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Démonstration de force
·Importante manifestation hier dans les rues de Bayonne mêlant lycéens, étudiants, salariés et retraités comme jamais
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Les manifestations qui dépassent les 10000 participants sont rares à Bayonne. Celle d’hier rejoint le carré de tête du guiness book local avec la manifestation contre la réforme des retraites de mai 2003, celle des pro-département Pays Basque d’octobre 1999 et celle de la Grande grève de décembre 1995 dont le slogan "tous ensemble" est repris aujourd’hui par les lycéens anti-CPE. Le défilé en prenait les allures en brassant jeunes et moins jeunes, salariés du public et du privé. La queue de la manifestation venait de traverser le pont Saint-Esprit que sa tête arrivait place de la mairie en passant par quai Galuperie, tour de Sault, rue d’Espagne, rue Thiers, rue Bernède puis quai maréchal Leclerc.
Les syndicats ont revendiqué 11000 manifestants dans les rues de Bayonne. Les renseignements généraux en ont dénombré moitié moins (6500 dont 2000 étudiants et lycéens) cependant la sous-préfecture concédait hier qu’il s’agissait d’une "grosse mobilisation".
La "journée nationale d’action avec grèves et arrêts de travail" à l’appel des syndicats de salariés et d’étudiants a localement aussi connu d’importantes répercussions. Un facteur bayonnais de la CGT parlait de 52% de grévistes parmi ses homologues (56% à Biarritz), et 80% au guichet. Dans l’enseignement certaines écoles étaient totalement fermées, conformément à l’opération "école morte" préconisée par les parents de la FCPE. À l’inspection académique de Pau on a avancé le chiffre de 49,95% de grévistes dans l’ensemble de l’Education nationale, toutes écoles du Pays Basque et du Béarn confondues. Du côté des transports, la direction régionale de la SNCF a enregistré 41% de grévistes dans le sud-ouest (contre 27% dans l’hexagone). Dans les transports interurbains de l’agglomération bayonnaise, la direction indique que 60% du service était assuré le matin, un peu moins l’après-midi. À l’aéroport de Parme, en milieu d’après-midi on comptait un vol d’Air France et deux vols de Ryanair annulés.
Dans le champ médiatique, le Journal du Pays Basque était absent des kiosques suite à une grève observée par ses salariés la veille, Sud-Ouest Pays Basque s’est transformé en un Sud-Ouest région, tandis que les éditions d’information de France bleu Pays Basque et de France 3 Euskal Herri ont été largement perturbées.
"On a appelé à faire grève boîte par boîte" témoigne une dirigeante de la CFDT Pays Basque qui ajoute que "cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps". Et effectivement on a pu observer dans le cortège des salariés d’entreprises inhabituels. Ainsi, outre les classiques Turbomeca, Dassault, Bonnet-Névé, CCASS, Hôpital, HLM, Poste, Enseignement, on aperçoit des salariés du commerce (C&A, Monoprix) et des ASF dans le cortège de la CGT, ou des employés de la ville de Bayonne et du COL dans celui de la CFDT.
Qu’importe le flacon syndical
Chaque cortège syndical avait fait le plein. Les étudiants et les lycéens d’abord. Bien plus nombreux que lors des deux manifestations spécifiques de la semaine dernière. Ils sont surtout à la tête du défilé, et sont les éléments les plus bruyants et les plus dynamiques de la manifestation. Et qu’importe le flacon syndical, l’ivresse revendicative est là. C’est sans problème particulier que les lycéens et étudiants arborent les drapeaux et autocollants de telle ou telle organisation de la zone précarité de LAB à celui de la LCR détournant une affiche de 68. Une lycéenne a reproduit une carte d’électeur géante et donne "rendez-vous l’an prochain". Les lycéens sont en tête de cortège, mais aussi disséminés dans certaines portions syndicales, comme dans le cortège de LAB où une txaranga de percussions redonne du rythme à une manifestation devenue simple promenade en son milieu.
