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Le JPB > Pays Basque 2006-03-14
La porte du processus de paix ouverte malgré l’éventuelle incarcération d’Arnaldo Otegi
·En raison d’une bronchite du leader abertzale, le magistrat a accepté la suspension de l’audition prévue hier

"Plus il y aura d’agressions, plus l’initiative en faveur du processus de solutions devra être grande". Batasuna a ainsi répondu à la décision du juge Fernando Grande-Marlaska, lequel, à la suite de la journée de mobilisation, a convoqué le porte-parole du parti Arnaldo Otegi, le secrétaire général du syndicat LAB, Rafa Diez, et quatre autres membres de la gauche abertzale les accusant d’être les "instigateurs" des incidents qui sont survenus jeudi [lire note édition de samedi].

Arnaldo Otegi devait être le premier à comparaître devant le magistrat, hier après-midi, mais Fernando Grande-Marlaska a finalement accepté de repousser l’audition en raison de l’état de santé du porte-parole de Batasuna, atteint d’une bronchite. Le magistrat a toutefois demandé une contre-expertise médicale, sur la base de laquelle il a prononcé le report de l’audition, sans fixer de nouvelle date. Plus concrètement, il a ordonné qu’un médecin vérifie toutes les 12 heures l’état de santé du leader abertzale et qu’un policier exerce une surveillance permanente à son domicile.

Dimanche matin, en compagnie des cinq autres citoyens mis en cause, Arnaldo Otegi qui risque la prison puisqu’il est en liberté sous caution de 400.000 euros depuis mai dernier, s’est présenté devant les journalistes lors d’une conférence de presse.

"Nous sommes totalement convaincus du fait que l’objectif de cette mesure [la convocation] n’est autre que celui de mettre des obstacles et de rendre impossible le début d’un processus de solutions. Et nous sommes également convaincus que, d’un point de vue politique, la réponse intelligente de la part de la gauche abertzale et de tout le peuple basque doit justement aller dans le sens contraire" a déclaré Pernando Barrena au nom des six accusés.

Processus de paix "irréversible"

Selon l’ancien parlementaire navarrais, les mesures judiciaires "montrent bien la nervosité" de ceux qui veulent "rendre impossible" le début d’un "processus de solutions qui est désormais irréversible". Dans ce sens, il a souligné la nécessité d’"intensifier l’initiative politique" face à ce type d’"agressions".

"Les obstacles ne vont en aucun cas mettre en cause la détermination ferme de la gauche abertzale à avancer vers la mise en place d’un processus de résolution démocratique" du conflit basque, a affirmé Pernando Barrena tout en adressant à la société basque un "appel à la sérénité et à la confiance". Pour la gauche abertzale, la principale garantie du processus de paix est la société basque, dont "la grande majorité exige des solutions et le respect de la volonté librement exprimée des citoyens".

"Il est un interlocuteur politique"

Les réactions à la décision du juge ne se sont pas fait attendre. Depuis le Chili, où il s’est rendu à l’occasion de la prise de pouvoir de la nouvelle présidente Michelle Bachelet, le lehendakari Juan José Ibarretxe a estimé que le processus de paix traverse une zone d’"ombres". "Nous sommes en train de vivre une cérémonie de confusion" dans laquelle "il semblerait qu’il y ait quelqu’un qui souhaite crisper l’ambiance", a-t-il affirmé. L’Audience Nationale espagnole "est en train de demander la prison pour une personne qui est un interlocuteur dans un éventuel processus [de résolution du conflit]. Il est mon interlocuteur pour parler des questions politiques, mais il est aussi un interlocuteur pour les autres". Selon Juan José Ibarretxe, "on ne peut pas résoudre les choses sans un interlocuteur de Batasuna".

Avant de connaître le report de l’audition, le président du PNV, Josu Jon Imaz a pour sa part déclaré que la situation actuelle en Pays Basque "exige de tout le monde de grandes doses de responsabilité: c’est le moment de faire de la politique en majuscule", a-t-il déclaré. "D’un point de vue personnel, j’espère qu’Arnaldo Otegi pourra rentrer chez lui ce soir. D’un point de vue politique, j’aimerais qu’Arnaldo Otegi continue d’être un interlocuteur pour travailler à un scénario de paix, entre toutes les sensibilités et formations politiques au Pays Basque", a espéré M. Imaz, qui était hier à Bayonne dans le cadre d’une réunion ordinaire du bureau du PNV.

"Que M. Otegi puisse continuer à travailler pour tenir sa promesse du 14 novembre 2004, lorsqu’il s’était dit prêt à sortir la violence des rues et à arriver à un scénario pacifique autour d’une table de dialogue", a-t-il ajouté en référence à la contribution faite par la gauche abertzale au vélodrome d’Anoeta pour l’ouverture d’un processus de paix.



"Au-delà des agressions, pour un processus démocratique"
Les partis politiques Eusko Alkartasuna, Batasuna, Abertzaleen Batasuna, Aralar, Zutik et EAE-ANV, les syndicats ELA, LAB, Hiru, EHNE, ELB, STEE et ESK, des mouvements associatifs tels que Kontseilua, AEK, la fédération Partaide, Etxerat, Sortzen-Ikasbatuaz, Askatasuna, Segi ou la plate-forme Bilgune Feminista, ont souscrit hier un document critiquant la décision du magistrat Grande-Marlaska, une décision qu’ils qualifient d’"agression" au processus de paix.

Intitulé "Au-delà des agressions, pour un processus démocratique", le texte constate que la décision du juge relève d’une "volonté politique" cherchant à saboter la mise en place d’un "processus de solutions".

La décision du magistrat "n’entraîne pas qu’une éventuelle mesure d’incarcération". Elle représente "une grave attaque contre tous ceux qui souhaitent installer dans ce pays (...) un processus démocratique de recherche de solutions".

Enfin, les signataires ont appelé la population basque à "intensifier la dynamique politique et sociale" pour que la volonté de mettre en place un processus de paix "démocratique et sans exclusions" en Pays Basque ne disparaisse pas du sein de la société.


 
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