Nathalie Vallés / Membre de la commission Migrations de Batasuna
Frontières des autres
Du 18 au 26 mars se sont déroulées sur l’ensemble des provinces d’Euskal Herria, avec des impacts variés, un certain nombre de mobilisations qui peu ou prou entendent répondre aux questions que suscitent dans l’ensemble des sociétés civiles, les questions des guerres coloniales (guerre d’Irak etc.), des Droits de l’Homme, du racisme et de la discrimination. Comme nous travaillons à la construction nationale de notre pays, nous entendons aussi donner nos propres réponses à ces questions. Pendant des années les disparités politiques et institutionnelles qui régissent les territoires d’Euskal Herria, ont eu un effet de contraintes, d’orientation forcée sur les analyses que pouvait avoir la gauche abertzale du phénomène des migrations. Il est temps pour nous de réclamer les outils de notre souveraineté, de construire avec l’ensemble des habitants de notre pays les outils de notre analyse, de penser les conditions de notre accueil et aussi nos outils aux lois répressives des deux États qui nous gouvernent, de refuser une frontière qui n’est pas la nôtreŠ Car comme nous le ferons nous construirons notre nation.
À cet égard, le centre de rétention d’Hendaye répond à autant de réalités que de combats. Pour les États français et espagnol, il serait de l’un, lui appartiendrait, il serait le reflet de sa politique envers l’immigration. Pour l’autre, il n’existerait pas, il serait hors de lui. L’État français n’hésite pas à lui faire jouer un rôle de gardes frontières, de poste avancé de la légitimité territoriale qu’il s’octroie. Pour les deux États il transparaît comme l’ultime frontière du Maroc, de l’Afrique et au-delà de tout ce qui est trop pauvre à leurs yeux pour passer sur nos routes. Par force d’habitude, parce qu’il est difficile de dépasser les réalités institutionnelles et juridiques qui font du Pays Basque un territoire morcelé en droit pour ce que beaucoup ont longtemps cru être du droit des autres : nos réponses comme nation sans État ont été influencées par la marque étatique des associations qui s’investissaient dans la lutte pour les sans droits "les immigrés" clandestins ou nonŠ Mais pour le centre de rétention d’Hendaye comme pour le reste il s’agit d’une frontière qui n’est pas la nôtre. C’est une frontière, administrative et guerrière qui a construit une prison spéciale "étrangers" qu’elle camoufle sous le nom de centre de rétention, dernière étape de ce qui est dans la majorité des cas une déportation vers le pire.
On nous dit que nous pourrions nous contenter du mieux que l’autonomie de certaines provinces donne au statut d’étranger, en oubliant que seuls les États centralisés décident réellement de l’avenir de ces personnes. Que le mieux n’est souvent qu’un pansement sur la jambe de bois d’une vie d’immigré. Nous nous devons de renouveler en ces jours de mobilisations et de prises de parole notre engagement à lutter avec tous ceux et toutes celles qui en Euskal Herria, en Europe, s’opposent à toutes ces lois qui font de certains hommes et femmes des humains sans droits. Mais comme nation sans État, nous devons aussi affirmer sur l’ensemble de nos territoires que notre projet se veut "d’une Euskal Herria" ou plus aucune personne ne serait sans droit, sans voix. Le centre de rétention d’Hendaye est posé comme outil de l’arbitraire et de l’inhumain au milieu de nos territoires, au milieu d’une frontière qui n’est pas la nôtre mais qui nous emprisonne aussi.
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