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Francis SALAGOITY | Président de l´Aviron Bayonnais Rugby Pro
«On n´a pas le droit de perdre sept fois à domicile»
·ENTRETIEN
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Faute de s’être mis à l’abri un peu plus tôt dans la saison, le président de l’Aviron Bayonnais se retrouve avec un agenda on ne peut plus chargé en ce début du mois de juin. Et pour cause, Francis Salagoity prépare déjà le groupe de l’an prochain. Le Journal a trouvé un créneau pour faire le point avec le patron de l’Aviron : le bilan rapide de la saison, le point concernant les arrivées et les départs, et l’intégration progressive des jeunes espoirs à l’équipe première.
Bayonne a prouvé à mi-saison avoir le niveau d’évoluer en Top 14. Pourtant, il a fallu attendre l’ultime seconde du championnat, comment l’expliquez-vous ?
En grande partie à cause de l’inconstance de l’équipe tout au long de la saison. Des hauts et des bas. On est capable de gagner à Toulouse, de battre le champion de France à la maison, de prendre des points de bonus contre des équipes de notre niveau à l’extérieur... et en face de cela, on prend 30 points à Montpellier, on ne gagne pas à Pau, à Toulon... C’est une saison en dents de scie avec un groupe qui a eu du mal à se trouver, avec des difficultés dans la gestion humaine. Des manques tout simplement, alors que je reste persuadé que cette équipe était plus performante que celle de l’an dernier.
Concrètement qu’a-t-il manqué à ce groupe ? De la technique, du mental, un manque de motivation?
Non, la motivation était là. Les joueurs étaient sur le pré, ils avaient envie de gagner. Il y a eu effectivement quelques carences techniques. On aurait peut-être dû travailler de façon différente. On a préparé certaines choses à des moments précis de la saison que l’on n’a pas souhaité continuer. On aurait peut-être dû y revenir. Il y a au également un manque de confiance : une victoire et trois défaites qui s’enchaînaient... Un succès à Agen ou à Toulon en début de saison aurait pu augurer une année complètement différente.
Bayonne serait vouée à souffrir jusqu’à la saison. Ne manque-t-il pas une âme dans cette équipe ?
Pas du tout. Il y a eu une âme. La preuve : lors de ces derniers matches où il a fallu arracher des points de bonus à Castres ou une victoire à domicile contre le Stade Français, l’équipe a été présente. C’est plus une question de confiance. Ou le fait d’avoir un ou deux joueurs supplémentaires sur lesquels se reposer dans les moments difficiles. Comme dans toutes les équipes. Des joueurs qui font le dos rond quand ça va mal, qui permettent de se reposer sur les fondamentaux au lieu de prendre la grêle pendant 10-15 minutes, après quoi c’est difficile de revenir. C’est peut-être cela qui a manqué cette année.
Quels sont les deux moments de la saison que vous retenez, le plus difficile et le meilleur ?
Le plus difficile est sans aucun doute la défaite à Pau. Ce jour-là on n’a pas joué. On a joué 20 minutes et on a terminé à trois points. Le bon moment, c’est malgré tout la victoire à Toulouse, même si, avec le recul, on se dit que ce succès nous a peut-être empêché de pendre certaines décisions qu’il aurait fallu prendre. C’est de toute façon un grand moment parce que ce n’est pas quelque chose que l’on pourra réussir deux fois de suite.
Vous avez déjà commencé à configurer le groupe pour la saison prochaine. Quels seront les départs ?
Sébastien Roque s’en va, Grégory Sudre, Guillaume Combes, Oskar Astarloa, Yannick Lamour, Vincent Noutary, Thierry ClédaŠ puis il y en aura d’autres que l’on n’a pas encore trop vu.
Pila Fifita ? Vous regrettez son recrutement ?
Fifita est en fin de contrat et il ne continuera pas. Peut-être qu’il reviendra en février. Je ne regrette pas de l’avoir embauché, ce que je regrette c’est de n’avoir pas su le faire travailler suffisamment pour qu’il puisse pleinement exprimer son potentiel qui est très important. C’est un garçon qu’on n’a pas su prendre.
Leo Lafaiali’i ira au Japon. Pour beaucoup, l’un des meilleurs joueurs de l’Aviron cette saison. Pourquoi?
Il a eu un contrat sur trois ans au Japon, avec une reconversion au poste d’entraîneur, un contrat qui ne se refuse pas.
Bayonne n’avait pas les moyens de le garder ?
Pas au niveau du contrat japonais. On sait qu’au Japon les équipes sont financées par les entreprises et la proposition était telle que même si le joueur voulait rester à Bayonne, il ne pouvait pas refuser une telle opportunité.
Stéphane Aussel qui n’a pratiquement pas joué pourrait rempiler pour une autre année ?
