Txomin Peillen / Écrivain
Dénigrements et diffamations
Je me lasse parfois de pourfendre et poursuivre les personnes qui règlent leurs comptes intimes soit en déifiant soit en dénigrant la langue et la culture basques. Cela m’est d’autant plus pénible lorsqu’il s’agit de certains qui pourraient les connaître et qui les dénigrent pour des raisons de contrariétés politiques, d’attitudes caractérielles personnelles ou de carriérisme. Certes il n’y a que les imbéciles qui changent d’opinion mais, rabaisser un patrimoine au nom de convictions changeantes n’a rien à voir avec la science que des universitaires devraient diffuser objectivement. Sans doute n’y eut-il pas toujours des calculs dans ces choix et revirements politiques, ni dans la posture anti-scientifique des auteurs, mais après des échecs personnels et professionnels ; le savatérisme anti-basque, est devenu une voie de promotion sociale à condition de dénigrer comme le font Juan Juaristi ou Miguel Azurmendi, la culture basque et de diffamer ses représentants..Le sujet de ma critique est grave car il touche à l’enseignement d’un patrimoine. Ainsi, Monsieur Miguel Azurmendi, dans un livre destiné à enseigner le français à des Espagnols, signale que ses anciens congénères de l’ETA par leurs menaces l’ont obligé à quitter l’Université alors qu’il avait projeté de quitter l’Université basque pour se rendre aux Etats-Unis. Menaces ? C’est très possible, mais il ne dit pas qu’il deviendra plus tard Bibliothécaire à la Bibliothèque nationale de Madrid, puis directeur de la Casa Velazquez. Pour le reste l’auteur ne nous explique pas la désertion de ses cours par les étudiants, lorsque, à ceux-ci qui attendaient un cours sur la mythologie basque, il déclara qu’il voulait leur expliquer la mythologie grecque sur laquelle, bien sûr, il avait écrit un livre, alors que l’on sait que l’essentiel de cette mythologie savante fut rédigé par une élite pour imposer les formes despotiques de la démocratie élitiste grecque. Selon Azurmendi, la mythologie basque n’existerait pas, qu’elle aurait été inventée par José Miguel Barandiaran. De la même manière que Monsieur Miguel Azurmendi Inchausti insulte la mémoire de José Miguel de Barandiaran il s’en prend à Julio Caro Baroja, tous deux savants de renommée internationale et chercheurs de terrain. Ce n’est pas le premier nouveau-venu qui s’en prend ainsi à l’¦uvre de Barandiaran. Le docteur Thiébaud, docteur, uniquement en médecine, enseigna à l’Université du Pays Basque l’ethnologie ; Natif de Saint-Jean-Pied-de-Port, il ne savait pas le basque et déclara que le mythe de la déesse Mari était une invention de Barandiaran. Pur dénigrement. Une ignorance des mythologies européennes aussi crasse est rare, car nous savons tous que cette déesse-mère est le mythe le plus universel des religions. Cette déesse de fécondité de la terre et de la fécondité des humains est représentée en gravures et statues depuis l’Aurignacien du franco-cantabrique jusqu’à l’époque romaine où son culte s’était maintenu à Malte. Cette déesse aux seins pendants et à l’énorme fessier était si populaire qu’il fallut le concile d’Ephèse et le culte de la Vierge pour le supplanter dans beaucoup de pays. Dans un article publié par le Bulletin du Musée Basque "Noms de Dieux" je rappelai la diffusion de ce culte dans toute l’Europe et son souvenir plus vivace dans les sociétés pyrénéennes. Ainsi en Bigorre les ethnologues relevèrent au XIXe siècle les apparitions ou hallucinations des habitants qui voyaient dans les grottes "la dauna blanca" la Dame Blanche, la Mari des Basques. Lorsque Bernadette de Soubirous eut sa première apparition elle déclara en gascon bigourdan . Que he viste la dauna blanca. Le nom de la déesse mère en basque est multiple comme le nom de Dieu en Hébreu, mais il y a des noms dus au dénigrement chrétien, La Sorcière de la Montagne, ou Mari, plus un nom de lieu -Anbotoko Mari- battis sur les modèles péjoratifs de Mari-mutiko, Mari-zikin, Mari-Ero etc.. que l’on retrouve en gascon et en français Marie-salope, Marie-souillon, Maritorne. Les noms respectueux sont rares Anbotoko damea, andra. De sorte que dans l’esprit populaire va se créer une confusion entre la Vierge et la déesse dénigrée. Un conte recueilli par Mayi Ariztia, nous rapporte les tentatives de la Vierge Marie pour se marier, alors que son père le diable (sic) s’y oppose et oblige le fiancé choisi par elle à un parcours initiatique où la Vierge Marie multiplie les miracles pour tromper son père le diable. (En Gascogne le personnage n’est pas la Vierge mais la hilh deu diablo). Bref cette Mari des Basques est bien la déesse-mère apparue avant l’arrivée des Indo-européens, mais dont le culte diffusa de l’Aquitaine vers le nord et l’est de l’Europe, comme le montre la statuaire. En revanche de nombreux cultes de déesses-mères ont pu se développer indépendamment des emprunts ou influences possibles, dans des époques où la naissance et la récolte étaient sacrées et liées à la femme, à la fécondité. La première citation de l’existence de la dame d’Anboto et du Herensuge dragon fécondant qui engrossa une princesse d’Ecosse, mère du premier seigneur légendaire de Biscaye Jaun Zuria, se trouve dans Bienandanzas e Fortunas de Lope de Salazar publié en 1470. Bien que Barandiaran ait vécu très âgé au XXe siècle je doute qu’il soit né avant le XVe siècle. D’ailleurs ces deux ignorants qui parlent "d’invention" ont-ils seulement lu les textes réunis au XIXe siècle grâce à l’inspecteur d’Académie, Monsieur Cerquand et recueillis, avant la naissance de Barandiaran, par des instituteurs en Pays Basque-nord, contes où apparaissent les héros ou génies civilisateurs tels les basajauns ou les laminas. Vu la quantité énorme de témoignages de Barandiaran, l’invention est impossible et l’interprétation qu’il en fit d’ailleurs fut très réservée et critique. Que Monsieur Miguel soit irrité par le côté un peu original de notre mythologie me surprend. La Bible et les mythes orientaux de la mythologie grecque ne l’agacent pas, semble-t-il. D’ailleurs l’originalité est toujours relative, nous avions, il y a treize ans, tenu un Colloque de Mythologies Pyrénéennes à l’université de Pau, au cours duquel nous conclûmes que les mythologies de toutes nos montagnes pyrénéennes n’étaient pas foncièrement indo-européennes même si on y trouvait des croyances universelles, propres aux religions populaires. Quant aux opinions haineuses et délirantes sur la langue et la littérature des deux compères Juan et Miguel, en discuter, nous coupe les bras car ce n’est qu’un ramassis de diffamations et de dénigrements, dont les deux auteurs, révolutionnaires repentis, se font une spécialité. Chez eux le mépris pour tout ce qui est Basque-Français est typiquement espagnol et chauvin. Par ailleurs nous sommes surpris que ces auteurs s’acharnent à vouloir démontrer que tout nationalisme basque repose sur le vide et qu’il est entièrement terroriste. Ainsi le drapeau qui vit combattre les Basques contre Franco en 1936 est qualifié par Juan Juaristi de drapeau de l’ETA. Aski gezur! Basta Ya!
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