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Le JPB > Sujet à la une 2006-05-10
Agir contre une loi "consommatrice d’individus"
·Le collectif "Uni(e)s contre l’immigration jetable" appelle à manifester samedi (16h30) contre la loi Sarkozy

Le collectif Uni(e)s contre l’immigration jetable créé à Paris pour s’opposer au projet de loi sur l’immigration préconisé par le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a été "recréé" en Pays Basque. Cette plate-forme, présentée hier devant la presse, a appelé à une manifestation samedi à 16h30 en partance de la place de la mairie de Bayonne dans le cadre d’une vaste mobilisation à caractère hexagonal soutenue par près de 460 associations et organisations sociales. À cette occasion une pétition pour le retrait du projet pourra être signée.

Au nom du collectif basque, "composé de différentes associations, mais surtout de libres citoyens", Christophe Piedra, membre de la CIMADE, a souligné que cette réforme de la loi constitue "une nouvelle attaque à l’encontre des droits fondamentaux des étrangers" installés dans l’hexagone. "Rien à ce jour ne justifie une telle réforme puisqu’une loi déjà plus restrictive a été adoptée en novembre 2003 et qu’aucun bilan n’en a été tiré", exprime la plate-forme.

Loin de proposer des réponses à la question de l’immigration, cette loi "n’apportera qu’un lot supplémentaire de drames humains en supprimant la régularisation au bout de dix ans de présence sur le territoire français, en donnant au préfet et sur l’avis du maire la possibilité de renouveler ou non la carte de résidence de dix ans, en créant un concept de bonne intégration républicaine, en durcissant les conditions pour bénéficier du regroupement familial, en rallongeant les délais de vie commune entre couples pour bénéficier d’une carte de séjour, en mettant en concurrence les étrangers par le principe d’immigration contre l’immigration subie et par la création d’une carte compétences et talents, en précarisant les travailleurs étrangers, en liant la durée du travail à la durée des séjours, les exposant ainsi aux abus possibles de la part de leurs employeurs, en instituant enfin un climat social dangereux par la mise en concurrence directe entre travailleurs nationaux et travailleurs étrangers".

"Perspective utilitariste"

Ce projet s’inscrit "délibérément dans une perspective utilitariste", estime le collectif: "ne sera acceptable en France que l’étranger perçu comme rentable pour son économie. Ainsi, ni sa personne ni sa situation personnelle ne lui conféreront désormais des droits, au point que les régularisations deviendront quasi-impossibles". Le collectif créé en Pays Basque rejette catégoriquement ce projet de Nicolas Sarkozy et prévient les citoyens des "dangers de cette loi porteuse de valeurs consommatrices d’individus".

Se mobiliser est indispensable pour stopper la loi, parce que même si le ministre de l’intérieur a déclaré être prêt à des éventuelles modifications, "des bons amendements ne peuvent pas modifier de mauvaises lois", selon Jean-Pierre Voisin, responsable de la Ligue des droits de l’Homme en Pays Basque. La philosophie de cette loi "tourne le dos aux valeurs de droit de l’Homme dont traditionnellement la France se dit patrie. On peut se demander si désormais on peut utiliser le présent", a ajouté M. Voisin, pour qui ce projet de loi s’inscrit dans une démarche politique globale du gouvernement de droite.

Alors que pour Jean-Marc Abadie, d’Abertzaleen Batasuna, il s’agit d’une question qui touche directement l’Etat. "La France a un grave problème depuis longtemps: elle a mal à ses différences. Quand on voit comment sont traités les handicapés, par exemple il manque 8000 places pour les enfants autistes en France; quand on voit comment sont traités les Basques, et on est très bien placés pour le savoir... Maintenant il s’agit de la même chose avec les immigrés: la France a un problème avec ses minorités". Selon Jean-Marc Abadie, M. Sarkozy a oublié "d’où il vient".

Selon Michel Bernadet, d’AC!, la question n’est pas de savoir d’où il vient, mais où il veut aller. La réponse, l’Elysée. "Selon l’Ined (Institut National Etudes Démographiques), l’immigration en France est stable depuis dix ans. Donc, que personne ne s’y trompe. Derrière cette loi, il y a des ambitions politiques précises, il y a une volonté de captation d’un certain électorat qui ne fait que renforcer les partis du style du Front National".

