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Biltzar 2006, bon cru pour l’édition en Pays basque
En ce lundi Pascal, le Biltzar de Sare a fait le plein. On attendait hier un record de fréquentation. Il faut dire que la production est en hausse et que les auteurs sont plus nombreux au rendez-vous de l’édition
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Ce bon vieux curé Axular serait sans doute fier comme un pape de constater que son unique ouvrage est cité plus de trois siècles après, comme socle d’une tradition littéraire à Sare. Mais côté constatation, nul besoin d’en appeler à l’auteur de Guero pour s’accorder sur le succès de cette vingt-troisième édition du Biltzar des écrivains de Sare. Côté fierté, du reste, elle est assumée par le fondateur du Biltzar, Jean-Michel Garat, qui se réjouit du succès croissant de la manifestation et rappelle vingt-trois ans après, que les maisons d’édition lui avaient promis que la manifestation "se casserait la gueule".Enfin, côté curé, pour rester dans la référence d’Axular, le père Piarres Xarriton a été honoré hier du prix du Biltzar avec Claude Dendaletche (lire ci-dessous).C’est donc avec une pensée pour ce curé de village du XVIIe siècle que le Biltzar a tenu hier ses promesses.Jean-Michel Garat attendait même davantage de monde que les années précédentes en annonçant dès le matin un "bon cru". Soit plus d’un millier de visiteurs, ce qui n’arrive pas tous les jours dans le monde du livre. Il faut dire que le baromètre de l’édition en Pays Basque est au beau fixe.Selon le fondateur du Biltzar, cette année a vu une augmentation des parutions de 20% des livres qui intéressent le Biltzar, c’est-à-dire en lien avec le Pays Basque. Et toujours, sur cette production, la même représentation de livres en euskara, soit un tiers des ouvrages.Un autre indice confirme la vitalité de la manifestation. La "forte participation" des écrivains.Cette année, on a dépassé les 120 auteurs présents à Sare et Jean-Michel Garat précise que la plupart se sont inscrits "deux mois avant".Par ailleurs, une dizaine d’ouvrages sont sortis "pour le Biltzar" et plusieurs écrivains procédaient à leur première signature, "cerise sur le gâteau" selon la formule de Jean-Michel Garat. On regrettera néanmoins que dans ce registre, Patrick Pépin, modérateur à France Culture, ancien directeur de l’école de journalisme de Lille et ancien journaliste à France Bleu Pays Basque, ait raté le rendez-vous avec ses Histoires intimes de la guerre d’Espagne - 1936-2006 - la mémoire des vaincus.Mais si le livre sortira dans quelques jours, Patrick Pépin était présent et les ouvrages historiques retraçant la guerre d’Espagne étaient légion sur la cinquantaine de stands présents en ce lundi pascal. En fil rouge pour relier les différents stands, la forte participation d’auteurs et la convivialité."Les auteurs sont contents de se retrouver" relevait hier Jean-Michel Garat, attribuant même ce succès à cette "très forte participation d’auteurs" et leur présence "sans falbala", à la "bonne franquette".Il est vrai que l’ambiance était au beau fixe dans la salle polyvalente de Sare, préservée du petit crachin de la matinée et de tout sens de la compétitivité.On n’est pas sur un marché et les discussions tous azimuts mettent tout le monde sur un même piédestal. Le même livre peut être présenté sur plusieurs stands, la même maison d’édition confier ses ¦uvres à d’autres.Aux côtés du stand imposant d’Elkar, un homme seul présente une dizaine de ses ouvrages.Il est vrai que Xipri Arbelbide est prolifique et représente à lui seul une institution au Pays Basque nord. Au total, une vingtaine de maisons d’édition et une trentaine d’associations, sans compter les nombreuses revues, depuis celle des Amis du Musée basque à la revue soutenue par la Région Aquitaine, le Festin, en passant par Jakilea ("le témoin) du Comité des droits de l’Homme du Pays Basque ou la revue d’études Ekaina de la Société des sciences lettres et arts de Bayonne. Au jeu de la représentativité néanmoins, ce sont les deux maisons d’édition Elkar et Atlantica qui se taillaient la part du lion.Au stand de la première, on trouvait également des productions discographiques, et un stock de cassettes audio à 1 euro.