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Le JPB > Pays Basque 2006-03-18
La détention provisoire plus longue et pas assez motivée en France
·La commission souligne que les magistrats emprisonnent sans motivations suffisantes

D.A. / H.G.

La durée moyenne des détentions provisoires est en hausse, leurs motivations juridiques sont insuffisantes et la condition des détenus "reste profondément insatisfaisante", selon le rapport annuel de la Commission nationale de suivi de la détention provisoire.

Ce rapport 2005, porte sur le contrôle de la détention provisoire en France, dont la récente affaire de pédophilie d’Outreau a mis en lumière les abus, plusieurs des acquittés ayant passé jusqu’à trois ans en prison avant d’être innocentés.

Dans les affaires dites basques, la mise en examen se traduit également par une incarcération automatique, sans donner d’autres alternatives aux personnes citées. Récemment le cas de Jean-François Lefort a défrayé la chronique, avec un an de détention provisoire sans qu’aucun élément probant n’ait été trouvé à son encontre. L’an dernier, dans l’affaire du vol d’explosifs de Plévin, plusieurs accusés étaient dans leur cinquième année de détention.

La détention provisoire s’applique à des personnes mises en examen dans le cadre d’une instruction, sur décision du juge des libertés et de la détention, ou en attente d’une comparution immédiate devant le tribunal correctionnel.

La durée moyenne de détention provisoire augmente

S’appuyant sur les statistiques de l’année 2003, la Commission nationale de suivi relève que "l’ensemble des poursuites pouvant donner lieu à une détention provisoire est en hausse sensible depuis 2001 (13,3%)".

Après avoir connu précédemment une baisse, "le recours à la détention provisoire au niveau de l’instruction est revenu en 2002 et 2003 à un niveau sensiblement supérieur à celui de la décennie 1990".

Selon les chiffres de l’Annuaire statistique de la justice, cités par le rapport, en 2003, "35.447 condamnations ont été précédées d’une période de détention provisoire (mineurs inclus)".

La commission constate qu’après une baisse en 2000-2002, "en 2003, la durée moyenne de détention provisoire augmente à nouveau". Elle est alors de 7,1 mois, en "augmentation sensible par rapport à 2002 (6,4 mois) alors que cette durée moyenne était plutôt décroissante auparavant (6,6 mois en 1999)", explique le rapport. Ces durées sont inégales selon qu’il s’agit d’un prévenu renvoyé devant un tribunal correctionnel (6,2 mois) ou d’un accusé qui doit comparaître en cour d’assises (15,2 mois).

Surpopulation

Le recours plus important à la détention provisoire est un des facteurs de la surpopulation carcérale, "en particulier dans les maisons d’arrêt" -où sont enfermées les personnes en attente de jugement- dont la condition "reste profondément insatisfaisante", insiste la commission. Elle ajoute que "la suroccupation n’est pas l’exception en maison d’arrêt : elle est la règle".

Dans ces conditions, la commission insiste sur l’"exigence de motivations" qui s’impose au magistrat qui décide le placement ou le maintien en détention provisoire, en se fondant sur des critères précis: par exemple, la nécessité de protéger des preuves, d’empêcher un trouble à l’ordre public ou une pression sur les témoins ou les victimes.

"Cette exigence de motivations doit être bien entendu respectée. Elle ne l’est malheureusement pas toujours, et l’on ne peut se satisfaire de motivations types", déplore la commission. "On ne doit pas décider, parce que c’est ainsi, mais parce qu’il y a de bonnes raisons en fait et en droit, qu’il en soit ainsi", écrit le rapport rappelant qu’il s’agit là d’un simple "principe démocratique".



Les propositions de la Commission
Le rapport 2005 de la Commission nationale de suivi de la détention provisoire propose notamment de "valoriser" le statut du juge des libertés et de la détention ou encore de prévoir un examen périodique des dossiers d'instruction. Le juge des libertés et de la détention (JLD) décide le placement en détention provisoire ou sa prolongation, dans le cadre d'une instruction. La commission propose "de

valoriser le statut" de ce magistrat et de "dégager les moyens nécessaires au fonctionnement satisfaisant de cette institution". Le rapport préconise "un examen périodique des dossiers d'instruction par la chambre de l'instruction lorsque la détention provisoire dépasse une certaine durée (laquelle pourrait être fixée à six mois)". La chambre de l'instruction statue sur les appels formés contre les décisions du juge d'instruction ou du JLD. Elle doit aussi disposer des "moyens nécessaires" pour un

"fonctionnement satisfaisant". Un membre de la chambre de l'instruction pourrait ainsi être désigné comme "référent de chaque cabinet d'instruction". Plus largement, en direction de l'ensemble des détenus, la commission propose la création d'un "médiateur national des détenus" qui soit "doté de pouvoirs d'investigation autonomes et étendus". La Commission nationale de suivi de la détention provisoire a été créée par la loi du 15 juin 2000. Elle est composée de parlementaires et de représentants du Conseil d'Etat, de la Cour de cassation, du barreau et de l'université. Elle est présidée par le conseiller d'Etat Jean-Marie Delarue.


 
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