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Le JPB > Pays Basque 2006-06-01
Les socialistes rencontreront Batasuna
·Le secrétaire général du Parti Socialiste d’Euskadi annonce l’ouverture d’un dialogue formel avec la formation interdite

"Il est nécessaire de passer des contacts actuellement existants, à une phase de négociations inclusives ayant pour but de mettre en place un dialogue multipartite en Euskadi qui permette d’élargir le consensus politique, d’asseoir la vie en commun et d’atteindre des accords solides sur la construction de l’avenir de notre pays, en dépassant ainsi les conflits du passé". Mardi, dans un entretien au journal du soir de la radio publique basque Radio Euskadi, Patxi López, secrétaire général du Parti Socialiste d’Euskadi, annonçait de cette façon l’ouverture prochaine d’un processus de dialogue formel et officiel avec tous les partis politiques dont Batasuna.

Sans citer expressément Batasuna, le secrétaire du PSE a déclaré que sa formation rencontrera "prochainement" la "gauche abertzale", dont la contribution "à l’ouverture d’un nouveau cycle politique" a été reconnue par Patxi López. Dans le même sens, le chef des socialistes de la Communauté Autonome Basque a déclaré que Batasuna "est un interlocuteur nécessaire pour pouvoir entamer le dialogue multipartite en Euskadi", dans le cadre d’un "processus de recherche d’accords" dont le pilier principal doit être "le consensus".

Concernant la situation d’interdiction de la formation de la gauche abertzale, Patxi López a invité Batasuna à "mener des initiatives pour récupérer sa condition de force légale". Il a suggéré que c’est le pas nécessaire pour "avancer dans la concrétisation du dialogue". "Nous allons leur expliquer cela lors de la réunion" avec les dirigeants de la gauche abertzale, une rencontre pour laquelle aucune date n’a encore été fixée. Ce qui est certain, c’est que cette réunion aura lieu après l’intervention dans les prochains jours au Congrès des députés du chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, pour informer les partis politiques du lancement d’un dialogue avec l’ETA.

Jamais un dirigeant socialiste ne s’était autant avancé sur la disposition du parti social-démocrate à entamer un dialogue officiel avec Batasuna. Sur la même radio, le leader du parti de la gauche abertzale, Arnaldo Otegi, a qualifié hier de "pas en avant très important" l’annonce faite mardi soir par Patxi López. Cette décision d’ouvrir des discussions formelles "ne sauve pas totalement la situation délicate" dans laquelle se trouve le processus de paix amorcé par le cessez-le-feu permanent de l’ETA, mais elle "va dans la bonne direction", a-t-il ajouté sur Radio Euskadi. Arnaldo Otegi a souhaité que cette même disposition au dialogue soit affirmée par le Parti Socialiste de la Navarre. "Il s’agit d’un pas très important qui aurait dû être fait depuis longtemps. Cela dit, nous le recevons avec satisfaction, dans la mesure où il représente un engagement du PSE dans le processus et le dialogue politique. Nous souhaitons que cet engagement soit prochainement entrepris aussi par le PSN".

Pourtant, le chef des socialistes navarrais, Carlos Chivite, a déclaré que "les conditions pour ouvrir et même pour penser à ouvrir un processus de dialogue avec cette formation (Batasuna) ne sont pas remplies en Navarre". Carlos Chivite, qui selon les rumeurs politiques serait relevé de son poste à l’occasion des élections forales et municipales de 2007, n’étant pas du goût de M. Zapatero, a dit "respecter" la décision du PSE. Côté PSOE, le secrétaire d’organisation, José Blanco, a soutenu hier le chef du PSE affirmant que ses propos relèvent du discours officiel socialiste.

À Bayonne, les membres du bureau de Batasuna pour les provinces du Pays Basque nord, Xabi Larralde, Jean-Claude Agerre, Aurore Martin et Miguel Torre, ont montré leur satisfaction concernant les propos de M. López. Ils ont toutefois relevé des zones d’ombre dans l’actualité politique, dont l’attitude de l’Etat français qui "continue sa politique répressive comme on l’a vu avec les trois arrestations" de mardi. Ils ont souligné également l’affaire des huit dirigeants de Batasuna qui ont dû comparaître hier devant le juge de l’Audience Nationale espagnole Fernando Grande-Marlaska et dont la situation n’était pas connue au moment de boucler cette édition. Les quatre premiers devaient comparaître hier après-midi, alors qu’aujourd’hui sont convoqués les quatre restants. Selon les dernières informations, le magistrat devrait prendre "une décision pour l’ensemble" des dirigeants aujourd’hui. Hier, le procureur n’a requis aucune peine estimant qu’il n’y avait pas de délit.

Appel aux partis

Dans la conférence de presse de Bayonne, les membres de Batasuna ont réclamé l’abrogation de la loi sur les partis politiques qui a servi pour interdire cette formation et qui est à l’origine de la comparution d’hier. Ils ont rappelé dans ce sens la réflexion que sur cette question a lancée le secrétaire du PSE lors de l’entretien de mardi soir : "Les juges devraient agir à la lumière de la nouvelle situation que l’on vit dans ce pays", a déclaré Patxi López en rappelant l’article du Code Civil espagnol selon lequel les magistrats doivent interpréter les lois en fonction du contexte social.

Pour le parti de la gauche abertzale, la meilleure façon de répondre à ces "provocations" est de "mettre en place le plus vite possible la table de dialogue multipartite" Dans ce sens, Xabi Larralde, l’un des interlocuteurs désignés par Batasuna pour le représenter, a lancé un appel "au PSF" et au reste des partis politiques du Pays Basque nord à "prendre le même engagement du PSE" en faveur d’un processus de dialogue politique.

J.L. Zapatero : "ne pas rater l’occasion"

Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, a affirmé hier à la chambre des députés que la "difficulté du processus de paix au Pays Basque n’empêcherait pas le début du dialogue politique", en référence à la mise en place de la table de dialogue des partis politiques.

"Parvenir à mettre un terme à la violence sera une tâche difficile mais cela ne va pas empêcher que le dialogue politique commence" a dit le leader socialiste espagnol au second jour du débat annuel de politique générale, dit débat sur l’État de la Nation. Le chef du gouvernement a averti que la "difficulté" du processus allait en revanche "conditionner les attentes pour ce dialogue, qui va exiger du temps, du bon sens, de la prudence et une sincérité maximale de la part de tous".

Par consensus entre le gouvernement et le premier parti de l’opposition, la formation de droite menée par Mariano Rajoy, la question du processus de paix au Pays Basque a été laissée de côté. Mardi, lors de la première session, M. Zapatero y a fait allusion moins d’une minute, tout comme le chef du PP, qui n’a pas non plus lancé de discussion sur ce sujet.

Hier, seuls les partis abertzale représentés au Congrès, PNV, EA et la coalition navarraise Nafarroa Bai, ont utilisé leurs minutes d’intervention pour rentrer dans le vif du sujet. Les trois ont montré leur soutien à l’ouverture d’un dialogue entre le gouvernement et l’ETA mais ils ont critiqué "les formes" employées par le chef du gouvernement pour réaliser des annonces sur cette question. Ils ont reproché entre autres "erreurs" le fait que le président espagnol ait avancé lors d’un meeting socialiste son intention de commencer en ce mois de juin les pourparlers avec l’organisation armée.

Le chef du gouvernement espagnol n’a pas souhaité donner beaucoup plus d’explications et a préféré insister sur cette idée : "Il s’agit d’une occasion qui ne s’est jamais présentée en démocratie avec une aussi grande marge de possibilités. Ce serait une erreur de la rater".


 
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