L’arbitraire absolu

"C’est l’ouverture vers l’arbitraire absolu" a souligné Michel Berger, représentant du Comité de défense des Droits de l’Homme en Pays Basque. "On ne sait pas quels seront les critères pour refuser à quelqu’un le droit d’exister et de vivre en France. Ce qui rappelle pour certains l’eugénisme" . "Il y a 70 ans on a stigmatisé une population source de tous les maux", a ajouté la verte Marie Félices pour qui cette loi masque le problème. "On va parler de ces étrangers qui nous reprennent le boulot, alors que la réalité nous montre que l’on a besoin des immigrés. C’est un faux problème que de rejeter la faute du chômage sur ces gens-là", dit-elle espérant qu’une autre population ne soit pas stigmatisée 70 ans après.

Stigmatisation mais aussi contrôle social, selon Nathalie Vallès, de Batasuna, qui souligne que "l’appréciation du respect des valeurs républicaines sera laissée aux préfets". Les conséquences pour les travailleurs immigrés seront lourdes, même pour ceux en situation régulière: "le jour où ils auront à défendre leur droit au travail ou leur salaire, le patron pourra arguer au maire du non-respect des valeurs républicaines. C’est de la main-d’oeuvre à la merci des patrons", estime Nathalie Vallès tout en ajoutant que la "loi la plus proche est la Ley de peligrosidad social [loi de dangerosité sociale]" mise en place par la dictature franquiste.

Une loi d’immigration dangereuse qui va "augmenter la précarité", selon Lontzi Amado-Borthayre, du syndicat LAB, parce que "beaucoup d’étrangers vont être forcés de travailler au black, alors que ceux qui auront le permis de travail accepteront n’importe quelles conditions de travail pour pouvoir rester".

Une loi dangereuse aussi pour les pays sous-développés, parce qu’elle établit une nouvelle forme de "pillage, celui de la matière grise" selon Daniel Maisonave de la CGT. "Alors que l’on a tout pillé dans ces pays, la France capitaliste va à la chasse aux diplômés qui sont nécessaires pour sortir ces pays de la misère".

Des motifs suffisants pour essayer de stopper le projet de loi, estiment les membres de la plate-forme qui donnent rendez-vous samedi à 16h30 à la place de la mairie de Bayonne.



"La communauté maghrébine est en train d’ouvrir les yeux"
"La communauté d’immigrés maghrébins de Bayonne est en train d’ouvrir les yeux", lance Ahmed Moufek, membre de plusieurs organisations sociales dont AC! ou l’association des Musulmans de la Côte Basque. Face à la possibilité que n’importe quel étranger ayant une carte de résidence puisse être expulsé, la communauté maghrébine, quelque 400 familles, est prête à se mobiliser.

"Un père de famille résidant en France depuis 20 ans peut être parfaitement expulsable. Imaginons tout simplement que l’entreprise où il travaille ferme et qu’il se retrouve au chômage", explique Ahmed Moufek.

Lui, est aussi un immigré d’origine algérienne, "citoyen du monde" précise-t-il. Arrivé à l’époque où la loi sur le regroupement familial favorisait la venue des enfants des étrangers travaillant en territoire français. "Mon père, il travaillait en Lorraine, dans la sidérurgie. Il a aidé à la reconstruction de la France", rappelle-t-il en évoquant le plan de rapatriement des travailleurs maghrébins mis en place dans les années 80. "Ceux qui ont rendu leur carte de résidence ont obtenu 10 000 francs et sont retournés dans leurs pays d’origine. Mais il n’y a pas eu de projet d’accompagnement, rien. Aujourd’hui on les exploite et on ne leur donne rien".

Ahmed Moufek a dû s’intégrer en tant qu’étranger, en tant que handicapé ‹il est atteint de la polio‹, en tant qu’immigré handicapé, et maintenant il ne veut plus qu’on lui parle d’intégration, "mot banni ; tu vis, tu ne t’intègres pas". Lorsqu’il a été naturalisé Français, il a dû répondre à un questionnaire des RG. "C’était à l’époque de la [première] Guerre du Golfe. Ils m’ont même interrogé sur ce conflit. Mais, ce qui m’a blessé c’est qu’ils m’ont fait monter au deuxième étage", évoque-t-il en regardant son fauteuil roulant.


 
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