Une manifestation qui s’est animée lorsque des hommes en costume ont déployé une banderole "Oui au CPE, non à l’ISF" signée MEDEF, arborant des pancartes "Il est interdit d’interdire les licenciements", "CNE et CPE ce n’est qu’un début continuons le combat!" ou "Oraingo gazteak alferra hutsak!" ("les jeunes d’aujourd’hui, de véritables fainéants!"). Une farce au nom du Mouvement des exploiteurs de France, imaginée par la Fondation Robles Arangiz, parfois prise au premier degré, comme ont pu en témoigner les forts décibels émis par les lycéens. La palme de l’originalité peut également être donnée à une banderole élargissant encore l’imagination de l’acronyme CPE déjà bien labouré en deux mois de conflit: Carottes, Patates, Endives, arrêtez vos salades!"
Des retraités sont également de la manifestation. Ils sont en tête du cortège CGT. Victor Galan, chaudronnier retraité qui est là "parce qu’on ne veut pas que les jeunes perdent tout ce qu’on a gagné".
Du côté des politiques, le PS, le PCF et la LCR avaient leur propre cortège et banderole. Les premiers, dans un communiqué, estiment que "cette mobilisation dans notre département montre que le gouvernement est de plus en plus isolé dans le pays".
À la fin de la manifestation, la prise de parole commune à la CGT, CFDT, CFTC, FO, UNSA, et FSU a été lue par une étudiante (lire par ailleurs). Mathilde Bienvenu, en BTS au lycée hôtelier a notamment rappelé qu’en 1986, la suppression de l’autorisation administrative de licenciement était censée créer 400000 emplois "grâce à cette nouvelle liberté de licencier" et qu’il n’en a rien été. "Le CPE n’apporte rien mais retire l’essentiel: le droit d’avoir des droits. Au nom du droit à l’emploi, on crée l’emploi sans droit." Et l’étudiante de conclure que "ce combat contre le CPE est un véritable rendez-vous avec l’Histoire. Salariés, étudiants, parents, nous sommes en situation de pouvoir encore maîtriser notre avenir. Il faut s’en saisir. Il faut retirer le CPE et le CNE!"
La CGT a fait part du soutien d’organisations syndicales européennes réunies à Francfort comme DGB de Hesse, CGIL-CISL d’Emilie Romagne, CCOO du pays valencien et de Solidarnosc de Wielkopolsak. Quant à Philippe Médiavilla, secrétaire de l’UL-CGT Bayonne, il estime que "cette nouvelle journée d’action renforce encore l’unité et le rassemblement des générations face à la tentative de passage en force de la précarité et du non-droit dans le travail". Et d’appeler les salariés "sur leurs lieux de travail à décider des formes de luttes pour gagner contre la précarité, à l’exemple de la victoire des salariés de Castorama qui ont obtenu pas moins de 14 CDI".
Femmes de tête
Elles sont à la pointe du mouvement étudiant et lycéen anti-CPE. L’une était à la banderole de tête des étudiants et lycéens, l’autre à la lecture de la prise de parole intersyndicale à la fin de la manifestation. Toutes deux ont animé l’assemblée générale hier après-midi. L’amphithéâtre était plus comble que jamais. Environ 300 étudiants et une majorité de lycéens. Les suites et modalités de l’action ont largement été débattues, et délibérés. Au cas où le CPE n’est pas retiré, rendez-vous est donné à 14h le mardi 4 avril devant la sous-préfecture, suivi d’une veillée festive sur la faculté pluridisciplinaire.
Une faculté qui organise sa contestation en dépit des difficultés. Clara Rouget, en master 1re année de droit, en pointe quelques-unes. Des étudiants partagés sur deux sites, à Bayonne (au conservatoire et au Château-Neuf) et à Anglet (Montaury) ; et la petite taille du campus, presque familiale. En outre, à la différence d’autres universités, à Bayonne les étudiants en droit sont majoritaires. Cependant, quelques heures avant l’assemblée générale, elle a estimé que "la mobilisation [était] en train de monter". La suite? "C’est entre les mains de Villepin" répond simplement celle qui est également militante de Segi. Même si la semaine dernière, la mobilisation scolaire de jeudi était bien moindre que celle de mardi. "On s’y attendait: deux mobilisations par semaine c’est beaucoup pour ici, c’est pour cela qu’on a proposé d’autres types de mobilisation (avec musique,...), et que l’on va essayer de trouver d’autres modes de participation, plus attractifs" analyse, stratégiquement, l’étudiante en droit qui est de toutes les AG.