À liquider.Mais ce qui s’arrachait comme des petits pains, c’était Le problème basque en vingt questions, tout dernier ouvrage de Jean-Louis Davant, genre de Que sais-je ou d’ouvrage pédagogique sur la fameuse question basque désormais vulgarisée. Pour le responsable du stand d’Elkar, Peio Duhalt, "ce livre répond à un besoin" (lire aussi le JPB du 13 avril). Le temps de le dire, et un ouvrage supplémentaire était vendu. D’emblée, la conférence-débat que Jean-Louis Davant propose le 22 avril à 16h à la librairie Elkar s’annonce bien. L’autre livre qui s’arrachait sur le même stand était celui d’Éric Mailharrancin, Le refuge d’Iparla (Le JPB du 15 avril).Mais outre les nouveautés, la maison d’édition basque présentait aussi "quelques fiertés", dont l’ouvrage de l’association Lauburu (également présente un peu plus loin) sur Les Stèles discoidales et l’art funéraire en Pays Basqueou celui de Gisèle Lougarot Dans l’ombre des passeurs, ou encore les remarquables Pays Basque terre et gens et Histoire générale du Pays Basque. "On sait que les gens qui viennent à Sare sont intéressés par les nouveautés et par ce qui parle du Pays Basque" confirme Peio Duhalt. Même topo dans le stand très fourni des Éditions Atlantica, où les nouveautés s’arrachent comme les ouvrages historiques.Ganix de Macaye - le contrebandier du roi, de Gracianne Hastoy y fait bonne figure aux côtés du deuxième ouvrage d’Axel Brücker publié par Atlantica, intitulé La promesse de vente - Aiten etxea.Sur le stand, Sylvaine Vergez explique que les huit cents ouvrages présentés correspondent à "toute l’édition sur le Pays Basque"."À Sare, les gens sont intéressés par l’histoire" explique-t-elle, jusqu’à des ouvrages "pointus" comme les Études sur les anciennes embouchures de l’Adour, réédition d’un ouvrage de 1876 d’Henry Poydenot.Pas étonnant dès lors de voir l’album illustré Autrefois Sare partir comme des petits pains puisqu’il figure simultanément au chapitre historique, des nouveautés et du village d’Axular.Du reste, une exposition de photos inédites de portraits de Saratar dans les années 30 met déjà les lecteurs en appétit dès l’entrée dans la salle polyvalente (lire aussi par ailleurs). Mais l’attraction principale de la manifestation restait les écrivains et les rencontres qu’ils suscitaient."Tout le monde a quelque chose à dire et les écrivains parlent beaucoup" résumait le responsable des éditions associatives Maiatz, Lucien Etxezaharreta.D’un stand à l’autre, visites de courtoisie ou retrouvailles jetaient les bases de cette fameuse convivialité, prisée à Sare dans le petit monde de l’édition, où l’illustratrice côtoie l’écrivain et la traductrice. Seul sujet électrique qui courrait le long des allées, la présence de Peio Serbielle à quelques mètres de Gracianne Hastoy et de Jean Chalvidant.Mais les auteurs de l’ouvrage controversé Mikel et Soledad dans lequel le chanteur basque s’est reconnu au rang d’hébergeur de membres de l’ETA, ne présentaient pas cet ouvrage pourtant récent. Xarriton et Dendaletche honorés à sare
Piarres Xarriton et Claude Dendaletche ont été honorés hier par le Biltzar, selon une formule bien rôdée mais qui n’a lieu que tous les deux ans. Claude Dendaletche, montagnard infatigable, auteur de nombreux livres sur la nature ou les montagnes basques et le fameux L’archipel basque, également à l’honneur du Biltzar, a donc sobrement escaladé l’estrade pour y déclarer que la "recherche sur l’espace basque n’est pas terminée".En parallèle, il a évoqué "le livre" comme "bon point de rencontre" mais prévenu que "vouloir illustrer l’espace basque est un concept futuriste".Un message pour l’avenir qu’il a expliqué en évoquant "la vie dans l’espace basque" comme "porteur de projets", toujours en allusion à L’archipel basque. Et d’en déduire une "longue vie au Biltzar" qui a fait l’unanimité.De son côté, Piarres Xarriton s’est emballé, à son habitude.Ce docteur en théologie, âgé aujourd’hui de 85 ans, a dénoncé "des écrits bloqués à Paris.Un hommage à Lafitte, son "père spirituel" écrit par Eyt, un "copain béarnais qui voulait préfacer son livre avec le cardinal Roger Etchegaray". Mais voilà que l’Église officielle mettrait un frein à cette publication, ce qui ne manque pas de mettre Piarres Xarriton, qui portait soutane dès l’âge de 16 ans, dans une posture menaçante."Rien de bon ne vient de Paris" a-t-il prêché en évoquant la possibilité de faire une grève de la faim "comme Jean Lassalle".C’est un tempérament qu’a salué le Biltzar hier, et une pensée construite autour de la religion et du Pays Basque.
