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Le JPB > Pays Basque 2006-07-01
Mertxe COLINA / Porte-Parole d’Abertzaleen Batasuna
« Tout le monde sait quele conflit en Pays Basque est au-delà des frontières »

Nous avons fixé le rendez-vous avec Mertxe Colina sur une terrasse de café au c¦ur de Saint-Jean-de-Luz. Elle vit le processus de Paix avec un grand espoir, tout comme à l’époque de Lizarra-Garazi. Mais 8 ans plus tard, après avoir parcouru mille fois le Pays Basque de long en large, elle espère de tout son c¦ur que cette fois-ci ce long chemin ira jusqu’au bout. Mais pour faire la paix, il faut être deux, et si jusqu’à jeudi seul un des deux camps avait bougé, depuis, le gouvernement espagnol se lance également dans le processus. Et la France ? Elle est convaincue que cette nouvelle situation modifiera les anciennes positions, afin que le dialogue prenne le dessus sur les violences et du mépris.

Jeudi, le président José Luis Rodriguez Zapatero a annoncé le début des pourparlers avec l’ETA. Qu’est-ce que vous retenez de son intervention ?

Deux choses : la première, c’est qu'il reconnaît le besoin de s’entretenir avec l’ETA et annonce le début des discussions. Ce qui est normal dans le processus actuel et qu’on voyait venir, qui va dans le droit fil vers un processus de résolution du conflit et vers la paix.

Mais, encore plus important, c’est qu’il a dit qu’il permettra aux Basques de pouvoir décider et qu’il respectera la décision que prendront les Basques sur leur avenir.

À quoi devrait aboutir selon vous le dialogue avec l’ETA ?

Je pense qu’avant d’évoquer quel sera l’aboutissement de ce processus, il y a des mesures urgentes et rapides à prendre afin d’en finir avec cette situation de non-droit, où les prisonniers politiques basques et leurs familles sont condamnés à la dispersion et l’éloignement. Le rapprochement est un droit qui doit être appliqué dès aujourd’hui. C’est la priorité des priorités du moment. Le processus de dialogue, quant à lui, doit aboutir à la libération des prisonniers politiques basques. Cela se fera peut-être en plusieurs temps, mais cela devra arriver. Et en plus des plus de 600 prisonniers politiques basques je pense à ce collectif de personnes qui sont les toutes premières victimes du conflit en Pays Basque, les réfugiés politiques et leurs familles. On parle souvent de victimes, mais on oublie volontairement des centaines et des centaines de familles basques qui ont dû subir les conséquences de ce conflit. Ces victimes comme toutes les autres victimes du conflit nécessitent une solution rapide et digne.

En plus des relations avec l’ETA, Zapatero a également évoqué un espace politique de dialogue entre les représentants de la société basque, partis politiques et mouvements sociaux.

Aujourd’hui, tout le monde admet que le conflit politique en Pays Basque ne se résoudra pas tout simplement en libérant les prisonniers politiques basques. S’il y a un conflit politique, il faudra une solution politique. Et pour trouver cette issue politique, tous les partis politiques devront se mettre autour de la table afin de trouver un accord.

On parle d’une table, de deux, voire de trois tables...

En effet, on pourrait parler de 10, 20 ou 40 chaises également, mais cela n’est pas le plus important. L’important est de trouver un espace de rencontre. Un espace de rencontre qui est aujourd’hui possible parce que la situation a changé en Pays Basque, même si, en face, la répression est toujours en vigueur et le verrouillage des partis reste très ancré aujourd’hui. Mais cette nouvelle situation demandera des positions nouvelles et changera les comportements des acteurs du Pays Basque et au-delà. Il s’agira alors de discuter des projets viables que chacun propose pour l’avenir du Pays Basque. Les partis présents au Pays Basque sud le feront vis-à-vis de l’Espagne, et nous aussi nous devrons le faire, ici, vis-à-vis de la France. Parce que la France a sa responsabilité dans le conflit et a sa part de solution du conflit. Quel projet d’avenir avons-nous pour le Pays Basque, nous, partis présents en Pays Basque nord, et quelle solution démocratique donnons-nous aux différentes aspirations, quels sont les projets communs à développer, etc... chacun devra exposer ses propositions.