C’est également le cas de Mathilde Bienvenu, en BTS au lycée hôtelier de Biarritz, l’établissement scolaire le plus organisé du Pays Basque dans la fronde anti-CPE. Elle en est à la sixième manifestation à Bayonne depuis le 7 mars. Même si "au départ c’était difficile, notamment avec le directeur, on a eu des AG au lycée et on a élu des représentants par filière (les BEP, bac pro, BTS,...) dans un souci démocratique et pour éviter les autoproclamations". Elle explique l’importante mobilisation de son lycée "parce qu’on a déjà tous travaillé, le monde de l’entreprise on connaît, et on est peut-être plus sensibilisés". Elle plaide pour élargir la revendication au retrait du CNE et rétorque à un gouvernement qui affirme que la rue ne doit pas gouverner, que la démocratie c’est aussi le peuple qui s’exprime dans la rue, en l’occurrence "très nombreux".
Un mouvement étudiant et lycéen, c’est un contenu critique, mais aussi avoir un peu de sens de l’organisation. Au Pays Basque il ne semble pas en manquer.
Des mobilisations records avec plus de 2 millions de manifestants
Les plus importantes mobilisations depuis le début du mouvement d’opposition au CPE. Les syndicats parlent de manifestations historiques, à l'occasion du quatrième jour de mobilisation des syndicats de salariés contre le contrat première embauche (CPE) pour exiger le retrait pur et simple du dispositif. Une participation en forte hausse. Les syndicats ont revendiqué le chiffre de 2,6 millions de manifestants, dont 700.000 à Paris (92.000 selon la police), soit près du double de la précédente mobilisation nationale du samedi 18 mars. La police a dénombré un million de manifestants ‹elle aussi, le double de son décompte du 18 décembre.
Des chiffres importants dans de nombreuses villes. À Nantes 70.000 manifestants (42.000 selon la police), à Toulouse 80.000 (36.000), Bordeaux 100.000 (31.000), Rennes 50.000 (30.000), Marseille 250.000 (28.000), Lille 80.000 (25.000), Grenoble 60.000 (26.000), Montpellier 40.000 à 50.000 (23.000), Nancy 50.000 (23.000), Pau 35.000 à 40.000 (19.500), Saint-Brieuc 30.000 (18.000 à 20.000), Rouen 40.000 (18.000), Caen 30.000 (18.000), Lyon 40.000 (17.000), Brest 25.000 à 30.000 (16.000), Clermont-Ferrand 50.000 (15.000), Amiens 22.000 (15.000), Angers 15.000 (13.800), Avignon 25.000 (13.000), Toulon 20.000 (13.000), Valence 18.000 (13.000), Nîmes 25.0000 à 30.000 (12.000), Limoges 35.000 (11.500), Le Havre 25.000 (11.000), Le Mans 30.000 (+ de 10.000), Saint Nazaire 25.000 (10.000), Lorient 25.000 (10.000), Poitiers 25.000 (10.000), Metz 20.000 (10.000), Tours 15.000 (10.000), Le Puy-en-Velay 15.000 (10.000), Perpignan 18.000 (10.000), Dijon 12.000 (10.000), Saint-Etienne 30.000 (9.000), Roanne 20.000 (9.000), Strasbourg 15.000 (8.500), Quimper 20.000 (8.500), Nice 15.000 (8.500), La Rochelle 10.000 (8.000), Tarbes 16.000 à 17.000 (8.000), Angoulême 20.000 (8.000), Besançon 10.000 (7.000), Cherbourg 10.000 (7.000), Orléans 12.000 ( 6.800), Reims 13.000 (6.000), La Roche-sur-Yon 10.000 (6.000), Lannion 8.000 (6.000), Mont-de-Marsan 7.000 (6.000), Périgueux 6.000 (6.000), Vannes 12.000 (5.000), Brive-la-Gaillarde 10.000 (3.000),....
Sur le fond du dossier, la situation est restée bloquée. "Ou le gouvernement comprend qu'il ne peut pas laisser le pays sans réponse, ou on continue", a déclaré François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, lors de la manifestation parisienne. "On ne peut pas imaginer un mouvement si fort que ça et un Premier ministre qui ne change rien".
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