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Le JPB > L'opinion > La parole à 2006-04-18
Martine BISAUTA / Les Verts
Je suis partout... par le Petit Nicolas !

Les heures récentes qui viennent de s’écouler nous ont donné l’occasion de vivre la plus grande pantalonnade qu’il soit permis d’imaginer !

Au plus haut sommet de ce qu’il reste de l’Etat, on s’est acharné avec une remarquable constance à dépecer l’ordre constitutionnel, comme s’il appartenait au reste des troupes dites gaullistes de tuer une fois pour toutes l’¦uvre de Mon Général. Que reste-il aujourd’hui des institutions de la Ve République?

Pendant des semaines, le spectacle qu’il nous a été possible d’apprécier peut se résumer à une lutte au couteau entre deux olibrius qui n’ont en tête qu’un objectif, investir le Palais de l’Elysée en 2007. Que personne ne tente de nous faire croire que le contrat de travail spécial jeunes, présentait un quelconque intérêt pour l’emploi. Même les organisations patronales ont montré le peu d’envie que suscitait chez elles, ce drôle de projet qui n’avait d’autre but que de conforter le Galouzeau dans sa course terrible contre le Petit Nicolas.

Et ce fut, un feu d’artifices. Galouzeau de Villepin plus rigide que jamais assura que le renoncement n’était pas d’actualité et que tel Bonaparte sur le Pont d’Arcole il conduirait ses troupes vers la victoire. Exalté, il employa des termes dont seuls les machos ont le secret, et qui, il faut le souligner, détonnent légèrement avec l’élégance du personnage. On l’avait un peu jugé ici en Pays Basque quand en 2004, il nous avait gratifiés d’une des plus tristes visites ministérielles qu’on ait eu l’occasion de voir. Même l’Irouléguy qui lui fut donné de connaître ne l’avait déridé. Et rares sont quand même ceux qui ne se marrent pas un tout petit peu sous nos conviviales latitudes. Ce type peut vous transformer les Fêtes de Bayonne en une sorte de requiem ! Là où on a eu de la chance, c’est que nulle exaltation n’est venue sur le moment le surprendre : imaginez-le, debout sur l’échauguette voulant bouter les Anglais hors de la capitale labourdine !

De l’autre côté de la barre, était le Petit Nicolas, vous savez cette sorte de nabot sur pile, qui fait polyvalent dans ce gouvernement à bout de souffle.

Appelé en renfort à Arcole, il ne s’en sentait pas trop le bougre, dans l’épopée en marche il ne se voyait pas devenir roi de Rome, ses ambitions sont ailleurs et depuis longtemps. Et là le dilemme fut cornélien, rigolez pas c’est de la tragédie à l’antique. Ne pas soutenir, Galouzeau et laisser la chienlit s’installer dans le pays, était impossible à celui qui au principal est le ministre de l’ordre. Permettre à l’agité de Matignon de gagner la bataille était tout aussi impossible, puisque cela revenait à l’adouber comme le premier des présidentiables de droite. Il fallut donc ruser, et le détail horrible c’est que cela s’est vu quand même un petit peu.

Solidaire le matin, avec son Premier de l’équipe, le Petit Nicolas, ne pouvait s’empêcher le soir de lui planter une lame acérée dans le dos! Un jour il disait tout le bien qu’il pensait du CPE, conforme en tout point avec sa théorie de rupture, avec en arrière-pensée l’idée que si ça passait, valait mieux être du bon côté. Et puis, nous sommes une majorité homogène et en ordre de marche. Version 1. Aussitôt la version 2 pointe son nez : ce truc est une connerie, faut stopper tout cela, il faut avant tout négocier (un mot que l’autre ne voulait pas entendre), et de téléphoner en loucedé aux syndicats pour leur dire toutes les horreurs possibles sur ce fada de Villepin. Les confédérations ont maintenant une réserve de rigolade pour plusieurs années !

Ce que l’on a peiné à voir venir, c’est une solution. Jusqu’à ce soir du 31 mars, où l’encore président de la République a parlé au pays. Lunetté, appliqué à lire un texte dont chaque mot fut pesé, il délivra une recette qui en laissa un paquet pantois ! La déclaration à peine terminée les portables de tous les responsables syndicaux, ici comme ailleurs ont connu une surchauffe historique : quesquiladit ?? On ne sait pas, il promulgue la loi, il est interdit de l’appliquer, il en fait une autre bientôt, dont il a donné tous les éléments mais sur laquelle il demande de négocier. Tu n’as pas de l’aspirine par hasard ? Le regret fut aussitôt immense que cette inénarrable prise de position se situa à quelques heures seulement du 1er avril, au moins là, on l’aurait compris notre Président.

Comme si cela ne suffisait pas, il confia l’issue de crise à l’UMP, dont le chef est aussi le polyvalent du gouvernement, pour élaborer un nouveau texte. Mais comme il fallait faire semblant que l’exalté d’Arcole comptait encore un peu, on poursuivit dans le surréalisme le plus total. Si, ici la Constitution n’est pas morte, c’est que jusque-là on n’avait pas bien compris son fonctionnement et la nécessaire séparation des pouvoirs qu’elle instituait entre le législatif et l’exécutif. Un avis de recherche fut aussi lancé: on ne savait plus où était Borloo, pourtant en principe ministre de ces affaires que l’on dit sociales. Et, on tint comme cela jusqu’au 4 avril, car il fallait encore une démonstration de force de la rue, avant que ces marioles ne déposent définitivement les armes. La rue le comprit, ce fut énorme, déterminé, calme et des plus homogène face à ce pouvoir en morceaux.

De toutes choses, même des expériences les plus difficiles, il faut savoir tirer les conséquences dit Galouzeau de Villepin plus impérial que jamais dans la défaite etŠon faillit le croire !

Mais grâce au Béarnais Lassalle, on comprit vite qu’il n’en était rien. Le CPE à peine mort, voilà qu’ils se jettent dans une course au Japonais, de toute beauté, au point que l’élu d’Accous épuisé se voit contraint de signer deux protocoles d’accord : un émanant de Matignon, l’autre de la place Beauvau ! Et de tirer chacun de leur côté des salves de joie, c’est moi qui ai gagnéŠ et nous, on n’a pas le détail horaire pour savoir, quel protocole a été paraphé en premier. Nous voilà bien ennuyés.

Quand je pense qu’il nous reste seulement un an pour profiter de ces duettistes de si grand talent, je me désole un peu. Mais il nous faut suivre avec attention l’affaire "Clearstream", une sombre histoire de listing truqué, destiné à faire plonger le Petit Nicolas. L’enquête se poursuit, à la DGSE, au ministère de la Défense, les bureaux sont perquisitionnés et jusque celui de MAM ! Une première ! Le sel de l’affaire en question, c’est que le Petit Nicolas suspecte fort son principal adversaire d’avoir tiré toutes les ficelles. Si nous en arrivons là, c’est qu’entre la République Française et une république vulgairement bananière, il n’y a vraiment plus aucune différence!


 
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