M onsieur, l’abbé, votre diatribe contre "le Dakar"; je ne vous apprendrai pas ce précepte que votre culture, pas seulement basque, vous interdit d’ignorer : "tout ce qui est excessif est insignifiant"...
"Grands salauds"... comme vous y allez, mon père! C’est vrai que votre diatribe est le cri du c¦ur d’une opinion éminemment respectable. Vous auriez été encore plus crédible en châtiant quelque peu votre langage, pour la forme, évitant les amalgames, pour le fond. Voyons donc cela...
"Le Figaro ignorait que le petit Guinéen s’appelait Diallo", mais point Caldecott le motard décédé... soit ! C’est difficilement excusable, comme on peut dire aussi que deux morts (car il y a eu décès d’un deuxième enfant...) sont deux morts de trop. Je n’ose y ajouter le troisième (le motard...) vous me rétorquerez que ça ne compte pas, c’était "aux risques et périls de sa passion"... Les morts ne seraient donc plus "de la même valeur", ce qui permet enfin de comprendre pourquoi personne ne s’insurge contre les tracteurs (chaque année en Pays Basque seulement, 5 ou 6 se renversent sur leurs conducteurs, et pas à 160 à l’heure... mais c’est "pour le travail"...).
Pas plus de réaction indignée devant la pratique pédestre de la montagne: certains marcheurs se font carboniser du côté d’Esterençuby, d’autres périssent au flanc de l’Himalaya (et même des Basques) certains trépassent même du côté d’Orreaga, vers le but de Compostelle... Je n’ai pas entendu non plus nos censeurs patentés s’indigner contre le quarteron annuel de chasseurs décédés dans le noble exercice de leur fonction, au besoin en tombant à jeun, bien sûr d’une palombière... Ce sont bien sûr des "morts" par assouvissement d’une passion, celles-là sont donc "tolérables"? Vains avatars qui ne "dérangent" pas?
Fort bien, on pourrait aller loin comme cela... Hélas! Que de millions de Guinéens ne sachent pas non plus qu’il s’appelait Diallo me paraît être infiniment moins important que la réalité "brute" de ces deux innocents fauchés dans leur vieŠ Peut-être conclurez-vous que "les voies du Seigneur sont impénétrables", et qu’il ne devrait nous rester, y compris à vous, qu'une immense humilité devant ces mystères, au lieu de la révolte (qui est mienne aussi, comme vous...).
"ça grouille de gosses là-bas, ils n’ont qu’à en faire un autre"Š
Vous faites là le héraut de votre conclusion que vous exprimeriez par une "vox populi populaire et populeuse". Attention: à inventer ce que "les autres disent tous", j’en entends qui susurrent "y compris avec le renfort inattendu de certains et certaines qui, jetant allégrement leurs habits de célibat obligé, optent pour le mariage, et donc pour la procréation"Š et le hitza hitz, alors? Vous m’aurez compris?Š
"Le stress" dont vous affirmez la puérilité de la part de ces "nantis" qui frissonnent sur un dos-d’âneŠ mais cette faculté d’émotion teintée d’un peu d’angoisse est nichée au c¦ur de tout homme, chasseur, montagnard, et même Š missionnaire! On prétend même que cela faisait partie de l’âme de nos contrebandiersŠ Auriez-vous le droit et les capacités de décréter les bons et les mauvais "stress", vous qui avez, et ce n’est que justice, extériorisé le vôtre par votre article?
"Nos gamins et leurs idoles mal choisies". Morceau d’anthologie du syncrétisme que vous nous servez là, monsieur l’abbé, puisque d’idole en pot d’échappement, vous terminez à 60 à l’heure à hauteur de bitumeŠ Mais vous devriez savoir que "le rêve", le besoin de se trouver des "héros" ou des "guides" est inhérent à l’homme depuis toujours, et même avantŠ vous connaissez, je n’en doute point, vos "classiques"Š Vous pourriez donc éclairer mon fruste entendement sur la décrépitude actuelle de l’Eglise qui ne fait plus "rêver" (dans le sens précisé plus haut) ni les profanes, ni les paroissiens, ni les croyants et pratiquants (dont je m’honore d’en être) nos églises se vident, nos prêtres sont vieux, et les plus jeunes qui restent parmi les prêtres ne rêvent même plus devant leur mission, qui serait (entre autres) de prendre une paroisse, dans le droit fil du respect de la hiérarchie sans quoi "c’est le bordel"Š
Demandez à quelques-uns de vos collègues "maritimes" (l’abbé Epalza, peut-être?) comment fonctionne un chalutier en campagne, du mousse au patron, chacun à sa place et à la tâche assignéeŠ
L’Eglise n’aurait-elle pas comme symbole aveuglant la nef, renversée peut-être, "la nave", le bateauŠ Ce n’est pas étonnant que, ne faisant plus "rêver", le vaisseau église ne prend plus de poissonŠ
Merci pour chacun d’entre nous de balayer devant sa porte, ici aussi "obscurs et sans grades" comme "gradés", adjudants, princes de l’église ou "concurrents de notoriété"Š
Laissez nos gamins rêver sur Alphand, Mauresmo ou Betsen, pensez, vous, à nous faire "rêver", au lieu de régenter ceux des autres, comme l’Inquisition ou le système desŠ "Ayatollah"!
Enfin, certes, il est à nos yeux d’Européens, choquant (le mot est faible) de voir défiler le Dakar, ses pompes et ses ¦uvres au milieu de tant de misère et de pauvretéŠ Il serait trop long de débattre sur cette importante et affligeante réalité, mais si vous le voulez, un jourŠ Je dirai simplement qu’une partie (une partie seulement) vient aussi de "l’incapacité" de ces pays à se gérer eux-mêmes, depuis le temps, les traditions, la corruption, les détournements "indigènes", et plusŠ
Et je dirai aussi, pour terminer, qu’il ne faut pas constamment s’arroger le droit de "juger" le Dakar pour les AfricainsŠ Si on leur donne la parole et cela fut fait de fréquentes fois à la télé sur le "Dakar", vous auriez entendu qu’eux-mêmes sont demandeurs, qu’ils veulent que ça continue, et pas seulement pour les "miettes" du festin de la caravaneŠ Peut-être qu’eux aussi ont besoin de "fête", du "rêve", de "stress", deŠ Mais leurs raisons sont les leurs, et donc, comme les vôtres ou les miennes, à prendre en compte.
"Grands salauds"? Il doit y en avoir quelques-uns, certes, parmi les concurrents, "le podium et la gagne avant tout"Š
Certes, une autre majorité de concurrents le concurrent lambda, dirons-nous est là sans espoir de victoire, sans moyens et avec sacrifices, pour être là.
Pensez-vous qu’il en soit autrement, dans toute "société humaine", que ce soient nos politiques, nos concitoyens de tous les jours et de tout poil, notre Eglise?Š Franchement, d’homme à homme et les yeux dans les yeux?
Que ce ne soit pas satisfaisant et qu’il faille "réformer" tout cela, Ok à 200%Š Chacun à sa place, pour appliquer le "celui qui sauve un homme sauve le monde"Š ça commence de suite, vous "à votre place" et moi "à la mienne". Et les articles de presse et leur réponse sont infiniment dérisoiresŠ
Comme vous dites, "à chacun son métier. Et les vaches seront bien gardées". Ou les brebis dont le pasteur que vous êtes devrait être responsable. S’il vous faut un "chien de garde" pour vous aider, je suis disponibleŠ
Goraintzi, eta "Jaungoikoa eta lehe zaharrak"!
Amicalement.