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Le JPB > Pays Basque 2006-07-01
La mission impossible de Zapatero, dans le processus de paix en Pays Basque
·La déclaration de Zapatero insiste sur le "respect des décisions que prendront librement les citoyens basques"

Le gouvernement espagnol a lancé des négociations avec l’ETA pour mettre fin à quatre décennies de violence tout en sachant qu’il ne cédera jamais aux aspirations des indépendantistes basques. En théorie, le dialogue qui s’ouvre en ce mois de juillet mène à une impasse.

Pour les indépendantistes basques, l’essence du processus est la "territorialité", c’est-à-dire la prise en compte du territoire d’Euskal Herria, la "terre de ceux qui parlent basque", englobant les Pays Basque français et espagnol, et la Navarre espagnole.

Mais dans sa solennelle déclaration de jeudi sur le dialogue avec l’ETA, José Luis Rodriguez Zapatero a uniquement mentionné l’"Euskadi", la région autonome du Pays Basque. Ne sont concernés ni la Navarre, ni a fortiori le territoire du nord des Pyrénées.

Si le gouvernement espagnol et les indépendantistes ne sont pas d’accord sur la sphère géographique d’application du processus de paix, ils le sont moins encore sur sa finalité. Saluée comme un "triomphe de la démocratie" par les indépendantistes, décriée comme "une reconnaissance de l’autodétermination" par le chef de la droite, Mariano Rajoy, hostile aux négociations, la déclaration de Zapatero insiste sur le "respect des décisions que prendront librement les citoyens basques".

Rendez-vous à Oslo

Dans sa bouche, il ne peut s’agir de la partition de l’Espagne, mais seulement d’une réforme, si profonde soit-elle, du statut d’autonomie du Pays Basque, de l’ordre de celle qui vient d’être péniblement mise au point en Catalogne, et scellée par un référendum local. Toute réforme de l’autonomie basque devra passer par le parlement espagnol, peu susceptible de tolérer pour le Pays Basque ce qu’il vient de refuser à la Catalogne, dont les nationalistes lui avaient soumis un texte la consacrant comme "nation". Cette négociation d’un nouveau cadre institutionnel pour le Pays Basque est bien distincte du dialogue entre gouvernement et ETA, qui ne concernera que le sort des 647 prisonniers dispersés en Espagne et en France et le désarmement de l’organisation.

De premiers mouvements sur des regroupements de prisonniers plus près de leurs familles pourraient intervenir très rapidement, y compris côté français.

Le juge Baltasar Garzon, qui reprend samedi ses fonctions à l’Audience nationale après un congé de plus d’un an, avait récemment prédit "un regroupement important de prisonniers vers le Pays Basque". "Je crois qu’il n’y aura rien de mal à cela", avait ajouté le juge antiterroriste, fer de lance de l’offensive judiciaire contre l’ETA et son entourage depuis 2003. Des mesures de clémence pour des condamnés à des peines légères devraient suivre. Une association de juges progressistes, Juges pour la Démocratie, a estimé vendredi que "la loi pouvait être interprétée avec une certaine flexibilité" en fonction des événements.

Le processus de paix sera "long et difficile", a répété Zapatero jeudi, comme chaque fois qu’il en fait mention depuis deux ans. Le chef du gouvernement a aussi souligné que le dialogue avec l’ETA se ferait dans "la prudence et la discrétion". Le seul rendez-vous connu est une forme de rapport d’étape que fera fin septembre le ministre de l’Intérieur Alfredo Perez Rubalcaba, qui devrait donner le verdict du gouvernement sur l’état du cessez-le-feu de l’ETA, en vigueur depuis le 24 mars.

Pour le reste, une lettre confidentielle espagnole annonce une réunion dès début juillet à Oslo. La capitale norvégienne avait déjà été le théâtre avec Genève de rencontres entre représentants de Madrid et de l’ETA, selon des sources nationalistes basques, dans le cadre de contacts préparatoires au cessez-le-feu qui auraient débuté dès août 2004, soit cinq mois à peine après l’arrivée au pouvoir des socialistes.


 
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