M. Zapatero a annoncé officiellement l’ouverture des négociations avec l’organisation ETA
M. Zapatero annonce le début du dialogue avec l'ETA, la paix à la clé
·"Je prends la responsabilité de satisfaire le désir de paix des citoyens et l'exigence du respect de la mémoire des victimes". "Le gouvernement respectera les décisions que prendront les citoyens basques, dans le respect des procédures légales"
Le chef de l’exécutif espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, a annoncé hier devant la presse au congrès des députés que son gouvernement "va commencer un dialogue avec l’ETA", organisation armée qui observe depuis le 24 mars un "cessez-le-feu permanent". Après plusieurs reports et des semaines de spéculations sur la forme de cette annonce, le leader socialiste espagnol a finalement fait sa déclaration au dernier jour d’activité parlementaire, aux portes des vacances estivales des députés. Des vacances au cours desquelles le gouvernement va entamer des pourparlers avec l’ETA qui vont porter sur la démilitarisation et sur le sort des membres de l’organisation et de celui des prisonniers politiques basques. Concernant ce dernier point, le rapprochement voire le regroupement des détenus au Pays Basque devrait commencer à être une réalité dans les prochains mois. Mais rien de cela n’a été abordé hier par le président espagnol. José Luis Rodriguez Zapatero a limité son intervention à situer dans un contexte d’opportunité politique sa décision de dialoguer avec l’ETA. "Sous les auspices de la résolution adoptée par le Congrès des députés en mai 2005 que le PPavait refusée, je souhaite vous annoncer que le gouvernement va entamer un dialogue avec l’ETA en maintenant le principe irrévocable selon lequel les questions politiques ne se résolvent qu’avec les représentants légitimes de la volonté populaire", a-t-il déclaré. "La démocratie ne paiera aucun prix politique pour atteindre la paix", a-t-il affirmé, sans préciser à quel moment et sous quelle forme son gouvernement entamerait ses contacts avec l’ETA. Selon certains analystes proches du PSOE, dans la délégation choisie par M. Zapatero pour dialoguer avec l’ETA il n’y aurait pas de membre du gouvernement, mais des "personnes très proches" du président.
Dans la continuité
José Luis Rodríguez Zapatero a réitéré sa confiance dans la volonté de l’ETA de renoncer définitivement à la violence, soulignant que l’organisation avait "pour la première fois de son histoire" annoncé un "cessez-le-feu permanent", "après trois années sans attentat mortel". Le chef de l’exécutif espagnol s’est inscrit dans la continuité des précédents gouvernements, leur rendant "hommage" pour avoir "tenté de bonne foi d’obtenir la paix" au Pays Basque, en référence à deux processus de dialogue direct avec l’ETA lancés par les gouvernements du socialiste Felipe Gonzalez (1989) puis du conservateur José María Aznar (1999) qui avait déclaré qu’au terme du processus de dialogue l’Espagne saurait "être généreuse" avec les membres du "Mouvement de Libération Nationale Basque". M. Zapatero s’est dit "pleinement conscient du grand désir de paix et de respect de la mémoire des victimes du terrorisme" exprimé par la société espagnole. "En tant que chef du gouvernement, j’assume cette responsabilité", a-t-il dit.
"Grande portée politique"
En préalable à la déclaration de M. Zapatero, son ministre de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, avait reçu séparément les porte-parole des onze partis politiques représentés au Parlement, pour les informer de l’intervention qui a eu lieu vers 13h30. Reçu en premier par M. Rubalcaba, en sa qualité de groupe d’opposition le plus important, le Parti Populaire s’est par avance dit hostile à tout dialogue avec l’ETA, qu’il assimile à une reddition face au terrorisme. Quelques minutes après l’intervention du chef de l’exécutif, le président du PP, Mariano Rajoy a déclaré que "nous ne pouvons pas soutenir le processus qu’a ouvert le gouvernement", processus qu’il a qualifié d’"immoral" et d’"illégal". "Aucune discussion politique avec une organisation terroriste n’est acceptable", a ajouté M.Rajoy. "Vous devez parler avec l'ETA pour qu’elle abandonne définitivement les armes", a encore déclaré à l’adresse du gouvernement Mariano Rajoy, estimant qu’il n’y avait pas "de grandes nouveautés depuis l’annonce de la trêve de l’ETA". Il a critiqué aussi la volonté des socialistes basques (PSE) de rencontrer des dirigeants de Batasuna en vue de la mise en place d’une table de dialogue entre les partis politiques. L’un des responsables de Batasuna, Pernando Barrena, a salué depuis Bilbao l’annonce de "grande portée politique" de M.Zapatero ainsi que son "engagement à respecter les décisions des citoyens basques" [lire par ailleurs]. Le PNV a également exprimé sa volonté d’aider "autant que possible" l’exécutif. À l’orée de ce délicat processus, M.Zapatero compte sur le soutien de tous les partis sauf du PP.
Jacques Chirac et Jose Manuel Barroso espèrentque le dialogue amène à un règlement définitif
Jacques Chirac a exprimé hier l’espoir que le "dialogue" lancé par le gouvernement espagnol avec l’ETA "amène à un règlement définitif", a déclaré l’Elysée. "Au moment où le gouvernement espagnol se prépare à engager un dialogue avec l’ETA, dans l’esprit d’amitié et de solidarité qui unit la France et l’Espagne, le président de la République exprime l’espoir que ce dialogue amène à un règlement définitif et réaffirme le soutien constant de la France aux efforts de l’Espagne contre le terrorisme", selon un communiqué.Par ailleurs, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a espéré jeudi une Espagne "libre du fléau du terrorisme". "Après la déclaration du Premier ministre Zapatero aujourd’hui, je partage les espoirs de tous ceux qui espèrent un avenir dans lequel l’Espagne sera libre du fléau du terrorisme", a déclaré M. Barroso dans un communiqué.
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