image de cette étape en 1986 où Arnaud réalisa un grand numéro avec une échappée de 142 kilomètres, avant d’être rattrapé par le grand Bernard Hinault. Une performance qu’il doit à sa fille avait-il alors déclaré. En effet, la veille, le passage par Burdinkurutxeta, s’était avéré plus que difficile. Dernier du peloton au passage par le col, il était arrivé à 34 minutes du premier, son leader Delgado. À l’arrivée sa fille lui demandait sincèrement s’il disputait véritablement le Tour : elle ne l’avait pas vu à la télé ! Le lendemain on n’avait vu que lui. 20 ans plus tard, Arnaud revient sur la plus prestigieuse course de la saison avec un regard de directeur. Les favoris, les difficultés... mais également les affaires de dopage qui ont secoué le départ du Tour 2006, le premier de l’ère après Armstrong.
Voyez-vous dans le peloton un successeur de Lance Armstrong, un coureur capable de dominer outrageusement la course ?
C’est toujours difficile de nommer les successeurs des Anquetil, Merckx, Hinault, Indurain et autre Armstrong. Ils ont tous gagné 5 Tours et plus, alors en nommer un capable d’une telle performance, c’est difficile. Il se pourrait que pendant 4-5 ans, et je le souhaite vivement, on retrouve un Tour de France plus ouvert que jamais, avec plusieurs favoris dont on connaît tous les noms.
Et pour cette édition ? Quel est votre favori ?
Il faut déjà savoir qui sera au départ. Tout le monde parlait de Basso, UllrichŠ il y a aussi Popovich que l’on a moins entendu, puis Moreau. Quoi qu’il en soit, c’est un Tour ouvert où les vedettes se poseront beaucoup de questions, où les coureurs qui étaient jusqu’à présent dans l’ombre et battus dès le départ, (peut-être parce qu’ils "le savaient" à l’avance) pourraient se révéler et trouver de nouvelles ambitions.
Contre-la-montre, montagne... où se fera la différence ?
Marc Madiot l’a dit. Pour gagner le Tour il n’est pas nécessaire d’attaquer, il suffit simplement d’être tout le temps là. Il faut avoir des qualités de contre-la-montre, il faut savoir passer la première semaine ou les sprinteurs gèrent la course, il ne faut surtout pas perdre 30 secondes par-ci, 30 secondes par là, ne pas se retrouver en queue de peloton lors des arrivées... Ensuite, il faut être présent lors du premier contre-la-montre difficile ; Etre là en montagne, et ne pas avoir de défaillance. Avec ça, on gagne le Tour.
On a également évoqué des jeunes de la trempe de Valverde et Cunego. Ils peuvent créer la surprise ?
Oui pourquoi pas. Il suffit d’être très méticuleux. Je ne pense pas qu’il ait de la place pour des gens qui vont déborder d’activité, ou alors ils vont se rendre suspects. Il faudra être très précis dans les choix, à l’heure d’être devant, d’avoir des équipiers au bon momentŠ
Puis il y a les coureurs d’Euskaltel. Ils visent une victoire d’étape, ont-ils les moyens d’aller au-delà ?
À l’époque, avec un Zubeldia qui est un catalyseur formidable, ils auraient même pu prétendre à la victoire du Tour de France s’ils ne s’étaient pas couchés dans les Pyrénées. Ce que je regrette d’ailleurs toujours car je pense qu’il y avait la place pour mettre Armstrong en échec. Aujourd’hui, on a vu Mayo réapparaître dans le Dauphiné, ils auront un rôle à jouer, certes, mais peut-être pas au général. Cela dit, je le répète, c’est un Tour ouvert, si Zubeldia ou Mayo se retrouvent devant, il faudra les surveiller.
Leblanc a souvent évoqué la présence massive des supporteurs, dans les Pyrénées notamment. Est-elle aussi dangereuse ?
