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Le JPB > Sujet à la une 2006-03-18
La mode olé olé ou la confusion des symboles
·Le fameux taureau espagnol fait une apparition remarquée à l’arrière des voitures, pouvant côtoyer l’ikurriña

L’autocollant du taureau noir se retrouve de plus en plus sur les arrières de voitures. Un phénomène de mode d’autant plus remarquable que ce symbole de l’Espagne initialement repris d’immenses panneaux publicitaires pour une marque d’alcool se retrouve souvent sur des véhicules immatriculés dans les Pyrénées-Atlantiques. Une manifestation symbolique qui illustre une certaine confusion, tant de la part des concepteurs que des utilisateurs, en même temps qu’une affirmation identitaire locale. Si nous ne disposons pas d’enquêtes statistiques sur une telle utilisation, nous pouvons néanmoins nous tourner vers le sociologue et les producteurs de ces autocollants.

Âne, Ibardin et 64

Longtemps seuls les autocollants des ikastola, celui d’une radio, ou le F noir sur fond blanc ovale étaient ramarquables à l’arrière des voitures. Ces 20 dernières années l’offre et l’usage d’adhésifs sur les véhicules se sont démultipliés et élargis. Avec une nette prédilection pour les signes identitaires basques, qui vont du drapeau basque à d’autres aux tonalités plus revendicatives (l’indémodable de Seaska, celui assez remarquable de LEIA,...). On peut y inclure le succès ces dernières années du déodorant de voiture en forme d’ikurrina. Et sans parler des polémiques à propos des plaques d’immatriculations avec le EH ou le F en dessous du drapeau européen débats particulièrement vifs en Catalogne (CAT) et en Ecosse (SCO). Toujours est-il qu’une plaque non conforme est passible d’une contravention de 3e classe (45¤).

Là où les significations deviennent incertaines c’est quand il s’agit de l’autocollant 64, ou du récent taureau. Le premier indique-t-il un sentiment d’adhésion aux Pyrénées-Atlantiques ? Le deuxième à l’Espagne? Rien n’est moins sûr.

Du côté des producteurs de ce type d’autocollant, on se soucie peu de la signification. "On a pris la mode en cours" explique l’un d’eux qui requiert l’anonymat. C’est que le taureau ressemble à une image dont la marque est déposée, donc susceptible de poursuites. Ainsi l’éditeur indique que le propriétaire de la marque d’alcool a demandé aux commerçants espagnols de retirer l’autocollant de leurs étalages. D’où vient l’idée? "Des clients l’ont vu à Ibardin, à Béhobie, et nous demandent le même; on a des retours de nos détaillants à qui le taureau a été demandé, alors on le fait."

La toute dernière demande qui lui est remontée est celle de l’âne. "On a fait l’âne, mais les clients ne savent pas ce que c’est, que ça vient de Catalogne, ils croient que c’est quelque chose d’ici!" L’âne est une image des années 90 censée signifier au départ la sauvegarde de l’âne catalan, espèce en voie d’extinction, et est rapidement devenu le symbole de ce pays. La concurrence avec le taureau y est rude, et certains autocollants représentent le premier sur le second, ou l’inverse.

Des producteurs qui peuvent être à la source de certains amalgames. Signalons ainsi cet adhésif, vendu près de la gare de Bayonne, en forme d’indicateur de pays de plaque d’immatriculation, donc sur fond bleu, avec EH, le drapeau basque, le 64 entouré de lauburu (à la façon des étoiles européennes), et zazpiat bak [sic]...

Pour le sociologue Francis Jaureguiberry, chercheur au CNRS et à l’UPPA, l’affichage de signes identitaires basques, ou autres, participe du même phénomène: "pouvoir se sentir de quelque part avec un investissement minimum. Ce qui diffère, c’est juste les symboles."

