Les socialistes basques pour un référendum sur le département
·À l’exception de Jean Espilondo, les conseillers généraux PS se disent prêts à soutenir l’initiative de Batera
La question n’a pas encore été débattue au sein du groupe socialiste du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques, mais elle fait débat. C’est d’ailleurs la Fédération des Pyrénées-Atlantiques qui décidera de l’attitude que devront prendre les conseillers généraux, selon Georges Labazée, président du groupe socialiste au Parlement de Navarre, qui assure que son point de vue sur la question sera calqué sur celle de la Fédération. Raison pour laquelle il ne souhaite pas prendre position sur la question jusqu’au lendemain de la réunion de la Fédération. Réunion dont la date n’est pas encore fixée, mais qui se tiendra "dans les deux à trois semaines" selon Pierre Cherret, premier secrétaire de la Fédération du Parti Socialiste des Pyrénées-Atlantiques.Mais pour l’heure, les socialistes du Pays Basque se positionnent sans attendre la décision de la Fédération. Si la question du département Pays Basque divise les socialistes basques, l’attitude face à la demande de Batera de réaliser un référendum est plus consensuelle, sans être pour autant unanime. Indépendamment de leur opinion sur la création ou pas d’un département Pays Basque, la majorité des socialistes basques sont pour qu’un référendum ait bien lieu. Ainsi, sur les cinq conseillers généraux PS du Pays Basque, 4 sont pour le référendum : François Maitia, Monique Larran-Lange, Jérôme Aguerre et Christophe Martin. Une position également soutenue par Pierre Lalanne secrétaire de la section de Bayonne, la plus importante du Pays Basque. Un fait qui est loin d’être négligeable, ces deux derniers étant pour la tenue de la consultation pour une question de démocratie participative à laquelle ils adhèrent pleinement, même s’ils sont hostiles à la création d’un département Pays Basque. Plus encore, ils se disent prêts à signer la pétition afin que cette consultation ait lieu.
"Pas d’objection"
"Je dissocie la question du département de la demande de référendum" prévient-il. "Sur la consultation, c’est une démarche qui rentre dans le cadre de la démocratie participative" dit-il avant de rappeler que c’est Lionel Jospin qui a mis en place cette loi. "Moi je n’ai jamais eu peur des consultations démocratiques qui demandent aux gens de se positionner" affirme l’adjoint au maire boucalais. "Je n’ai donc pas d’objection pour que cette consultation ait lieu, si elle se fait avec toute la rigueur". Christophe Martin assure même qu’il est prêt à signer la pétition pour que cette question avance. "Je porterai ma signature, même si je ne suis pas favorable à la création d’un département". "Je pense que l’on ne peut pas être contre une consultation, même si je crains que le débat des législatives ne tourne autour de cette question, alors que d’autres questions sont plus urgentes" dit-il.
"Les électeurs de gauche ne comprendraient pas"
Pour Jérôme Aguerre, la question ne se pose pas. "Nous sommes pour la démocratie participative et ce serait un contresens que l’on se positionne contre la tenue d’un référendum" dit-il. "Les électeurs de gauche ne comprendraient pas notre opposition" précise-t-il. "Nous n’avons pas peur du débat, ni du résultat" souligne le conseiller général de Bayonne Ouest. Jérôme Aguerre se dit également prêt à signer la pétition afin que la consultation ait lieu.La décision que prendra la direction du Parti Socialiste est loin d’être neutre dans cette question. Si en plus de l’abertzale Jean-Michel Galant et de Jean-Pierre Destrade (divers gauche), une demi-douzaine de conseillers généraux UDF-UMP se sont déclarés favorables à la création d’un département Pays Basque, et donc ne seraient pas hostiles à la tenue d’un référendum, en théorie, l’appui du groupe socialiste (21 membres sur 52) suffirait pour renverser la majorité du président du Conseil Général opposé à la tenue de cette consultation. En théorie, puisque du côté béarnais, la question ne semble pas faire débat, en tout cas aussi fortement qu’en Pays Basque. Les conseillers généraux béarnais, comme André Duchateau qui voit difficilement la tenue d’un référendum sur une question dont les électeurs se contrefichent, estiment que leurs électeurs ne se posent nullement la question. Néanmoins, et comme son chef de file Georges Labazée, la décision de la direction devrait guider leur attitude. Autre variante à prendre en compte, des élus comme Vincent Bru (UDF) ou Daniel Poulou (UMP) autrefois favorables à la création d’un département Pays Basque, battent en retraite sur cette question. Ainsi Vincent Bru, conseiller général d’Espelette s’en réfère à la position du Préfet Marc Cabane, qui a estimé que le Conseil Général ne pouvait pas organiser un référendum sur sa scission. Après avoir constaté "le blocage" des gouvernements successifs sur la question, Vincent Bru affirme préférer s’investir sur d’autres volets de la question territoriale, dont la langue basque. Et même si la direction du Parti Socialiste prenait une décision favorable au référendum, reste à savoir quelle attitude prendrait un conseiller général comme Jean Espilondo opposé à cette question.
