Le 75e anniversaire de l´Aberri Eguna sous le signe de la division
·Malgré un "contexte d’espoir", il n’y aura pas non plus cette année de célébration unitaire
C’est maintenant devenu une tradition pour les partis abertzale de fêter le jour de la patrie basque, l’Aberri Eguna, en ordre dispersé. Dans l’Histoire moderne du Pays Basque, la seule exception à la règle eut lieu durant la période des accords de Lizarra-Garazi, où tous les partis et syndicats abertzale se sont rapprochés les uns des autres, laissant de côté les différences partisanes. La rupture de ces accords a signifié l’éclatement des dynamiques abertzale à caractère unitaire, dont la célébration de l’Aberri Eguna. Depuis, cette journée est marquée par la division et cette année ne sera pas une exception.Le nouveau contexte, notamment créé après l’annonce du cessez-le-feu de l’ETA mais aussi suite à certaines démarches communes telles que l’Accord Démocratique de Base signé par une cinquantaine de partis politiques, formations syndicales et mouvements associatifs amenait à penser que l’Aberri Eguna de cette année pouvait se présenter, si non-unitaire, du moins pas aussi divisé. Pourtant, même si la plupart des acteurs abertzale s’accordent à affirmer que le Pays Basque se trouve dans un "contexte d’espoir", ce "moment historique" ne s’est pas traduit, dans la pratique, par un Aberri Eguna unitaire non partisan.
D’Hasparren à Argantzu
Pour ce 75e anniversaire du premier Aberri Eguna, la seule célébration à caractère unitaire pour ce dimanche de Pâques est née à Hasparren. En effet, "un groupe de militants locaux" se revendiquant d’Abertzaleen Batasuna ou de Batasuna, des membres de Segi, des Démos, des syndicats ELB ou LAB, de l’association pour le soutien au prisonnier Artean, du Gaztetxe comme de l’association Esait, et même sans étiquette, pour lesquels "il est inconcevable que l’Aberri Eguna soit une journée partisane et de division", ont pris la responsabilité d’organiser un événement qui se voulait rassembleur, mais qui n’a pas suscité le soutien explicite des partis. Seul le groupe Matalas a appelé tous ses militants à participer à l’initiative des jeunes Hazpandar. Matalas estime que le Pays Basque a besoin d’une "gauche abertzale nationale", "aujourd’hui plus que jamais" et considère que la démarche d’Hasparren répond à cette philosophie. "Face à la négation que vit Iparralde [le Pays Basque nord] en ce moment, il faut mener une dynamique de travail en commun.Il sera indispensable que, dans un premier temps, toutes les sensibilités abertzale se rassemblent par exemple dans une coordination qui travaille pour une institution spécifique, pour l’euskara, pour les prisonniers, contre la spéculation immobilière ou dans les séances électorales" estime Matalas. Ce groupe rappelle que l’activité armée de l’ETA n’est plus un prétexte pour développer le travail en commun entre abertzale. "Cet Aberri Eguna aurait été le moment d’offrir une jolie photo; tirons des enseignements pour les années à venir", souligne Matalas, qui tout en appelant ses militants à participer aux activités d’Hasparrren fait de même pour ce qui est des rassemblements organisés à midi par Udalbiltza devant les mairies d’Ustaritz, Saint-Jean-Pied-de Port et Mauléon.
Mairies du Pays Basque
L’association d’élus Udalbiltza a appelé à célébrer l’Aberri Eguna de façon unitaire, "en laissant de côté les intérêts partisans", devant les mairies de toutes les communes du Pays Basque. Au nord de la Bidassoa, ces rassemblements auront lieu, en effet, dans les capitales historiques des trois provinces du nord. Une célébration centrale aura lieu à la salle polyvalente Anaitasuna d’Iruñea-Pampelune à 17h.La fondation Udalbide de l’association d’élus d’EA et du PNV appelle quant à elle à une journée de revendication du territoire de Treviño, une enclave de la Castille située à l’intérieur de la province d’Araba. Avec une célébration à Argantzu, Udalbide souhaite soutenir les habitants de cette zone qui se sentent Basques et qui réclament depuis des années l’incorporation de Treviño dans l’administration de la Communauté Autonome d’Euskadi. Les deux partis nationalistes qui gèrent cette communauté, le PNV et EA, organisent leurs Aberri Eguna en Bizkaia, même si le Parti National Basque poursuivra son programme à Saint-Jean-de-Luz. En effet, le PNV qui souhaite fêter le 75e anniversaire du premier Aberri Eguna en organisant la journée au vieux quartier de Bilbo, comme ce fut le cas en 1932, ne veut pas laisser passer l’opportunité d’évoquer le 70e anniversaire de la création du premier gouvernement basque dirigé par le lehendakari Agirre. José Antonio Agirre reposant au cimetière lohizundar, le PNVa décidé d’organiser un rassemblement devant le buste du lehendakari (boulevard Thiers). Quant à Eusko Alkartasuna, le parti dirigé par Begoña Errazti, il a de nouveau choisi Gernika, symbole des libertés du peuple basque, pour célébrer le jour de la patrie basque. Concernant les syndicats, tant ELA que LABont diffusé deux manifestes sur la situation politique actuelle, mais seul LAB a décidé d’appeler ses sympathisants à célébrer l’Aberri Eguna. Concrètement la formation syndicale de la gauche abertzale se joint aux événements organisés par Udalbiltza, dont le rassemblement devant la mairie d’Etxarri Aranatz, commune où ce week-end se déroule le Gazte Topagunea. Ce sera certainement l’Aberri Eguna le plus massif de tous ceux qui seront organisés cette année. 1932, l’évidence de la
puissance du mouvement abertzale Un an après la proclamation de la IIe République
espagnole à Eibar (le 14 avril 1931), le PNV décide d’organiser une grande
manifestation, la journée de la patrie, reprenant l’idée des Irlandais. La date
choisie, le dimanche de Pâques. Le 27 mars 1932, des milliers et des milliers de
personnes s’approchent du centre de Bilbao. Ils viennent des villes et villages
des alentours, mais aussi de bien d’autres endroits du Pays Basque, par trains
ou en bus. De nombreux pêcheurs arrivent sur leurs bateaux.
