Jean-Marie BROUCARETDirecteur de la Compagnie du théâtre des Chimères et metteur en jeu
Dérives
De l’expérience des trente dernières années, s’il est une leçon que les hommes politiques ont retenue, c’est bien que la culture est un atout politique. En ces temps de décentralisation, maires, députés, conseillers généraux ou régionaux savent bien que la culture est la vitrine d’une ville ou d’une région, une valorisation de son image, un produit d’appel pour le tourisme. Nous pouvons nous réjouir de cette évolution à la condition qu’elle sache éviter les dérives. Celle du formatage pour commencer qui fait courir le risque de retrouver partout les mêmes "produits" culturels comme on peut rencontrer déjà dans des villes différentes, parfois de pays différents, les mêmes rues piétonnes, les mêmes ronds-points, le même mobilier urbain ou les mêmes centres commerciauxŠ Festivals livrés clés en main par des équipes spécialisées, programmation standardisée de spectacles distribués par des chaînes de diffusionŠ
La seconde dérive serait celle d’une culture instrumentalisée, au service et aux ordres du pouvoir politique et de ses valeurs. Un pouvoir qui n’hésiterait pas à exclure ce qu’il juge être laid, immoral ou stupide. Or on sait bien que les arts, le théâtre, la musique, la danse ou la littérature nous apportent d’abord un regard d’étonnement sur la vie et ses habitudes, un contre-courant à l’évidence, de nouveaux espaces à explorer. Et l’occasion d’évoluer et de changer nos propres critères d’appréciation. La culture n’est ni uniforme ni obéissante. La culture sur mesure est un non-sens, la culture au garde-à-vous, une parodie. En fait elle se doit d’être à l’image de la vie, imprévue, inventive, insoumise. Une politique culturelle bien menée encouragera cette vitalité, prendra le rendez-vous de la surprise et du rebrousse-poil. Et du profit d’en tirer quelques enseignements. Plutôt que de réduire la culture à un argument politique, nous serions bien inspirés de hisser la politique à un acte de culture.
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