Le dialogue qu'envisage d'entamer l'exécutif espagnol avec l'ETA, après un délai de vérification de son cessez-le-feu, "n'inclura aucune question politique", a affirmé le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, dans un entretien paru hier. "Les questions politiques seront seulement abordées par les formations politiques", ajoute-t-il dans cette interview publiée par le quotidien El Mundo, dans une allusion aux revendications des nationalistes basques.Ce dialogue concernera seulement les formations "légalisées", précise-t-il en référence au parti interdit, Batasuna, qui selon Madrid devra condamner la violence s'il veut par exemple se présenter aux élections municipales de 2007.
D'après M. Zapatero, un regroupement des détenus de l'ETA dans les prisons basques "n'est pas à l'ordre du jour".
"Cela ne veut pas dire qu'il ne puisse pas y en avoir un, mais actuellement nous en sommes seulement au stade de vérification" du cessez-le-feu permanent annoncé le 22 mars.
"La politique pénitentiaire évoluera en fonction du processus de paix", indique-t-il.
Le regroupement au Pays Basque des membres de l'ETA détenus en Espagne et en France, 680 au total, est une revendication centrale des abertzale.
Concernant des lettres de l'ETA reçues ces derniers jours par des entrepreneurs navarrais, le chef du gouvernement assure que "la première évaluation ne reflète pas d'éléments de gravité".
Le cessez-le-feu de l'ETA fait l'objet d'une surveillance qui donne lieu à un rapport bimensuel au chef du gouvernement central. Sur la base de ces rapports, M. Zapatero espère aller fin mai ou début juin devant le parlement pour solliciter un feu vert à l'ouverture de négociations avec l'ETA. M. Zapatero ne fixe pas de délai plus précis: "Je vais prendre le temps nécessaire pour arriver à la conclusion qu'il existe une forte probabilité que l'ETA soit disposée à abandonner la violence".
Interrogé sur la revendication des indépendantistes basques de la reconnaissance du droit à l'autodétermination, il est catégorique: "c'est un droit qui n'existe sous aucun concept et qui ne fera donc pas partie du débat".
En revanche, "les Basques ont le droit de décider de leur avenir dans un cadre légal comme le feront les Catalans" en se prononçant par référendum en juin sur le statut d'autonomie élargie adopté fin mars par les députés espagnols, souligne-t-il.
M. Zapatero admet avoir eu des conversations avec les Premiers ministres britannique et irlandais, Tony Blair et Bertie Ahern, sur un processus de paix au Pays Basque. "Ils m'ont donné des conseils sur comment mener le processus, sur les erreurs à ne pas commettre" comme par exemple celle consistant à faire de la remise des armes "le grand élément de référence". M. Zapatero, qui célébrait hier ses deux ans au pouvoir, assure que l'annonce de l'ETA sera un moment dont il se souviendra toujours: "Tout le monde avait une sensation de joie, parce qu'une nouvelle étape commençait".