Ce n’est pas impossible. Ce n’est pas définitif parce que la décision n’est pas encore prise. Elle sera prise en fonction du recrutement, de la masse salariale. Si je devais me baser par rapport à l’esprit, bien sûr qu’il serait là. Cela dit, il faut construire un groupe et ce n’est pas toujours facile.
Que se passe-t-il avec Van Schalkwyk ?
Il est sous contrat, il reviendra à Bayonne donc le 25 juin pour préparer la saison.
Il n’a pas joué depuis longtemps, est-il blessé, écarté du groupe ?
Il a effectivement été blessé, mais il a fait un mauvais match de reprise, à Pau justement. Il a payé ce match. Il fait peut-être partie des erreurs qui ont été commises cette année. Il y a eu des problèmes de gestion des hommes qui ont fait que l’on n’a pas suffisamment donné leur chance à certains joueurs. On reverra tout cela l’année prochaine. Et Van Schalkwyk reviendra revanchard à la fin du mois de juin.
Nuñez Piossek...
Il est reparti en Argentine. On verra comment évoluera sa blessure mais normalement il devrait être Bayonnais l’année prochaine.
Exit Lafaiali’i et Lamour, deux bons sauteurs à l’Aviron. Qui sautera en touche ?
Le troisième ligne Jack Deen qui est un très bon sauteur, le deuxième ligne Karl Rudzki qui nous rejoint, également un preneur de balle. Il y aura quand même Phil Davies qui prend des balles en fond de touche, Louis Massabeau, Steven Hall, Mike Tewhata et Cedric Berges. Il y aura donc des sauteurs dans l’alignement.
Côté recrutement, quelles sont les carences que vous avez relevées et qu’il faudra renforcer ?
Je veux mettre de la vitesse et de la vivacité dans la ligne des trois-quarts. Ça a été criant tout au long de la saison. Pratiquement toutes les équipes nous ont attaqués en jouant à l’extérieur, en contournant. On avait quelques carences en matière de vitesse, en matière de "pattes" comme on dit, c’est ce qu’il faut que l’on essaye de trouver.
Certains joueurs ont déjà signé...
Devant, c’est pratiquement fait, Rutzki, Deen et Bernad. Au niveau des piliers tout n’est pas finalisé, ça reste à voir. Et derrière on se dirige vers de la jeunesse et de la vitesse. Des joueurs qui sont sur le marché français comme Carballo, Audrin nous intéressent. On aimerait également trouver une ou deux pointures qui complètent l’équipe.
Milford aurait déjà signé...
Non. Le retour de Loa (Mildford) est envisagé, mais aujourd’hui rien n’est fait dans la mesure où il est sous contrat avec Castres et qu’il est reparti dans son pays. Jusqu’au 15 juin, on ne saura pas grand-chose. Cela dit, il y a d’autres joueurs de ce style-là qui nous intéressent.
On parle de Delaigue...
Non Delaigue ne viendra pas à Bayonne.
Vous cherchez essentiellement un demi de mêlée ?
On cherche un 9 et un 10. Ça me paraît primordial. Les priorités de Bayonne sont donc de recruter Matthieu Barrau et Ramiro Pez.
Concernant le staff technique, des changements ?
A priori Gilbert Doucet devrait nous quitter, on continuerait donc avec Xavier Péméja et Pierre Peytavin dans un autre rôle. On cherche à compléter ce duo avec un troisième homme.
Un manager général ?
À voir. Tout dépend des personnes que l’on rencontrera, où se positionnera Pierre qui sera dans tous les cas de figure au club, et qui est à mes côtés depuis très longtemps.
L’objectif que vous vous êtes marqué pour la saison prochaine? Vous avez parlé d’une place entre la 6e et la 10e?
Tout à fait. Une place de 8e serait quelque chose de bien. Cela dit, le recrutement n’est pas encore terminé. Nous sommes au début du mois de juin, on verra lorsque tout l’effectif sera là. Quoi qu’il en soit, ce qu’il faudra dire aux joueurs est que l’on peut perdre une fois à domicile, pas sept fois.
Vous attaquerez la troisième année dans le Top 14, l’Aviron Bayonnais a pérennisé sa place dans l’élite ?
Je l’espère. J’espère que maintenant on rentrera dans une deuxième phase de trois ans, en se disant que cette année encore sera une année difficile. Parce que c’est une année de Coupe du monde où les joueurs ne bougent pas trop. Il y aura certainement du changement à la fin de la saison. Même en matière de sponsoring, la Coupe du Monde peut ouvrir de nouveaux horizons. Ce sera une année attentiste, il faudra d’ores et déjà bien se positionner pour préparer la saison 2008 et franchir un nouveau cap.
Les nouveaux arrivés Montauban et Dax ou Albi risquent d’être en dessous des autres équipes ?
