"Corten !" (Coupez !) lance un homme aux lunettes noires qui semble être le fautif de tout ce brouhaha. Et là, tout le monde se relâche : les CRS rompent les rangs, et se mêlent aux manifestants, se serrent la main et fument une clope ensemble. Plus encore, ils parlent tous espagnol ! Décidément, il y a quelque chose de bizarre dans cette rue d’Espagne. Et soudain, une tête connue sort de l’ancien palais. C’est l’acteur José Garcia, pris d’assaut par ce public d’adolescents qui l’attendait impatiemment. Le comique du petit écran, excellent dans Le Couperet de Costa Gavras, joue le rôle d’un journaliste du magazine espagnol Diario 16, qui enquête sur l’implication des policiers espagnols et français dans les GAL. Il est à Bayonne pour suivre le procès des mercenaires du GAL arrêtés au lendemain d’un attentat.
Même s’il joue le rôle d’un confrère, il ne pourra pas répondre aux questions des journalistes présents. "Voyez avec la production, il nous est interdit de vous parler sans leur accord" nous répondra-t-il.
Quelques autographes par ci, quelques photos par là, quelques mots échangés et le temps de la pose est terminé. Chacun doit regagner son poste, les ados armés de leur téléphone aux mille applications sont priés d’évacuer le parterre. "Les etarras en place !" crie l’homme aux lunettes noires en espagnol, en s’adressant aux figurants, vêtus de keffiehs, jouant le rôle de manifestants des années 80. Les CRS espagnols, sans casques ni boucliers, sont à nouveau en place, et le tournage peut reprendre. "Tres, dos, uno, Acción !". Et les cris reprennent, des "Gora ETA militarra", mélangés aux "Euskal Presoak Euskal Herrira", un petit anachronisme que le passant non averti n’aura pas remarqué.
Le tournage du film de Miguel Courtois sur le GAL aura lieu jusqu’à jeudi à Bayonne. Le film devrait être prêt pour l’été prochain. Après le film El Lobo, qui a suscité l’intérêt puis la polémique pour la légèreté par laquelle le sujet a été traité, c’est également un film de fiction, basé sur un sujet pourtant très réel, où 27 familles ont été brisées et sur lequel la lumière est loin d’être faite. Sur 50 attentats commis par les GAL seule une poignée d’actions a été élucidée, alors que la plupart des exécutants et tous les responsables courent toujours.