Lettre à Nicolas Sarkozy
À ce stade de la discussion, alors que le conseil fédéral ne s’est pas encore positionné, Jean Espilondo conseiller général PS d’Anglet Nord ne cache pas son opposition à la réalisation d’un référendum sur la création d’un département Pays Basque, création que par ailleurs, il désapprouve totalement. L’élu angloy se joint à la position du Préfet, considérant que la tenue d’une telle consultation ne serait pas du ressort de la loi. Mais afin d’éclaircir le débat juridique et les différentes interprétations des promoteurs de l’initiative et de ses détracteurs, Jean Espilondo compte écrire au Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy afin qu’il tranche la discussion. Il compte demander aux députés socialistes du département David Abib et Martine Lignières-Cassou de s’adresser également au Ministre de l’Intérieur afin qu’une réponse soit apportée.Mais au-delà de la question du référendum, l’ancien député socialiste de la Ve circonscription des Pyrénées-Atlantiques s’en prend même à l’initiative de Batera, qualifiant ses promoteurs "d’irresponsables" pour avoir lancé une telle campagne à la veille "d’élections nationales importantissimes". "Il y a un temps pour tout. Que la question soit débattue à la veille d’élections locales, et notamment cantonales, pourquoi pas, mais vouloir détourner le débat gauche/droite qui doit s’engager lors des présidentielles et législatives vers une question plus que mineure, qui n’intéresse personne, relève de l’irresponsabilité" estime l’élu angloy, qui soutient que jamais cette question ne lui est évoquée par ces électeurs. Même si 46 000 signatures étaient obtenues, Jean Espilondo estime que cela ne démontrerait pas la volonté des citoyens pour qu’une consultation populaire ait lieu, d’autres questions étant prioritaires, comme l’emploi et le logement "que l’obtention d’un département ne résoudra pas" souligne-t-il. Par ailleurs, il avertit que dorénavant il n’évoquera plus la question du département Pays Basque, afin de ne pas contribuer à ce qu’il considère comme un "détournement".
Rencontres du PSE et du PS 64
La décision sur l’attitude que le Parti Socialiste prendra par rapport au soutien ou pas d’un référendum sur la question d’un département Pays Basque sera prise lors d’un prochain Conseil Fédéral qui aura lieu à la mi-mai.Pierre Chéret, premier secrétaire de la Fédération du Parti Socialiste des Pyrénées-Atlantiques compte au préalable s’entretenir avec le président du Parti Socialiste d’Euskadi, Jesus Eguiguren, comme il l’a d’ailleurs fait trois jours avant l’annonce du cessez-le-feu permanent de l’ETA. "À titre personnel, je fais partie de ceux qui souhaitent préserver l’unité du département tout en prenant en compte la diversité culturelle de ses territoires, diversité qui donne du sens à chacun des territoires et aux gens qui y vivent" explique-t-il à titre d’introduction. "La création d’un département Pays Basque est un sujet qui est en débat depuis maintes années, mais qui n’a jamais été tranché" rappelle-t-il, avant de dissocier la question de l’opinion sur la création de l’institution, de la consultation. "Après la trêve de l’ETA et la rencontre que j’ai eue avec le PSOE, un Conseil Fédéral, parlement des socialistes du département, prendra une position par rapport au référendum, dans un délai de 15 jours à trois semaines" annonce-t-il. Le premier secrétaire se dit "très partagé" assurant qu’il reçoit les arguments des uns et des autres. "Mais ce sera oui ou non, on ne tournera pas autour du pot" ajoute-t-il. La rencontre a eu lieu 3 jours avant l’annonce de la trêve de l’ETA au siège du PSOE à Saint-Sébastien, où Jesus Eguiguren président du PS d’Euskadi lui a annoncé que "quelque chose allait se passer" dans les jours suivant la rencontre. Une rencontre qualifiée de "très intéressante" par Pierre Cherret, dans laquelle son homologue basque lui a expliqué la situation politique en Euskadi et la démarche entreprise afin de dépasser la situation de violence. Pierre Cherret annonce une prochaine réunion dans les jours prochains avec Jesus Eguiguren et précise que la question du référendum sera abordée avec le président du PSE. "Je prendrai l’avis du PSOE d’Euskadi, mais je tiens à assurer que le Parti socialiste français ne se mettra pas en travers du travail historique et déterminant que le PSOE est en train de réaliser pour la Paix" apprécie-t-il.
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