On verra, Montauban a fait un recrutement important, et l’équipe qui montera fera aussi des efforts dans ce sens-là. Cela dit, est-ce que le championnat restera tel qu’il est avec deux descentes et deux montées ou est-ce que l’on se dirige vers une descente et un barragiste qui à mon avis sont nécessaires parce qu’il y a beaucoup d’écart entre la Pro D2 et le Top 14. Il y aura certainement des réunions à la Ligue. On verra. On a le mois de juin pour se préparer.
Le budget connaîtra une augmentation de 1 M d’euros, il passera de 6,5 M à 7,5 M. Comment se répartit cet accroissement ?
Essentiellement, le nouvel apport se fera grâce à ce nouveau stade qui aura des loges et qui permettra au club d’ajouter des sponsors. Puis, on espère faire des recettes et des abonnements plus nombreux. Avec 1M de plus on ne prend donc pas trop de risques, mais on ne compte pas s’arrêter là. On espère faire mieux dans les années suivantes de façon à construire une équipe plus performante.
On ne peut pas passer outre, le public de Bayonne s’est à nouveau montré à la hauteur ?
C’est la priorité. C’est ce que l’on doit maintenir avant tout. Il faut d’abord le remercier énormément parce que c’est un public qui a le c¦ur solide, on l’a encore vu samedi dernier. Malgré la défaite, il a y a quand même eu cette liesse populaire c’est magnifique. Il mériterait cette année d’être qualifié comme ailleurs public de France. Maintenant on devrait arriver à faire que ce public ne siffle pas l’équipe adverse. À l’irlandaise. En plus de soutenir notre équipe, quand l’adversaire est présent, quand l’arbitre est là, il faudrait que ce public applaudisse ses joueurs, mais qu’il ne siffle pas les autres.
«Sébastien Rouet est la preuve que la porte est ouverte aux jeunes»
Une des bonnes nouvelles de la saison est quand même les
dernières prestations du jeune Sébastien Rouet, issu du centre de formation.
D’autres joueurs pourraient ressurgir.
Rouet, encourageant pour le centre de
formation...
Tout à fait, on a intégré Rouet, les deux frères Iñigo,
Arnaud Heguy et l’année prochaine on compte par exemple sur les frères
Ternisien, troisième ligne et centre, qui vont rejoindre l’effectif. Ça prouve
que la porte est ouverte aux jeunes du centre de formation que l’on va continuer
à renforcer dans les années à venir. C’est une grosse satisfaction parce c’est
quand même la première année que l’on peut vraiment le faire. D’autant plus que
c’est un travail qui a été réalisé par les gens du rugby amateurs depuis 4-5 ans
et qui finalement porte ses fruits. Cela veut dire que tout en travaillant sur
l’équipe première, il y avait des gens qui travaillaient bénévolement et en
profondeur pour que ces talents puissent éclore un jour. Notre but c’est
également de renfoncer ce centre de formation et d’avoir deux ou trois joueurs
de très bon niveau qui viennent intégrer l’équipe une.
Vous faites signer des contrats espoirs,
professionnels...
Il y aura un contrat espoir pour Damien Lagrange qui est
un deuxième ligne intéressant. Un autre qui a été proposé au troisième ligne
Jean Jo Marmouyet, au demi-d’ouverture Ithurriria, et il se pourrait que deux ou
trois internationaux des moins de 18 ans nous rejoignent également. Aretz Iginiz
bénéficiera lui aussi d’un contrat.
Et Arnaud Héguy
Oui, bien sûr. Héguy continue avec son contrat espoir,
mais je dirais que lui n’est presque plus un espoir. Il fait partie de
l’effectif premier dans sa totalité. L’année prochaine il va être là, non plus
pour faire quelques matches, mais pour essayer de s’imposer au poste de
talonneur.
Certains pensent que l’Aviron est réticent à l’heure de
donner du temps de jeu à ces jeunes. L’exemple de Rouet est mis en avant, lui
qui a dû attendre la blessure de Siro pour prouver sa valeur, avant de terminer
la saison comme titulaire.
Avec des si, on peut faire beaucoup de choses. Chaque
joueur a des qualités différentes. Est-ce que Sébastien Rouet aurait été aussi
performant si on avait démarré avec lui au mois de septembre en le faisant jouer
en continu pendant 6 mois ? Sûrement pas. Cela étant, est-ce qu’il aurait dû
démarrer avant ? Vu sa fin de saison, sûrement que oui. Les entraîneurs essayent
de faire débuter les jeunes dans les meilleures conditions possibles. Il y a des
matches qui ne sont pas très adaptés pour débuter. On souhaitait faire rentrer
les jeunes dans une configuration un peu facile, mais ça n’a pas été possible.
Peut-être que l’on a forcé le destin lors des quatre derniers matches, mais ça a
marché. Tant mieux. Plus en général, il ne faut pas hésiter à faire rentrer des
jeunes, mais il faut également se dire qu’aujourd’hui le rugby, c’est très dur,
c’est physique, et il ne faut casser ces joueurs en leur faisant jouer tous les
matches. Il faut les gérer dans l’avenir et préserver leur physique.
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