"Au départ il y a je crois une grande naïveté, surtout chez les plus jeunes sans ancrage : alors que ce soit une pegatina 64, un ikurriña, ou un toro, ça n’a pas vraiment d’importance : ce qui importe est de faire local, montrer qu’on est de là". Quant à la confusion dans l’usage de symboles qui peuvent être contradictoires (le 64 et le drapeau basque par exemple), le sociologue l’analyse aussi par une certaine ignorance. Ou plus joliment dit par la non-possession des codes. Dans ce cas-là, "au degré zéro du désir d’appartenance, tous ces trucs qui font local se valent".

Faire espagnol pour faire local

Selon Francis Jaureguiberry "la grande originalité du territoire basque, c’est d’une part de posséder des symboles propres qui sont forts et encore vivaces dans lesquels tout le monde peut puiser, et d’autre part que leur adoption peut en un second temps conduire à un sentiment d’appartenance". La comparaison est faite avec les Landes: "il est frappant de voir comment les mêmes jeunes n’ont pas investi des symboles locaux (tombés il est vrai en désuétude) mais des symboles ibériques. Au lieu de chanter en gascon, ils chantent en espagnol ! Les fêtes de Mont-de-Marsan en sont une parfaite illustration où, pour faire local il faut faire espagnol."

Une interrogation que l’on pourrait étendre à d’autres signes ou pratiques que celui des adhésifs. Celle d’une vague identité Grand Sud-Ouest faite d’éléments basques, de corrida, de rouge et blanc, de tapas, de bandas, de peñas et de bodegas. Mais il est délicat de juger de l’authenticité d’une pratique culturelle, pas toujours réductible à la non-maîtrise de codes. Il y a quelques années encore, d’aucuns prédisaient la mort de la culture basque par la faute du rock...



La brebis basque à l’image de l’âne catalan
I.E.

On commence à en apercevoir quelques-uns dans nos contrées. La brebis latxa se veut, à l’image de l’âne en Catalogne, l’animal qui symbolise le Pays Basque. Une idée qui date de la fin 2004, lancée par une bande de jeunes copains et de copines de retour d’un séjour en Catalogne. Cette cuadrilla de Tolosa (Gipuzkoa) a choisi la brebis latxa (proche de la manex) pour symboliser la Pays Basque car "c’est un animal présent ici de longue date et moteur de l’économie" explique Mikel Ayala. Et non pour accréditer l’idée que les Catalans seraient des ânes, ou les Basques des moutons.

La bande de potes édite d’abord 2 000 pégatines. Le succès est immédiat, et rapidement ils décident d’un second tirage de 5 000 exemplaires. De Tolosa à Tolosaldea, puis au Gipuzkoa, et désormais à l’ensemble des sept provinces basques ‹10 points de vente au Pays Basque nord‹, le concept a fait tâche d’huile et ses promoteurs estiment à 200 000 le nombre d’autocollants ardi latxa vendus. On trouve, en outre, la brebis sur d’autres supports comme des t-shirts. Mais aussi en contrefaçon. Il leur a été signalé la circulation ici d’une brebis semblable aux couleurs de l’ikurriña.

Que faire des bénéfices ? "Au lieu de le mettre dans nos poches, on a décidé de monter une association culturelle et de financer des projets". Ainsi, une aide substantielle a été fournie à un couple d’éleveurs basco-chilien pour l’achat de matériel frigorifique, de haies,... L’histoire d’une copine d’Araba qui est partie rejoindre son compagnon au Chili qui a un élevage de brebis latxa. Leur fromage s’appelle Txilezabal, ‹ayant quelque ressemblance avec l’idiazabal, au goût aussi paraît-il. Une subvention a également été accordée à l’école de bergers d’Aranzazu, et un guide du Pays Basque est en préparation.

Une success story, avec du profit privé en moins et de l’authenticité en plus. On remarquera en outre qu’à la différence du taureau ou de l’âne, la brebis est d’un autre genre.


 
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