Pourtant les représentants de certains partis français semblent ne pas bouger d’un iota, ce conflit ne concernant, pour eux, que l’Espagne...

Une situation qui tend vers la paix, qui va vers la résolution du conflit, changera les discours, et tous les partis politiques devront tôt ou tard présenter des projets valables sans rester en retrait.

Pour votre part, AB prendra part de quelle façon à ce processus ?

AB a toujours participé à tous les forums et espaces de rencontre des différents partis et mouvement sociaux du Pays Basque, et continuera à le faire. Ces dernières années nous avons travaillé afin de déverrouiller et de débloquer une situation qui était figée. Et quand Zapatero dit qu’il respectera la décision des citoyens du Pays Basque et qu’il est prêt à des négociations, cela veut dire que beaucoup de choses ont changé ces derniers temps, et que la société basque est au centre de tout ce changement.

Mais le président Zapatero ne se limite-t-il pas uniquement à l’avenir de la Communauté Autonome Basque ?

Tout le monde sait que le Pays Basque c’est le Pays Basque, et que le conflit politique est un même et un seul au-delà des frontières. Et Zapatero sait que la solution sera également pour l’ensemble du Pays Basque avec, peut-être des déclinaisons différentes ou atténuées.

Vous faites partie de la plateforme Ahotsak, constituée par les femmes des partis politiques de l’ensemble du Pays Basque. Est-ce une première ébauche de cet espace politique à créer ?

Cette initiative a été suivie de manière spontanée et large des deux côtés de la Bidasoa, avec beaucoup d’expressions positives. Du PS aux abertzale en passant par les Verts une réelle volonté est apparue afin de travailler ensemble au-delà de ce que les partis pourront verrouiller ou pas. C’est un pas vers la résolution du conflit et vers la paix véritable qui cherchera à dépasser la situation du conflit actuelle. Par ailleurs, je constate que le pouvoir politique a une connotation machiste et qu’entre femmes, l’intérêt général l’emporte face au bénéfice personnel. C’est une bonne initiative et j’espère que grâce à l’impulsion de Zapatero, Ahotsak pourra faire partie de ce grand puzzle à mettre en Pays Basque

Comment analysez-vous que ces derniers mois, après la trêve de l’ETA des attentats aient eu lieu en Pays Basque nord, en avril sur le BAB et au mois de mai à Bidarray?

Cela peut exprimer une insatisfaction de la part de certaines personnes du non-avancement du processus de paix. Objectivement, il a eu un cessez-le-feu depuis mars d’un côté, mais en face, il y a des arrestations, et les familles des prisonniers sont toujours obligées de prendre le bus tous les vendredis soir pour se rendre à des milliers de kilomètres pour quelques minutes de visite puis retour, pour arriver le dimanche au petit matin. Il faut se dire aussi qu’ici comme au sud certains essaieront de saboter le processus de paix. Il y a dans tout processus des personnes qui viennent crever les pneus du véhicule qui avance dans la bonne direction. Enfin, je pense que le dialogue peut résoudre tous les problèmes et que le refus et les attitudes de mépris ne font qu’alimenter les extrêmes et les expressions violentes.

Le département Pays Basque fera partie des sujets de discussions entre les partis politiques ?

Je pense que le département en fera partie, mais pas que le département. Nous, en ce qui nous concerne, le département n’est qu’un escabeau pour aller bien au-delà. C’est une reconnaissance institutionnelle, mais comme le disait un collègue, c’est un RMI, et pour vivre dignement aujourd’hui il nous faut plus que le RMI.

Batera vient de franchir le cap des 10 000 signatures.

C’est une très bonne chose. Ce mouvement doit encore se renforcer, parce que 10 000 c’est beaucoup mais ce n’est pas encore suffisant pour changer les choses. Ce n’est pas facile, cela ne se fait pas d’un claquement de doigts, c’est beaucoup d’investissement et d’énergie. J’en fais appel à tous ceux favorables à cette expression démocratique et plus précisément aux militants des différents partis abertzale afin que cela soit une réussite. Si jamais on ne réussissait pas, je pense que les partis abertzale seront montrés du doigt et devront en tirer les conséquences. Dans ce pays quand les choses ne réussissent pas c’est toujours la faute aux abertzale. À nous de démontrer le contraire.


 
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