Manifestation contre le CPE sur fond d´inquiétudes étudiantes
·Etudiants du site universitaire bayonnais entre indifférence, ignorance et inquiétude sur le Contrat Première Embauche
Ce n’est pas un foyer d’agitation. Nulle affiche, autocollant ou banderole n’indique sur le campus bayonnais une quelconque opposition au projet gouvernemental de Contrat Première Embauche. Il n’est pas certain que les lycéens (en vacances) et les étudiants soient nombreux à manifester aujourd’hui. Des étudiants en Lettres modernes rencontrés hier midi sur le site universitaire, bien qu’opposés au CPE, ignoraient la tenue de la mobilisation ce matin à Bayonne. Pour d’autres, tel ce groupe d’étudiants en première année de l’IUT-GEA grignotant leur sandwich, le CPE n’est qu’un obscur sigle: "on n’a pas entendu parler", "on ne sait pas ce que c’est". Même méconnaissance pour ces deux étudiants en informatique de l’IUT de Saint-André, venus au restau U: "on n’est pas trop au courant, même si il y a eu des tracts la semaine dernière". Si les syndicats étudiants semblent absents sur le site universitaire, signalons néanmoins le tract cité, commun aux étudiants abertzale d’Ikasle Abertzaleak, des jeunes du syndicat LAB, des lycéens anarcho-syndicalistes des Apatrides, des jeunes de Segi et d’Agir ensemble contre le Chômage (AC) invitant à "refuser la précarité", à dire "Non au CPE" rebaptisé "Contrat poubelle d’embauche".
Jeux de rôle CPE in english
"Le CPE, on en discute entre nous, mais pas énormément" admet Geoffroy Darrieumerlou en première année GEA. Pour les étudiants en droit, cela devient un exercice. Le professeur d’anglais prévoit jeudi pour les étudiants en deuxième année un jeu de rôle qui sera noté: chacun devra jouer un chômeur, un jeune, un membre du gouvernement,... dans la langue de Shakespeare of course. Un groupe de travail s’y préparait à la bibliothèque universitaire.La plupart des avis glanés hier à l’heure du déjeuner sur le campus ensoleillé sont hostiles à ce projet. Cependant, certains reconnaissent ne pas se sentir immédiatement concernés, du fait de ne pas être à la veille de chercher du travail. Même impression à l’aumônerie des étudiants: "on n’est pas encore dans le marché du travail". Sans émettre d’opinion tranchée, une étudiante catholique déplore néanmoins que le licenciement puisse se faire sans motif: "si la cause du licenciement était indiquée le jeune pourrait s’améliorer, savoir ce qui ne va pas". Romain, 23 ans, est plus catégorique: "il vaut mieux un CPE que pas de contrat du tout; ce n’est pas une honte d’être licencié! et quand il n’y a pas de flexibilité il y a du chômage". En outre, cet étudiant qui cherche du travail, admet de possibles "effets pervers" mais explique que "tous les employeurs veulent que la personne embauchée ait déjà une première expérience, et le but du CPE c’est de permettre d’acquérir une première expérience avant de trouver un travail plus stable". Cet étudiant qui a fait son cursus à Bayonne durant 5 ans prépare aujourd’hui des concours administratifs. Multiples appels locaux pour le retrait
Tous les syndicats appellent "les salariés, les étudiants et les lycéens" à une journée de grève et de manifestation dont celle de Bayonne ce matin à 10h30 place Sainte Ursule pour le retrait du Contrat première embauche, au moment où les députés en discuteront. L’appel commun CGT, FO, CFDT, FSU, UNSA fustigent "la discrimination à l’encontre des jeunes et l’aggravation de la précarité pour tous les salariés". LAB y voit avec le CNE et les emplois seniors, une "généralisation du système des salarié-es jetables" et un "démantèlement du code du travail". Quant à SUD et AC, ils programment un débat à 14h à la Bourse du travail pour "organiser la résistance au capitalisme". Du côté des politiques, les partis de gauche se joignent à l’appel. Le PS, le PCF qui estime que "la droite et le Medef veulent passer en force avec le CPE tout en légalisant le travail de nuit des mineurs de 15 ans". AB souligne "l’énormité des mesures prises par ce gouvernement réactionnaire". Batasuna y voit une tentative gouvernementale de "mettre fin définitivement au CDI" et revendique "un espace syndical et de relations de travail propres".
Declarationes
Benjamin CERTAIN / 21 ans, Biarritz, 1re année Lettres
modernes
« Pourquoi avoir supprimé les emplois jeunes ?! »
«Tu pourras rien dire pendant 2 ans. Peut-être qu'on n'est pas assez
éclairés, mais ils ont supprimé les emplois jeunes pour ça ! Ils auraient pu les
laisser. Et puis bonjour pour avoir un crédit pour trouver un appart' ! ».
Diane NOGBOU / 21 ans, Bayonne, Licence de Sciences économiques
« Pas d'idée claire sur ce type de contrat »
«Je ne sais pas de quel côté me mettre : est-ce que pour les étudiants ce
sera la mise à la porte au bout de deux ans ? Est-ce que cela va inciter les
entreprises à embaucher ? Je crois que le Contrat Première Embauche dépendra de
la façon dont les entreprises vont s'en servir. Soit pour se débarrasser des
gens, soit pour pouvoir embaucher des jeunes sans expérience. Je trouve en tout
cas dommage qu'il n'y ait pas de débat contradictoire organisé sur la fac., car
moi, je n'ai pas d'idée claire encore ».
Julien ANGELU / 23 ans Mendionde, 1re année Lettres
modernes
«De l'intérim déguisé»
«Avec le CPE, les jeunes vont trouver du boulot sur le coup, mais pas de
manière durable. Et si le chômage baisse, dans deux ans c'est 2007, et les gens
vont se faire virer. Ce sera de la poudre aux yeux. C'est sûr que pour les
patrons ça sera intéressant. C'est de l'intérim déguisé en fait. »
Leïla PERRARD / 18 ans, Hasparren, 2e année de Droit
« On aura du mal pour avoir un appartement »
«Je n'ai pas la science infuse, mais ça a l'air d'enlever pas mal de droits
aux jeunes. On pourra être viré n'importe quand, on aura du mal à avoir droit à
des prêts bancaires, à louer un appartement,... Personnellement, à court terme
je ne me sens pas concernée, on n'a pas encore le diplôme et on n'est pas dans
la vie active, mais c'est inquiétant si dans 3 ou 4 ans ça existe encore quand
on cherchera du boulot...»
Geoffroy DARRIEUMERLOU / 19 ans, Anglet, 2e année GEA à
l'IUT
« On ne peut rien prévoir »
«Je suis défavorable au CPE. Avec cette période d'essai de deux ans, on peut
se faire virer n'importe quand, sans préavis ni rien. On ne peut rien prévoir.
On dit que les jeunes n'ont que des CDD, des emplois précaires,... or avec cette
période de deux ans, il y aura autant de précarité. »
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