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Le JPB > Culture 2006-04-14
Bruel et Courtois présentent l’histoire du loup dans ETA

Ce soir à 21h, le cinéma Rex de Saint-Jean-de-Luz présente en avant-première dans les salles de l’hexagone, le film El Lobo ("le loup"), l’histoire vraie d’une taupe infiltrée au c¦ur d’ETA entre 1973 et 1975.Cette projection se fera en présence du réalisateur Miguel Courtois et de Patrick Bruel, acteur dans ce film, qui pourront échanger ensuite avec le public. Si le calendrier politique est opportun pour présenter cette fiction inspirée de la réalité, au lendemain de l’annonce du cessez-le-feu "permanent" d’ETA, le calendrier économique offre en revanche une triste singularité.Le film a déjà été diffusé à la télévision (sur Canal+ en novembre dernier) quelques mois avant sa sortie en salles prévue le 19 avril. Au Pays Basque, le public a également pu découvrir Patrick Bruel dans un espagnol impeccable campant un intransigeant chef des commandos d’ETA en passant la Bidassoa puisque El Lobo a déjà été diffusé dans la péninsule l’an passé.Il a d’ailleurs raflé deux récompenses du meilleur montage et des meilleurs effets spéciaux lors de la cérémonie des Goya en 2005. Construit comme un thriller policier, ce long-métrage tente d’allier "spectacle et réflexion" selon le réalisateur natif du Pays Basque, qui était récemment à Bayonne pour le tournage d’un autre film consacré au Pays Basque, sur le Gal cette fois. Plus inquiétant, Miguel Courtois affirme qu’"il n’y a aucune fiction, tout est vrai dans ce film selon ce qu’a raconté El Lobo", le personnage réel de cette histoire, Mikel Lejarza de son vrai nom, qui a collaboré au scénario.

Moment charnière de l’Espagne

L’histoire de El Lobo se déroule à un moment charnière de l’histoire moderne espagnole, à l’agonie de la dictature de Franco. En proie à des difficultés financières, un jeune artisan basque de 25 ans, marié et père d’un enfant, est recruté à la suite d’un coup de filet policier par les services de renseignement espagnols pour infiltrer ETA. Aussi étranger à la lutte clandestine qu’au métier d’agent secret, il devient "El Lobo", son nom de code, et ignore que sa vie est en train de basculer sans retour dans la clandestinité. El Lobo, incarné par l’acteur espagnol Eduardo Noriega (Tesis, Mon Ange) va réussir à s’infiltrer jusqu’à la tête de l’organisation séparatiste, dont les chefs vivent alors à visage découvert au Pays Basque nord. Dans ce thriller politique, El Lobo navigue entre les agents zélés de la dictature de Franco costumes, fines moustaches, cheveux plaqués à la gomina et les jeunes marxistes d’ETA cheveux longs et jeans préparant la Révolution, entre chants nationalistes et rock’n roll.

Débat sur la lutte armée

Le film aborde aussi le débat interne qui agite alors l’organisation basque sur l’opportunité de mettre fin à la lutte armée pour se convertir en parti politique lorsque la démocratie sera instaurée après la mort de Franco. Un débat tranché en faveur de la ligne dure des commandos d’ETA, qui tueront 817 personnes, policiers, militaires, entrepreneurs et passants anonymes. L’action d’El Lobo fera échec à un plan ambitieux d’évasion de tous les détenus d’ETA de la prison de Ségovie. Elle permettra d’interpeller toute sa direction de l’époque dans l’un des coups policiers les plus durs qui lui furent jamais portés. Mais alors qu’El Lobo offre un plan pour démanteler totalement ETA, il est lâché par les services secrets espagnols divisés par des luttes d’influence.

Ces derniers ne souhaitent pas voir disparaître une organisation qui leur servira d’alibi pour s’opposer à une démocratisation rapide du pays. ETA le condamne à mort. Le personnage réel de l’histoire a dû changer d’identité et de visage par la chirurgie esthétique. Dans une interview à la radio Cadena Ser, il a expliqué l’an passé qu’il continuait à collaborer avec le renseignement espagnol et avait vécu à l’étranger. "Aujourd’hui, je ne crois pas qu’ETA sache qui je suis. Je vais au Pays Basque comme n’importe qui. Une fois, je suis passé devant mes parents et ils ne m’ont pas reconnu", expliquait-il.


 
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