Médiateur dans les conflits en Irlande du Nord et au Pays Basque, le prêtre irlandais Alec Reid s'est dit "persuadé", que le "cessez-le-feu permanent" de l'ETA "va durer".
Le cessez-le-feu de l'ETA repose-t-il sur une base solide?
Aucun doute. Je suis persuadé qu'il va durer. Cela fait des années qu'ils y travaillent. Mais avec une organisation comme l'ETA, en guerre depuis l'époque de Franco, c'est long. Vous devez prendre garde de ne pas faire naître une nouvelle ETA. En Irlande, cela a pris quatre ans aux dirigeants de l'IRA pour parvenir au premier cessez-le-feu.En Espagne, la trêve de 1998 était venue trop vite, elle était mal préparée, les indépendantistes manquaient d'expérience et le gouvernement (conservateur) de l'époque n'avait pas essayé de dialoguer.
Je suis très impressionné par des gens comme Arnaldo Otegi, le porte-parole de Batasuna, qui ont répété publiquement pendant trois ans qu'ils voulaient s'intégrer au jeu démocratique. Personne ne les écoutait.
Mais le chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero et les socialistes ont accepté. Cela a tout déclenché.
Je les admire, parce que je les crois prêts à travailler pour le bien commun des citoyens au-delà de leurs intérêts partisans et de leur carrière personnelle.
Quels sont les obstacles au succès du processus de paix qui s'amorce?
Les Espagnols sont très nerveux à toute idée de dialogue avec les nationalistes, où que ce soit en Espagne. Ils pensent que ce serait le début de l'éclatement de l'Espagne. Le Parti populaire (PP, droite) ne veut même pas entendre parler de négocier. Mais je suis certain qu'il finira par rejoindre la future table des négociations. Mon expérience de médiateur m'a appris que ceux qui causent les blocages deviennent souvent à la fin les meilleurs artisans de paix.
Et puis il y a le système judiciaire qui menace d'envoyer en prison Otegi. C'est de la folie! Que pensera la gauche indépendantiste basque si leur leader est incarcéré pour avoir convoqué une grève au moment où l'ETA et Batasuna font de leur mieux pour négocier une solution pacifique? Le gouvernement doit faire quelque chose.
Comment résoudre l'équation victimes-prisonniers de l'ETA?
Je pense que l'ETA n'aurait jamais décrété un tel cessez-le-feu sans savoir comment la question de ses prisonniers sera résolue. Le thème des prisonniers et de leurs familles est très sensible au sein d'organisations comme l'IRA ou l'ETA. Les prisonniers sont d'une aide précieuse dans un processus de paix. Ils contribuent à le stabiliser. Mais c'est un thème qui heurte les victimes. Perdre un être dans un conflit cause une douleur beaucoup plus vive que dans un accident. Beaucoup de familles de victimes en colère diront que les détenus doivent purger toute leur peine.
Elles doivent intégrer le message suivant: nous ne voulons plus qu'il y ait d'autres victimes. Et pour cela, il y a un prix à payer.
Les victimes doivent recevoir beaucoup de soutien affectif et financier.
L'Etat ne peut faire revenir leurs disparus. Mais il doit s'assurer qu'elles ne manquent de rien. Il le leur doit.