Dangereux n’est pas le terme, et c’est d’ailleurs cela qui fait le Tour. La route fermée, qui s’ouvre à 20 centimètres devant la roue... pour le coureur que j’ai été, c’est toujours motivant. Les poils se dressent sur les bras et cela, on ne le voit que dans le Tour. Cela dit, c’est vrai que tout ce monde empêche des attaques, on est souvent obligé de passer en file indienne. Dans ce sens, le sportif est gêné. Il faudra donc canaliser la foule, avec des barrières peut-être et c’est dommage car moi-même je suis contre les barrières. La canaliser, d’accord, mais pas l’enlever, car c’est elle qui fait tout le charme du Tour.
La course traverse à nouveau le Pays Basque, est-ce important pour vous ?
Bien sûr. Quand le Tour passe d’abord par les Landes, puis il y a un départ d’étape à Cambo qui traverse tout le Pays Basque, je ne peux être que content de la chose. En tant que sportif j’aurais même aimé disputer ce Tour parce que la transition entre la plaine et la montagne se fera en douceur. On va attaquer avec des cols tels que celui d’Osquich. Quand on pense qu’à l’époque on montait le Burdinkurutxeta, c’était une autre paire de manches. Cela dit, une étape comme celle-ci, c’est très bien.
Ressentez-vous des retombées chez les jeunes lorsque le Tour passe par ici ?
Si j’avais des entrées au village de Cambo, je pense que j’aurais des centaines de sollicitations : des enfants, des coureurs des écoles de véloŠ Il y a un impact direct. Que l’on ne peut pas mesurer encore, mais que l’on retrouvera dans les années à venir. Cela dit, et comme chaque année qu’il y a un Mondial de football, l’engouement est en partie gâchée par le Coupe du Monde.
Que vous inspirent toutes ces affaires de dopage ?
Je suis personnellement à 2000 % favorable afin d’éradiquer le dopage du sport, même si je crois que cela sera difficile. Apparemment tous les gouvernements se sont mis d’accord pour le faire dans le cyclisme, et c’est très bien. Si, nous, les formateurs, on peut avoir la sensation de former les jeunes pour un sport propre, c’est beaucoup plus encourageant. Sincèrement, c’est un mal pour un bien. Il faut que les tricheurs soient rayés définitivement de la carte. À partir de là, même avec 100 coureurs au départ il y aura toujours un vainqueur, un maillot à pois, un maillot de la régularité etc...Je regrette juste que l’on tape toujours sur le vélo, sans se préoccuper trop des autres sports.
Cette dernière affaire, à quelques heures du départ du Tour, quelle répercussion aura-t-elle sur la course ?
Concrètement, ça va ouvrir de nouveaux horizons. S’il y a de tricheurs au départ, le mal sera fait, ils seront prêts.
On peut avoir un risque de boycott comme pour le championnat d’Espagne ?
C’est lamentable, on ne peut que condamner cette attitude parce que ceux qui boycottent sont ceux qui sont intéressés.
Avez-vous l’impression que l’on s’acharne sur le cyclisme ?
Tout à fait. Il n’y a qu’à voir le cas du football. Il semblerait que les contrôles ne sont pas réalisés lors de la Coupe du Monde à cause d’un oubli. Quand on voit que dans la fameuse opération Puerto, des noms de sportifs qui ne sont pas cyclistes sont apparus et que l’on n’en parle pas. C’est du foutage de gueule.
Quelles mesures devrait adopter l’organisation du Tour de France ?
Ce sont de toute manière des choix difficiles, mais avant de les faire il faut savoir si le Tour a le droit d’écarter les joueurs. À partir de là, il faudrait les sortir. Comme je l’ai dit par ailleurs, même si on part sans vedette, il y aura quand même un vainqueur et un second. Quand on crie haut et fort qu’on lutte contre le dopage, et qu’on élimine tous ceux qui sont dopés, il n’y a pas de mal que le Tour de France soit remporté par un petit coureur.
Vous qui travaillez quotidiennement avec les jeunes amateurs, quelles sont les répercussions de ce genre d’affaires?
Il y a beaucoup de déception. Tout le monde est déçu d’apprendre qu’une idole n’est pas si propre que ça. Mais c’est surtout l’image du vélo qui est atteinte. Déjà que nous n’avons pas beaucoup de sponsors, c’est encore plus difficile de trouver des partenaires pour un sport qui coûte quand même très cher. Les professionnels, eux, peuvent toujours s’en sortir, mais pour nous, à la base, c’est plus difficile..
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