Serbielle Et Bordaxar ont des projets
Le chanteur basque Peio Serbielle était en bonne place au Biltzar de Sare.Il tenait stand aux côtés du chanteur souletin Jean Bordaxar et les deux hommes présentaient ensemble leurs derniers disques.Dans la foulée de leurs productions, les deux chanteurs ont évoqué leurs projets.Le premier à Biarritz le 26 octobre pour une journée sur le thème du Tibet et du Pays Basque.Le second à Mauléon le 28 octobre pour un spectacle de type pastorale sur le principe d’une "porte ouverte" avec 80 danseurs chanteurs et musiciens.
Des gueules d’un autre temps pour identification
Le Biltzar de Sare fait aussi la part belle à d’autres formes d’expression comme la sculpture, la peinture, la photographie. Cette année, le Biltzar présentait une série de clichés du village de Sare de 1936 à 1939. Ou plutôt une série de portraits, témoignage exceptionnel de Jexux Elosegi, resté en sommeil pendant 70 ans. Des gueules d’un autre temps qui finissent par émouvoir, avec une simple évocation du temps passé et les scènes de vie que l’on peut imaginer autour d’un simple visage. Une collection prêtée par la société des sciences Aranzadi de Donostia et l’archive des bénédictins de Lazko à des fins d’identification.Sous chapiteau, devant la salle polyvalente, étaient également présentés plusieurs travaux du photo club hendayais, de l’association Begiradak, Hiriburuko Aihnara Begirada de Saint-Palais, ou l’association Argian de Garazi.
Pour de nouvelles cartes postales en Pays Basque
R.R.
Parmi ces livres qui parlent du Pays Basque et qu’affectionnent particulièrement les exposants du Biltzar, on trouve les ouvrages les plus spécialisés ou les plus généralistes, et les éternelles représentations d’un Pays Basque de carte postale, façon La maison basque de Christian Aguerre. Sur ce thème strict de la carte postale, une autre auteure a eu une idée, cette fois en peinture. Hier, Zoé Bray était la seule à présenter un livre sous le chapiteau qui faisait face à la salle polyvalente. Il faut dire que l’auteure de Living Boundaries, sujet d’une thèse d’ethnologie sur la baie de Txingudi et son caractère transfrontalier, est aussi peintre, "pour se défouler" entre deux études. En marge de ses grands portraits, de personnages parfois reconnus du paysage culturel basque, elle présentait d’authentiques cartes postales peintes dans un registre un peu naïf, montrant cette fois un autre Pays Basque. Les Démos sur la voix ferrée, les manifestations contre la 2X2 voies autour d’une voiture immobile et symbolique, le passage de la Korrika, mais aussi des parties de pelote, les fêtes de Bayonne, jusqu’à cette scène d’un bain à Ostabat, qu’elle désespère de vendre mais qui lui rappelle son enfance. Un autre visage du Pays Basque, celui qui illustre l’actualité plus que l’image commune de la maison labourdine et de ses espaces verts alentours où broutent les brebis. Marrant puisque sa mère, Josette Dacosta qui donne son nom à la galerie de Saint-Jean-Pied-de-Port, présentait pour sa part des toiles abstraites inspirées de la maison basque, cette fois dans la salle polyvalente. Encore un exercice de déconstruction de l’image d’Épinal, livrée au sein de l’association Itzal Aktiboa, qui se livre à un "exercice difficile". De l’aveu de Nicolas Bray, il s’agit cette fois de "remuer les esprits" grâce à l’art contemporain. Le monde onirique de Gonzalo Etxebarria, les scènes de tauromachie de Félix Anaut, les sculptures de Iñaki Olazabal y contribuent allégrement.
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