Près de 75 000 personnes se sont rassemblées, selon les
informations publiées par la presse de l’époque. C’est l’évidence de la
puissance du mouvement nationaliste, une force qui était rentrée dans une
certaine léthargie durant la dictature de Primo de Rivera, mais qui s’est
réveillée à la chaleur de la jeune ‹et courte‹ République.
AB et Batasuna, d’accord pour Hasparren s’ils avaient été consultés
Abertzaleen Batasuna a voulu s’expliquer sur les raisons
qui l’ont poussé à organiser un Aberri Eguna à Hélette. "D’abord parce que ce
n’est pas la première fois", a souligné Andde Sainte-Marie accompagné de Mertxe
Colina. Un Aberri Eguna en ordre dispersé représente "l’image d’une réalité
politique". Dans ce sens "nous ne voulions pas montrer d’image idyllique du
mouvement abertzale".
Les deux responsables d’AB ont évoqué l’assemblée
générale d’il y a 4 ans, "où, vu la situation politique, on avait décidé
d’organiser l’Aberri Eguna en Iparralde, de notre côté, jusqu’à ce qu’il y ait
de nouveaux éléments". Le cessez-le-feu annoncé par l’ETA le 22 mars en est un,
ce qui fait espérer à Abertzaleen Batasuna que dans la foulée d’un "nouveau
contexte", dans l’avenir "on pourra organiser les choses d’une autre manière".
Cela dit, AB estime qu’il faut développer un
"abertzalisme d’Iparralde" au profit du Pays Basque dans son ensemble. "C’est
pour cette raison que lorsque l’idée d’organiser un Aberri Eguna unitaire a été
évoquée au sein de Nazio Garapen Biltzarra (NGB, Conseil de Développement
National), nous leur avons dit que nous étions d’accord sur le fond, mais que
tout de même nous estimons qu’il faudrait organiser des Aberri Eguna propres au
Pays Basque nord pour que le message de ce territoire ne soit pas oublié, pour
que cette réalité soit respectée", a expliqué Mertxe Colina tout en ajoutant
qu’AB est "toujours prêt à travailler pour la construction nationale".
D’ailleurs, c’est le slogan proposé par le NGB, "Euskal Herria Nazioa", que la
formation abertzale a choisi pour l’Aberri Eguna d’Hélette.
C’est dans cette "perspective nationale" que cette
formation organise le débat le matin sous le thème "La parole au peuple, comment
décider?". Une table ronde à laquelle vont participer des représentants
d’Aralar, d’EA, du PNV, de Zutik, des Verts du Pays Basque, et des syndicats ELA
et LAB. Batasuna a décliné l’invitation.
Son porte-parole Xabi Larralde s’était lui aussi
expliqué mercredi. "L’Aberri Eguna n’est pas l’alderdi eguna [jour du parti].
Malheureusement nous sommes arrivés à une situation dans laquelle ceux qui
croient à Euskal Herria ne sont pas capables de montrer leur capacité à
organiser de façon unitaire le jour d’Euskal Herria", a-t-il déclaré.
Xabi Larralde a évoqué la tentative de la part de NGB
d’organiser des activités en commun le matin du dimanche de Pâques. "Cela n’a
pas été possible". Après, "nous avons su qu’AB appelait à Hélette et qu’il
organisait un débat le matin. C’est dommage parce que nous gardions l’espoir
d’organiser une célébration commune le matin", a-t-il déploré. "Sans vouloir
créer de polémique", Batasuna a finalement décidé de ne pas participer au débat
auquel ce parti était invité et d’appeler ses militants à rejoindre les
rassemblements organisés à midi par Udalbiltza dans les capitales historiques du
Labourd, la Basse-Navarre et la Soule. Dans le même sens, en suivant la
proposition de NGB, Batasuna a appelé tous les citoyens à mettre des ikurriña
sur leurs balcons et s’est adressé par courrier à toutes les mairies pour
qu’elles fassent de même.
Interrogé sur l’initiative des jeunes d’Hasparren, Xabi
Larralde s’est dit d’accord sur le fond de la démarche. Pourtant, il a précisé
que les partis politiques auraient dû être consultés. "Une chose est d’organiser
un Aberri Eguna non partisan et une autre chose est d’organiser une Aberri Eguna
en excluant les partis politiques".
Abertzaleen Batasuna a exprimé une réflexion similaire.
"Nous n’avons pas été consultés, mais il s’agit d’une proposition intéressante.
Elle rentre dans notre idée de laisser une place à un Aberri Eguna qui
représente Iparralde", a expliqué Andde Sainte-Marie.
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